BEAUNE
Félix Ziem, l’enfant de Beaune devenu peintre du monde
Par Jeannette Monarchi
Publié le 30 Mai 2025 à 08h09
Peintre des marines et des paysages baignés de lumière, Félix Ziem est aujourd’hui une figure centrale des collections du musée des Beaux-Arts de Beaune. De son enfance en Bourgogne à sa passion pour Venise, retour sur le parcours d’un artiste globe-trotter, visionnaire et profondément libre.
Félix François Georges Philibert Ziem, né en 1821 à Beaune, est un peintre majeur du XIXe siècle, surtout connu pour ses paysages et marines. Il est aujourd’hui l’un des artistes phares du musée des Beaux-Arts de Beaune, où plus de 60 de ses œuvres – peintures et dessins – sont conservées. À ces pièces s’ajoute un ensemble d’objets liés à l’artiste, comme sa palette offerte par sa veuve, ainsi que des portraits et sculptures réalisés par d’autres artistes. Grâce à ces dons, le musée constitue aujourd’hui un centre de référence sur son œuvre, aux côtés du musée Ziem de Martigues et du Petit Palais à Paris.

Un destin lié à Beaune
Félix Ziem naît dans une maison de la rue Couverte (actuelle rue Monge), la même que celle qui vit naître Gaspard Monge, autre figure illustre de Beaune. Deux plaques apposées sur la façade rappellent ce curieux hasard de l’histoire.
Son père, Georges Barthélemy Ziem, tailleur d’habits né vraisemblablement dans la Prusse orientale (la Pologne aujourd’hui), s’installe à Beaune après les guerres napoléoniennes. De son premier mariage avec Françoise, il a eu quatre enfants. Veuf en 1898, il épouse Anne-Marie Gardot – sa cadette de 35 ans - en 1904 alors qu’il a 83 ans, avec qui il aura un unique fils : Félix.
La jeunesse de Félix nous est connue grâce à son journal, tenu de 1854 à 1898, dont sa petite-fille a fait don au musée de Martigues en 1993 (publié aux éditions Actes Sud). Il y livre une vision personnelle, parfois romancée, mais riche en détails.
À l’âge de six ans, il est placé en nourrice à Bouilland. En 1829, il entre au collège de Beaune, mais c’est un élève peu appliqué, plus attiré par la campagne et le dessin que par les bancs de l’école. Ses parents lui font donner un enseignement complémentaire par un abbé et un pharmacien. Son goût pour l’art se précise dans l’atelier du sculpteur Louis Bonnet à Beaune, où il rencontre notamment Hippolyte Michaud.
Dijon, premières vocations artistiques
En 1833, la famille déménage à Dijon. Félix, alors âgé de 12 ans, est séduit par la beauté architecturale de la ville. Il commence une formation d’architecte dans l’atelier de M. Lemaire, puis entre à l’École des Beaux-Arts de Dijon en 1837, dirigée alors par Anatole Devosge. Il y reçoit une bourse du département. Ses talents de dessinateur se révèlent pleinement : il exécute de nombreuses aquarelles représentant les monuments de Dijon, qu’il vend à des notables locaux.
En 1838, sa formation s’interrompt brutalement à la suite d’un incident disciplinaire. Lauréat du premier prix au concours de composition architecturale, Félix Ziem aurait dû bénéficier d’une pension pour poursuivre ses études à Paris durant trois ans. Mais, pour une raison inconnue, cette récompense lui est refusée. Très en colère, il exprime publiquement son indignation lors de la cérémonie de remise des prix, en présence du préfet. Il est alors exclu de l’école.
Cet épisode marquant laisse une blessure profonde chez Félix, d’autant plus qu’il survient peu après le décès de sa mère, accentuant son sentiment d’injustice et de frustration.
Le départ vers la lumière du Sud
En 1839, en conflit avec son père qui refuse sa vocation de peintre, Félix quitte Beaune à 18 ans. Il rejoint son demi-frère à Marseille. Ce départ signe le début de sa carrière artistique. Séduit par la lumière du Sud, la mer, les paysages, il s’installe dans plusieurs villes méditerranéennes : Marseille, Martigues, Nice. Il y aura des ateliers et y trouvera ses premières sources d’inspiration.
Une vie de voyages et de création
Félix Ziem mènera une vie de grand voyageur. Dès 1842, il visite chaque année un pays étranger : Italie, Russie, Belgique, Tunisie, Turquie, Grèce, Liban, Algérie… Son œuvre est profondément nourrie par ces rencontres avec des cultures et des lumières diverses.
C’est en 1842 qu’il découvre Venise. C’est un choc artistique et émotionnel. Il y retourne plus de vingt fois au cours de sa vie, et s’y installe même temporairement dans une gondole aménagée en atelier flottant, surnommée Topo. Il y peint sans relâche les panoramas de la lagune, le Grand Canal, le Palais des Doges…
Ses carnets de croquis sont remplis d’études sur la ville, qui nourrissent ses nombreuses toiles vénitiennes. Théophile Gautier, critique d’art de l’époque, dit de lui « chaque artiste a une patrie idéale… La patrie de Ziem est Venise. Il peut bien la quitter, voyager, passer une saison à Constantinople ou ailleurs, mais c’est là que sa peinture a son domicile légal ».
Une carrière prolifique et reconnue
Ziem est un artiste immensément productif : on estime son œuvre à près de 6 000 peintures et 10 000 dessins. Il connaît un grand succès de son vivant, tant auprès du public que des collectionneurs.
Au début du XXe siècle, son œuvre est déjà largement reconnue et présente dans les collections publiques et privées. Il fait preuve d’une grande générosité envers Beaune, sa ville natale, à laquelle il fait don de nombreuses œuvres, dons complétés après sa mort en 1911 par sa veuve, consolidant ainsi la place centrale de Ziem dans les collections du musée des Beaux-Arts de Beaune.
Jeannette Monarchi
A découvrir l'un de ses carnets de croquis conservé au Musée des Beaux-Arts de Beaune
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