BOURGOGNE

Archéologie - La Bourgogne gauloise se dévoile, un territoire structuré au cœur des échanges, de la Côte-d’Or à la Saône-et-Loire

Archéologie - La Bourgogne gauloise se dévoile, un territoire structuré au cœur des échanges, de la Côte-d’Or à la Saône-et-Loire
Archéologie - La Bourgogne gauloise se dévoile, un territoire structuré au cœur des échanges, de la Côte-d’Or à la Saône-et-Loire
Archéologie - La Bourgogne gauloise se dévoile, un territoire structuré au cœur des échanges, de la Côte-d’Or à la Saône-et-Loire
Archéologie - La Bourgogne gauloise se dévoile, un territoire structuré au cœur des échanges, de la Côte-d’Or à la Saône-et-Loire
Photo 1, Sépultures de femmes à Longvic © Inrap ; photo 2: Chantier en cours de fouille (2026). À gauche, trois fosses circulaires laisse deviner un nouvel alignement d'individus inhumés assis. © Jérôme Berthet, Inrap ; photo 3 : Vestiges du travail du fer © Gérard Bataille, Inrap ; photo 4 : Fouille en cours de deux sépultures d’individus assis (2025) © Christophe Fouquin, Inrap

Après le Moyen Âge, la Préhistoire ancienne, les Temps Modernes, la Mer, le Néolithique, l’Antiquité, le Sport et l’âge du Bronze, l’Inrap consacre sa saison scientifique et culturelle 2026 à la période gauloise.

Mardi à Dijon, l’Inrap a présenté un panorama particulièrement riche des découvertes récentes sur la Bourgogne gauloise. Aux côtés de son président Dominique Garcia et de la maire Nathalie Koenders, les équipes scientifiques ont dévoilé une lecture renouvelée du territoire : loin d’être périphérique, la région apparaît aujourd’hui comme un espace stratégique, structuré et pleinement connecté aux grandes dynamiques de la fin de l’âge du Fer.
 
Une Bourgogne structurée et connectée
Les recherches menées ces dernières années révèlent une occupation dense et hiérarchisée du territoire. Fermes isolées, exploitations agricoles organisées, habitats groupés et agglomérations ouvertes composent un maillage cohérent, appuyé sur des axes de circulation majeurs, notamment la vallée de la Saône.
Cette organisation traduit une véritable maîtrise de l’espace, où chaque zone joue un rôle complémentaire : production agricole, artisanat, échanges ou exploitation des ressources naturelles. La Bourgogne s’impose ainsi comme un carrefour entre le Bassin parisien, la vallée du Rhône et l’Europe centrale.
 
En Côte-d’Or : une agriculture structurée et des élites visibles
Le territoire de la Côte-d'Or illustre particulièrement cette organisation à travers un maillage dense d’exploitations rurales.
À Dijon, dans le secteur de Valmy, mais aussi à Chenôve et Longvic, les fouilles ont mis au jour des fermes enclosées, organisées autour d’habitations sur poteaux, de greniers surélevés et d’espaces dédiés à l’élevage. Ces établissements témoignent d’une agriculture structurée, capable de s’adapter et de se transformer dans le temps.
Mais ces sites ne se limitent pas à la production agricole. Des indices d’artisanat spécialisé, notamment liés à la métallurgie du fer, ont été identifiés, avec la présence de structures de combustion et de déchets de production. Certaines exploitations apparaissent ainsi comme de véritables unités économiques mixtes.
Les découvertes funéraires complètent ce tableau. Des sépultures associées à ces habitats révèlent des différences de statut social, certaines tombes contenant parures, armes ou céramiques. Elles témoignent de l’existence d’élites locales et de pratiques rituelles élaborées.


En Saône-et-Loire : des centres proto-urbains et des pôles économiques
En Saône-et-Loire, les découvertes changent d’échelle. Les fouilles réalisées à Sevrey ou encore à Verdun-sur-le-Doubs révèlent des sites beaucoup plus vastes et structurés.
À Sevrey, les archéologues ont mis en évidence un important pôle artisanal, notamment autour de la production céramique, avec une organisation spatiale poussée et des zones spécialisées. Ces espaces témoignent d’une activité économique intense, dépassant largement le cadre local.
À Verdun-sur-le-Doubs, la proximité des voies fluviales met en lumière le rôle stratégique des rivières dans les échanges. Les vestiges montrent une occupation organisée en lien direct avec les circulations commerciales.
Ces sites s’apparentent à de véritables centres proto-urbains, avec réseaux de circulation internes, zones de production et espaces d’habitat distincts. Ils confirment que la Bourgogne gauloise participait à des réseaux d’échanges à longue distance, avec la présence d’objets importés.
 
