BEAUNE
Beaune - Gouzous, tracteur et aérosol : Jace fait pétiller l’Hôtel-Dieu depuis un hangar agricole
Par Jeannette Monarchi
Publié le 20 Avril 2025 à 09h00
Installé dans un hangar agricole de Simandre, entre tracteur et outils agricoles, Jace, street-artiste, peint les 14 panneaux qui orneront bientôt les fenêtres de l’Hôtel-Dieu de Beaune. Jace prépare une BD monumentale pour les Hospices de Beaune, où ses Gouzous réinterprètent les métiers anciens dans un esprit aussi libre que joyeusement irrévérencieux. L’Histoire prend un sérieux coup de jeune Info-Beaune.com l’a rencontré
Bombe à la main, masque sur le visage, Jace trace les contours d’un personnage bondissant, facétieux et sans visage : un Gouzou, sa signature graphique. À côté, un tracteur. Autour de lui, des outils agricoles. C’est ici, dans un local prêté à Simandre en Saône-et-Loire, que l’artiste réunionnais prépare les 14 panneaux qui habilleront les 14 fenêtres de la Cour des Fondateurs de l’Hôtel-Dieu de Beaune. Chaque panneau raconte une histoire, celle d’un métier ancien ou d’un personnage emblématique du site hospitalier. Un projet initié dans le cadre d’« Imaginaires Kréatifs – Visions hospitalières, Visions minérales », porté par les Hospices Civils de Beaune et La Karrière. « Le site de l’Hôtel-Dieu ne se prêtait pas à accueillir l’artiste pendant la phase de création », explique Sandrine Allard-Saint-Albin, responsable du monument. Résultat : Jace s’est installé ici, avec l’accord du propriétaire, John Jaillet, à qui il glisse d’ailleurs un mot d’excuse avec humour : « J’ai un peu débordé du cadre ! ». C’est dans cette ambiance insolite qu’Info-Beaune.com a rencontré l’artiste.

Info-Beaune.com : Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette invitation à intervenir à l’Hôtel-Dieu de Beaune ?
Jace : Deux choses m’ont convaincu de venir. D’abord, l’histoire du lieu : l’Hôtel-Dieu, c’est un monument prestigieux. Pour être honnête, je ne connaissais pas grand-chose à part sa réputation. Mais j’ai découvert un lieu chargé de sens, avec une mission sociale très forte.
Et puis surtout, il y a Mode 2, le directeur artistique. C’est un peu mon grand frère dans le graffiti, un maître même. Je l’ai copié à mes débuts. Être invité par lui, c’est un honneur que je ne pouvais pas refuser.
Qu’est-ce qui vous a attiré dans l’histoire de l’Hôtel-Dieu ?
Jace : Ce que j’ai aimé, c’est le côté social avant l’heure, la bienveillance envers les plus démunis. Ce sont des valeurs qui me parlent profondément. À notre époque, elles sont d’autant plus importantes.
Vous avez choisi de mettre en lumière les métiers anciens. Comment les Gouzous incarnent-ils ces savoir-faire ?
Jace : Le cahier des charges était clair : représenter les métiers liés à la construction de l’Hôtel-Dieu et les personnages qui ont assuré les missions. Mes Gouzous deviennent tour à tour charpentiers, verriers, apothicaires, médecins… Et bien sûr, Guigone de Salins et Nicolas Rolin sont au centre du récit. C’est original parce que je travaille ici comme si je faisais une BD murale en 14 cases. Chaque panneau est indépendant, mais ensemble ils racontent une histoire cohérente.
Créer pour un monument du XVe siècle, c’est intimidant ?
Jace : Pas vraiment. Je ne me suis pas mis de pression particulière. Je suis parti sans complexe, même si au début, je doutais un peu : est-ce que mon univers allait vraiment coller à ce type de commande ? Pour m’imprégner, j’ai plongé dans tous les documents qu’on m’a transmis — des textes historiques, des photos des lieux, des personnages…
Il y a eu un moment où je me suis demandé si je n’étais pas en train de faire un grand écart : d’un côté mon style, de l’autre l’institution. Je faisais des digressions dans ma tête, mais je restais très accroché à l’aspect historique, presque scolaire. Mon premier jet de croquis était très premier degré, trop sérieux, trop rigide.
