Villy-le-Moutier - L’Alchimie du possible : quand Phoebe transforme la maladie en défi et la douleur en projet

Villy-le-Moutier - L’Alchimie du possible : quand Phoebe transforme la maladie en défi et la douleur en projet
Phoebe et sa maman, Peggy, trient les dons de vêtements déjà reçus pour la friperie de juin prochain

À seulement 13 kilomètres de Beaune, une jeune femme de 21 ans réapprend à construire sa vie après avoir affronté un cancer rare et violent. Privée de la course à pied, son sport de toujours, Phoebe Maret a choisi de se lancer un nouveau défi : rallier Beaune à Londres à vélo. Pour soutenir ce projet porteur de sens, une friperie solidaire sera organisée les 13 et 14 juin prochains. Un rendez-vous concret et engagé, porté par toute une famille, pour transformer l’épreuve en élan de résilience et d’espoir. À vos armoires.

Villy-le-Moutier. Un village paisible, à quinze minutes de Beaune. C’est ici que Phoebe Maret se ressource entourée des siens. Quand elle raconte son histoire, sa voix se brise parfois, les larmes montent, non pas par faiblesse, mais à l’évocation de tout ce qu’elle a dû abandonner. « J’avais une vie de sportive jusqu’alors… », souffle-t-elle, les yeux embués. Le sport, c’était son équilibre, son moteur, sa manière d’exister. Jusqu’au jour où tout s’est arrêté.
En novembre 2024, alors qu’elle est étudiante dans une école lyonnaise d’animation avec le rêve de travailler dans le dessin animé, la nouvelle tombe, brutale, incompréhensible : Phoebe est atteinte d’un cancer. Un ostéosarcome du genou, une forme rare et agressive de cancer de l’os. Elle a 20 ans.
 
Du marathon au diagnostic : la chute
Quelques semaines plus tôt pourtant, tout allait bien. Très bien même. Phoebe se préparait à relever l’un de ses plus grands défis : son premier marathon, le Run in Lyon. « J’allais super bien. Je me préparais pour mon premier marathon, j’adore courir, me dépasser, relever des défis. » Elle franchit la ligne d’arrivée, fière, épuisée. Puis la douleur s’installe. Violente. Persistante.
« À l’arrivée, je ne pouvais presque plus marcher. Je me suis dit que c’était normal après un marathon, je ne me suis pas inquiétée. » Deux semaines plus tard, la douleur est toujours là. Elle ne marche plus correctement. Son médecin pense à un syndrome de l’essuie-glace, classique chez les coureurs, et prescrit des séances de kinésithérapie, tout en demandant une imagerie « au cas où ». Et c’est là que tout s’enchaîne.
 
L’annonce : “Ce n’est pas le marathon”
Par chance – ou par destin – Phoebe obtient rapidement un rendez-vous dans une clinique privée spécialisée dans le sport. Une radio est réalisée immédiatement, mais elle ne montre rien. Puis une échographie. « Le médecin a changé de visage. Il m’a dit que ce n’était pas à cause du marathon. Il voulait aller plus loin. » Le lendemain matin, à 8 heures, elle passe une IRM. Prévue pour quelques minutes, elle dure 45 minutes. « Ressenti une heure quarante-cinq. »
Elle est venue seule, persuadée que ce n’est rien. Le verdict tombe pourtant sans détour : une tumeur osseuse de 8 cm sur 4. « On m’a parlé de tumeur, puis de cancer. Je ne comprenais pas. Tout est allé très vite. » Les biopsies s’enchaînent, l’angoisse est immense. En une semaine, tout bascule. Le 20 décembre, le diagnostic est confirmé : c’est bien un cancer avec une 2e biopsie. « J’ai passé Noël entre les examens et les rendez-vous médicaux. »
 
Chimiothérapie, opération et renoncements
Avant même de commencer les traitements, Phoebe doit procéder à une congélation d’ovocytes, la chimiothérapie risquant de la rendre stérile. Puis les soins lourds commencent. « Personne ne peut s’attendre à ce que c’est vraiment, la chimio. Mais il ne fallait pas perdre de temps. » Le protocole est sévère : cinq séances de chimiothérapie, puis une opération, puis une chimiothérapie préventive, car ce cancer récidive fréquemment. Mais son corps ne suit pas. « J’ai très mal vécu les chimios. Mon système immunitaire était mort. J’ai dû être transfusée en sang et en plaquettes, hospitalisée plusieurs jours en chambre stérile. »
Les médecins prennent une décision difficile : arrêter les chimiothérapies post-opératoires. « C’était plus dangereux pour moi de continuer que le risque de rechuter. »
Lors de l’opération, 14 centimètres de tumeur et de fémur sont retirés, remplacés par une prothèse reconstructive totale du genou.
 