Dans le reste de la Bourgogne : un territoire complémentaire
Au-delà de ces pôles majeurs, l’ensemble de la région livre des indices d’une occupation cohérente et complémentaire.
Dans l’Yonne, notamment autour d’Auxerre, les fouilles révèlent des habitats ruraux structurés, des enclos agricoles et des nécropoles organisées. Ce territoire apparaît comme une zone d’interface, marquée par des influences venues du Bassin parisien.
Dans la Nièvre, les vestiges, plus discrets, témoignent d’établissements ruraux dispersés, d’activités liées à l’exploitation forestière et de réseaux de circulation anciens. Ce territoire joue un rôle complémentaire dans l’approvisionnement en ressources.
Enfin, autour d’Autun, en lien avec le site de Bibracte, les découvertes montrent une continuité entre le monde gaulois et la période gallo-romaine, soulignant l’importance historique de ce secteur.
 
Une nouvelle lecture de la société gauloise
L’ensemble de ces découvertes converge vers une remise en question profonde des idées reçues sur les Gaulois. Loin d’une société dispersée et rudimentaire, les données archéologiques dessinent un monde organisé, hiérarchisé et ouvert sur l’extérieur.
La Bourgogne apparaît ainsi comme un véritable laboratoire pour comprendre les mutations de la fin de l’âge du Fer : une économie diversifiée, une structuration sociale marquée et une capacité d’organisation territoriale avancée.
Une archéologie au service du territoire
Ces avancées reposent en grande partie sur l’archéologie préventive, menée en amont des projets d’aménagement. Chaque chantier devient une opportunité de documenter le passé et d’enrichir la connaissance collective.
Avec cette « saison gauloise », l’Inrap entend justement partager ces découvertes avec le grand public. Derrière chaque fouille, c’est une histoire enfouie qui ressurgit : celle d’une Bourgogne déjà dynamique, connectée et profondément humaine, bien avant l’arrivée de Rome.
 

Programmation scientifique et culturelle en Bourgogne
L’Inrap Bourgogne-Franche-Comté et ses partenaires s’associent pour mettre à l’honneur la période gauloise. Tout au long de l’année 2026, et plus particulièrement lors des Journées européennes de l’archéologie (JEA) qui se tiendront les 12, 13 et 14 juin, une programmation dédiée fera la part belle aux Gaulois. Un véritable fil rouge culturel pour faire découvrir cette période méconnue de l'histoire au grand public.
Évènement
Village de l'archéologie de Dijon
Dijon se met à l’heure gauloise ! Les 12, 13 et 14 juin, un Village de l’archéologie investira une nouvelle fois le square des Bénédictins du Musée archéologique de Dijon. De nombreux stands proposeront une immersion dans l’univers des Gaulois avec ateliers, démonstrations, dégustations, animations et visites pour tous les publics. L’Inrap tiendra également un stand pour présenter ses découvertes archéologiques gauloises les plus récentes et faire découvrir au public les coulisses de la recherche.

Exposition et programmation culturelle
Les Gaulois du Val de Saône mâconnais à Mâcon - Maison de l'archéologie
Voici 60 ans, un important terrassement rue des Carmélites révélait le rempart gaulois, murus gallicus, de Mâcon. Surgissait ainsi le passé celtique de la ville. S’en suivront d’autres découvertes liées aux grands aménagements des années 1960. L’histoire gauloise du Val de Saône mâconnais, qui se résumait jusqu’alors aux données historiques et aux études toponymiques des érudits, prenait corps au travers des objets et des restes de construction. Depuis, grâce aux travaux des universitaires, des recherches du
Groupement Archéologique du Mâconnais et des opérations d’archéologie préventive de l’Inrap, notre vision de cette période a considérablement évolué. L’exposition qui sera présentée à l’occasion des JEA retracera les étapes de cette découverte.

Un week-end d'animations - Musée des Ursulines
En lien avec l'exposition «Les Gaulois du Val de Saône mâconnais», le musée des Ursulines proposera tout au long du week-end des JEA une programmation ludique et familiale autour du monde gaulois : ateliers d’initiation aux fouilles, création de bijoux inspirés des parures antiques, découverte et frappe de monnaies, ainsi qu’un conte celte pour petits et grands. Une conférence, en partenariat avec l’Inrap, viendra éclairer la naissance de Matisco et l’évolution de l’oppidum gaulois vers la ville gallo-romaine. Une programmation gratuite et accessible dès le plus jeune âge.

