BEAUNE
Beaune - Pierre Bolze face à Marie-Laure Rakic : un duel politique dès le premier conseil
Par Jeannette Monarchi
Publié le 04 Avril 2026 à 07h45
Le premier « vrai » conseil municipal de la mandature de Pierre Bolze, pourtant annoncé comme technique, a rapidement pris une tournure politique. Entre délégations données au maire ou encore clash sur les indemnités des élus, la séance de jeudi soir a été marquée par un affrontement direct entre le maire Pierre Bolze et Marie-Laure Rakic. Une opposition de fond autant que de méthode, sur fond de rivalité politique : la fracture est profonde.
Ce conseil municipal de la nouvelle mandature, organisé ce jeudi soir autour de 13 rapports qualifiés de « techniques », n’aura pas tardé à révéler les lignes de fracture politiques voire personnelles. Dès les premiers échanges, le ton est donné. Le vouvoiement est strict, presque appuyé — « Monsieur Bolze », « Madame Rakic » — comme pour mieux marquer la distance entre deux élus qui ont siégé côte à côte durant deux mandats (jusqu’en 2020). Désormais opposés, leur relation semble alourdie par un passif politique récent avec ces municipales et comme précédent la victoire de Pierre Bolze aux départementales de 2021 face à Marie-Laure Rakic.
D’emblée, cette dernière tente de poser un cadre, multipliant les précautions oratoires pour désamorcer toute accusation de confrontation personnelle : « À chaque fois que je prendrai la parole, j’aimerais que vous ne le preniez pas contre vous. Je suis dans une démarche positive et constructive. Je ne souhaite pas entrer en conflit. Certes, je porte une parole différente de la vôtre, mais il ne faut pas prendre personnellement ces interventions ». Un positionnement aussitôt mis à l’épreuve par une série de remarques critiques, des interventions laissant entrevoir une opposition ferme, parfois frontale, notamment sur la volonté affichée par le nouveau maire d’instaurer davantage de « transparence ».

Délégations au maire : la transparence au cœur des premières critiques
Le premier rapport consacré aux délégations accordées au maire (emprunts, marchés publics, urbanisme, contentieux), a rapidement donné lieu aux premiers débats. Au nom du groupe « Beaune Ensemble », Marie-Laure Rakic reconnaît un cadre classique mais pointe plusieurs éléments de vigilance : « certains points attirent notre attention ». Elle évoque notamment la durée des emprunts, fixée jusqu’à 30 ans : « Cela paraît relativement long dans le contexte financier actuel. Nous pourrions nous interroger sur une durée ramenée à 20 ans ».
En réponse, le maire insiste sur la transparence du dispositif, rappelant que ces délégations font l’objet d’un rapport présenté à chaque conseil municipal. L’adjoint aux finances, Jean-François Champion, adjoint en charge des finances, apporte des précisions techniques : le plafond de 30 ans constitue une limite maximale et n’empêche pas de recourir à des durées plus courtes, notamment selon la nature des investissements.
Sur le volet judiciaire, Marie-Laure Rakic plaide pour une information des actions en justice plus en amont du conseil municipal : « Puisque vous mettez en avant cette démarche de transparence, il serait intéressant que l’ensemble du conseil soit informé préalablement des actions engagées ». Forte de son expérience, elle insiste : « Je connais le cadre réglementaire, j’ai siégé pendant douze ans. Je sais comment cela fonctionne et que des rapports annuels existent. Mais il serait utile de connaître les orientations en amont, avant chaque action ».
Le maire oppose une fin de non-recevoir, « le temps administratif ne correspond pas forcément au temps judiciaire. […] Il est difficile, pour des raisons pratiques, de fournir une information préalable systématique ». Il rappelle toutefois ses obligations : « La loi prévoit que l’ensemble des éléments soit communiqué au conseil municipal suivant. Je m’y conformerai, avec une présentation à chaque rapport de délégation des contentieux en cours ou à venir ».
Dans la continuité de ses interventions, Marie-Laure Rakic élargit la question de la transparence aux frais liés aux mandats spéciaux des élus. « Ce n’est pas une remise en cause des compétences ni des délégations exercées. C’est simplement, dans un souci de transparence, la volonté de pouvoir présenter les frais de mandat des élus de manière nominative. » Une demande qui dépasse les obligations réglementaires, les textes n’imposant pas ce niveau de précision.