Et puis Mode 2 m’a dit : “Vas-y, mets-toi à l’aise, tu peux te lâcher”. C’est là que j’ai réussi à relâcher la pression, à me détacher de l’approche trop institutionnelle et à mettre ma patte. J’ai trouvé un équilibre : coller à l’époque, tout en injectant de l’humain, de l’humour, du clin d’œil. Je suis revenu à ma méthode habituelle : je passe toujours par le croquis. C’est mon point de départ, mon processus d’origine. Et tous les dessins ont été validés, donc j’ai pu avancer en confiance.
Quel message voulez-vous faire passer à travers cette série ?
Jace : Je veux donner un autre regard sur le lieu. Apporter de la modernité, vulgariser sans trahir, mettre en en lumière ses métiers de façon légère. Et faire mieux découvrir le street art, qui n’est pas si jeune – ça a 45 ans – mais qui reste parfois controversé. L’Hôtel-Dieu s’est ouvert à cette forme artistique. Et moi, je ne vais pas trahir le lieu : je tends la main, ils la tendent aussi. C’est une rencontre.

Combien de temps pour peindre les 14 panneaux ?
Jace : Je vais vite : mes croquis sont prêts, j’ai juste à mettre en place. Je travaille à la bombe, pas besoin de temps de séchage, je peux enchaîner les couches. Sur les 14 panneaux, j’en ai déjà terminé 7 en une journée.
Je travaille élément par élément, donc pour l’instant je n’ai pas encore la vision d’ensemble.
J’ai vraiment hâte de les voir installés tous ensemble, alignés sur la façade, pour que l’histoire prenne toute sa dimension. C’est là que tout s’imbriquera, que les liens entre les scènes apparaîtront. Parce qu’au fond, c’est une narration en 14 volets que je suis en train de construire. Certains panneaux se répondent, interagissent. Mon préféré ? Celui du médecin… un peu coquin (on y voit un Gouzou administrer une piqûre... un peu surprenante, directement dans les fesses d’un patient NDLR). J’ai mis un petit d’irrévérence. Tout en subtilité. Mais c’est la réalité de l’époque, pourquoi en faire un tabou ?
Y a-t-il eu des contraintes techniques ou historiques ?
Jace : Techniquement, non. Les panneaux ont été préparés en tôle laquée, avec de l’antirouille. J’ai juste eu à peindre. La difficulté, c’est plutôt dans le fond historique à respecter, tout en gardant ma liberté.
Jeannette Monarchi
Un projet artistique majeur pour les 10 ans des Climats
L’intervention de Jace marque le premier temps fort du programme « Imaginaires Kréatifs - Visions hospitalières, Visions minérales » imaginé par l’Hôtel-Dieu pour célébrer les 10 ans de l’inscription des Climats au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Quatre street-artistes internationaux – Jace, Eron et Delta – sont invités à dialoguer avec deux lieux emblématiques : l’Hôtel-Dieu de Beaune et La Karrière à Villars-Fontaine.
- À partir du 25 avril, les 14 panneaux de Jace seront exposés dans la Cour des Fondateurs de l’Hôtel-Dieu.
- À partir du 9 juillet, Eron sublimera la cour d’honneur avec ses portraits trompe-l’œil.
- Dès le 10 octobre, Delta proposera une fresque géométrique inspirée de l’architecture des Hospices.
-Enfin, en août, La Karrière de Villars-Fontaine accueillera un festival en résonance avec ces créations, festival où Jace interviendra.
Sous la houlette de Mode 2, figure historique du graffiti européen et directeur artistique, le projet cherche à réinterpréter le patrimoine avec des formes artistiques urbaines, inattendues mais profondément humaines. Une façon de faire dialoguer la pierre, la bombe, l’histoire et l’imaginaire collectif.
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