“Tu ne pourras plus jamais courir”
La nouvelle est sans doute la plus douloureuse. « Le chirurgien m’a annoncé que je ne pourrais plus jamais courir de ma vie. » Pour Phoebe, c’est un effondrement. Le sport était tout : volley, boxe, course à pied, défis partagés avec Julien, son compagnon depuis trois ans. « Le sport, c’était ma raison d’être. Aujourd’hui, j’ai eu l’impression que ma vie s’arrêtait. » Courir n’est plus possible. Mais il reste une option : le vélo. De la douleur naît un projet : Beaune – Londres à vélo C’est pendant sa rééducation, entre séances de kinésithérapie et vélo d’appartement, que naît l’idée. « J’ai toujours eu besoin de projets pour avancer. La vie était faite de défis. » Avec Julien, passionné par le Royaume-Uni – et qui était venu la voir à vélo depuis Annecy lorsqu’elle était hospitalisée – un rêve prend forme : relier Beaune à Londres à vélo, en huit étapes, près de 850 kilomètres.
Un défi fou, mais profondément symbolique. « Ce n’est pas juste un voyage. C’est un retour dans la vie. Une preuve que la maladie ne m’a pas arrêtée. » Aujourd’hui, Phoebe pédale encore en salle, encadrée par son kiné. Elle tient 10 km, avec l’objectif d’atteindre 100 km par jour.
 
L’Alchimie du possible : quand la solidarité devient moteur
Très entourée par sa famille et sa belle-famille, Phoebe n’est jamais seule. Sa mère, Peggy Blaszczynski, transforme rapidement le projet en engagement collectif. « On est une famille de fous, sourit-elle. Quand Phoebe a parlé de son projet, on a tout de suite voulu en faire quelque chose de plus grand. »
Ainsi naît l’association L’Alchimie du possible, créée en septembre, avec une ambition claire : soutenir les personnes atteintes de cancer ou de handicap et montrer que, grâce au sport adapté, la maladie n’est qu’un obstacle, pas une fin.
La première action est locale et solidaire : un marché de Noël, avec vente d’objets confectionnés par toute la famille – coussins, pochettes, chocolats, bougies, attrape-rêves, arbres de vie, photomaton dessiné par Phoebe. Une chaîne humaine, créative et engagée.
 
Une friperie solidaire pour financer les rêves
Grand rendez-vous public de l’association : une friperie solidaire, organisée les 13 et 14 juin prochains (lieu en cours de finalisation). Un événement central, pensé comme un véritable levier de financement mais aussi comme un moment de partage et de mobilisation locale. Vêtements, accessoires, chaussures, sacs et bijoux pour adultes, adolescents et enfants sont collectés depuis plusieurs quelques jours. Tout est soigneusement trié par taille et par catégorie par la famille, un travail de longue haleine, mené avec sérieux et engagement. « C’est énormément de tri, mais chaque sac donné compte », souligne Peggy.
Une seconde friperie, dédiée cette fois à la puériculture et aux vêtements pour bébés, est d’ores et déjà envisagée pour la fin de l’été ou le début de l’automne.
 
Des dons qui financent des projets concrets
L’intégralité des bénéfices de la friperie servira à financer les projets portés par l’association, à commencer par l’achat d’un vélo gravel adapté pour Phoebe, indispensable pour son défi Beaune–Londres. Aujourd’hui, elle s’entraîne encore sur vélo d’appartement avec son kinésithérapeute et parvient à parcourir une dizaine de kilomètres. L’objectif est ambitieux : atteindre progressivement les 100 km par jour, lorsque sa rééducation le permettra.
Mais au-delà de ce premier défi, L’Alchimie du possible ambitionne d’accompagner, à terme, d’autres personnes touchées par la maladie ou le handicap, en leur proposant des projets sportifs adaptés, porteurs de sens et d’espoir. La mobilisation dépasse largement le cercle familial. À Villy-le-Moutier, une véritable chaîne de solidarité s’est mise en place. Un voisin mettra à disposition un container pour stocker les dons, d’autres aident à la logistique, au tri, à la communication.

 
“Je veux montrer qu’on peut vivre après”
À 21 ans, Phoebe le sait : l’année 2025, elle ne l’a pas vraiment vécue. Elle a perdu ses cheveux, - qu’elle voit doucement repousser -, ses repères, une partie de son insouciance. Mais elle a gagné autre chose : une communauté, un projet, et la certitude que même dans l’épreuve, quelque chose de beau peut naître. Elle n’a pas perdu son envie d’avancer. « Je veux montrer qu’on peut vivre après. Qu’on peut faire du sport autrement. Que la maladie n’est pas une fin. » Et peut-être, demain, embarquer d’autres jeunes malades ou en situation de handicap dans cette aventure.

Jeannette Monarchi

Infos pratiques & soutien
Association L’Alchimie du possible
35 route de Beaune – 21250 Villy-le-Moutier
Contact Peggy : 06 03 54 85 80
Don en ligne : HelloAsso – L’Alchimie du possible
Tous les bénéfices serviront à financer les projets futurs de l’association.
Photos @L'alchimie du possible