Des sites gaulois à découvrir pour les JEA... mais pas seulement ! 
Le MuséoParc Alésia, le Musée de Bibracte, le Musée Vivant Denon et le Musée du Pays Châtillonnais – Trésor de Vix, tous les quatres partenaires de l'Inrap, participent chacun à valoriser la culture celtique en Bourgogne. Entre découverte de l’oppidum, grandes figures de l’histoire gauloise et objets archéologiques emblématiques, ces quatre institutions offrent une immersion complémentaire dans la civilisation gauloise. À travers leurs collections, expositions et actions de médiation, ils mettent en lumière les sociétés gauloises, leurs territoires et leurs héritages archéologiques.
 
Contexte
Après le Moyen Âge, la Préhistoire ancienne, les Temps Modernes, la Mer, le Néolithique, l’Antiquité, le Sport et l’âge du Bronze, l’Inrap consacre sa saison scientifique et culturelle 2026 à la période gauloise. Les Gaulois sont bien présents dans l’imaginaire populaire, mais qui sont-ils vraiment ?
Les Gaulois s’inscrivent dans la période de l’âge du Fer. Ce sont des Celtes, terme issu du grec Kelltikè (Celtique) qui désigne un espace allant du détroit de Gibraltar au centre de l’Europe. Si les Celtes sont attestés depuis l’âge du Bronze, la période gauloise commence au VIIe siècle av. J.-C., avec le premier âge du Fer (le Hallstatt, du nom du site éponyme en Autriche).
Le second âge du Fer (la Tène, du nom du site éponyme en Suisse) se développe entre 450 et la fin du Ier siècle av. J.-C. Considéré comme l’apogée de la culture celtique, il se traduit par un essor démographique et une prospérité économique qui attise la convoitise de Rome : c’est César, en campagne, qui invente une Gaule (Gallia) circonscrite entre les Pyrénées, les Alpes et le Rhin qu’il conquiert entre 58 et 50 av. J.-C.
L’âge du Fer est probablement la période qui a le plus bénéficié du développement de l’archéologie préventive ces 25 dernières années : un quart des quelque 200 fouilles réalisées chaque année par l’Inrap concerne cette période. L’Institut propose de dresser un portrait de la recherche actuelle, de mettre en lumière les diverses facettes de la Gaule révélées par l’archéologie.
Les avancées de l’archéologie préventive, particulièrement développée ces 25 dernières années, ont profondément renouvelé les connaissances : aujourd’hui, près d’un quart des fouilles menées chaque année par l’Inrap concernent cette période. Elles révèlent une société bien plus structurée qu’on ne l’imaginait.
L’espace rural constitue le cœur de la vie gauloise. Des milliers de fermes ont été identifiées, montrant une agriculture organisée et performante, notamment à partir du IIIe siècle av. J.-C., favorisée par un climat plus clément. Ces exploitations témoignent d’une maîtrise des techniques agricoles et d’une gestion fine des territoires.
Parallèlement, la recherche a mis en évidence l’émergence de formes urbaines. D’abord influencées par les contacts avec les Grecs installés sur le littoral méditerranéen, ces dynamiques donnent naissance à des agglomérations ouvertes, puis à de véritables centres fortifiés appelés oppida, comme Alésia, Bibracte ou encore Gergovie. Ces sites deviennent des centres politiques, économiques et symboliques majeurs à la fin de la période.
Les pratiques religieuses et funéraires, longtemps mal connues en raison de l’absence d’écriture, se précisent également. Les sources antiques évoquent le rôle central des druides, tandis que l’archéologie révèle des sanctuaires structurés et une évolution des rites funéraires, avec le passage progressif de l’incinération à l’inhumation et l’apparition de vastes nécropoles.
La culture matérielle des Gaulois apparaît particulièrement riche. Maîtrisant la métallurgie, la céramique, l’orfèvrerie ou encore le travail du verre, ils développent un artisanat de haut niveau, mêlant influences extérieures et innovations locales. Les découvertes archéologiques montrent aussi des circulations d’idées et de techniques, notamment avec le monde méditerranéen : emprunts d’alphabets, avancées en architecture militaire ou encore pratiques médicales.
À travers cette saison, l’Inrap propose ainsi une vision renouvelée des Gaulois : non pas un peuple isolé et rudimentaire, mais une société organisée, hiérarchisée, inventive et pleinement intégrée aux échanges européens de son temps.
Un riche programme de manifestations culturelles et scientifiques sur l'ensemble du territoire ponctue cette saison.
Retrouvez toutes les informations sur : https://www.inrap.fr/une-saison-gauloise-20499