Le maire Pierre Bolze se dit ouvert sur le principe, tout en rappelant que ces informations sont déjà accessibles et seront communiquées.

Indemnités des élus : le véritable point de rupture
C’est sur la question des indemnités que le débat bascule nettement dans l’affrontement politique. Le conseil municipal a d’abord examiné la question sensible des indemnités des élus, en fixant l’enveloppe globale et sa répartition. Pour cette mandature, l’enveloppe mensuelle totale est arrêtée à 17 264,19 € bruts, répartie entre le maire et ses dix adjoints. Dans le détail, le maire perçoit 3 699,47 € bruts mensuels (soit 90 % de l’indice), tandis que chaque adjoint bénéficie d’une indemnité de 1 356,47 € (33 %).
Dans un second temps, les élus ont validé une nouvelle répartition intégrant dix conseillers municipaux délégués. L’enveloppe globale est légèrement ajustée à 17 232,54 € bruts mensuels. Les adjoints voient alors leurs indemnités revues à la baisse, comprises entre 799 € et 896 €, afin de permettre l’indemnisation de dix conseillers délégués, dont les montants varient entre 411 € et 799 € selon leurs responsabilités.
Enfin, le conseil a adopté le principe des majorations, possibles pour une commune comme Beaune, à la fois chef-lieu d’arrondissement (+20 %) et station de tourisme (+25 %). Après application, l’indemnité du maire atteint environ 5 364 € bruts mensuels, tandis que celles des adjoints oscillent entre 1 160 € et 1 300 €, et celles des conseillers délégués entre 596 € et 1 160 €.
Une transparence revendiquée par le maire
Pierre Bolze a tenu à souligner une évolution dans la présentation de ces données : « C’est la première fois que les indemnités sont présentées de façon aussi transparente, avec les montants ». Habituellement, seuls les pourcentages sont communiqués, rendant difficile l’appréciation concrète des sommes perçues. Une transparence que le maire revendique comme un marqueur de son mandat.
L’amendement de Marie-Laure Rakic met le feu aux débats
Le débat change rapidement de tonalité. Avant même que le maire n’ait pu détailler pleinement la délibération, Marie-Laure Rakic prend la parole pour défendre un amendement visant à revoir à la baisse les indemnités des élus. L’élue d’opposition pointe un choix politique assumé par la majorité : « Vous avez choisi de fixer l’enveloppe indemnitaire au niveau maximal. Ces choix conduisent à une dépense significative pour la collectivité, estimée à près de 393 000 euros par an, soit plus de 2,75 millions d’euros sur un mandat de sept ans ». Elle insiste sur la marge de manœuvre existante : « Ces éléments relèvent de choix politiques et non d’obligations réglementaires ». Dans un contexte financier qu’elle juge contraint, Marie-Laure Rakic appelle à davantage de sobriété : « Alors que des efforts sont demandés aux collectivités et aux habitants, il apparaît légitime que les élus s’inscrivent dans une démarche mesurée ». Et de conclure en défendant une approche alternative : « Nous proposons une vision qui tienne compte de la réalité démographique de la commune, de la soutenabilité budgétaire et de l’exigence de transparence et d’exemplarité qui doit guider les élus ».
Sa proposition : abaisser le taux du maire à 70 % (au lieu de 90 %), fixer celui des adjoints à 29 % (contre 33 %), supprimer les majorations facultatives.
Objectif : ramener le coût annuel à environ 240 000 €, soit une économie estimée à 153 000 € par an.
« Démagogie » contre « responsabilité budgétaire »
La réaction du maire est immédiate et particulièrement ferme : « Je suis un peu surpris par cet amendement qui ne valorise pas la charge publique ni l’engagement des élus, que je tiens à saluer. Les indemnités compensent un engagement réel, avec des incidences professionnelles et financières : les crédits d’heures permettant de remplir ses obligations d'élu ne sont pas rémunérés par les employeurs ». Il insiste sur la réalité de l’engagement des élus : « Ce n’est pas une façon juste d’encourager l’engagement politique ». Puis attaque sur le terrain politique : « Le manque de cohérence est d’autant plus surprenant : durant deux mandats, vous avez vous-même bénéficié de ce régime indemnitaire, avec les majorations déjà appliquées, et même d’une majoration supplémentaire à l’époque (la DSU qui n’existe plus depuis deux ans) ». Avant de conclure plus sèchement : « Votre intervention et cet amendement sont regrettables et relèvent davantage de la démagogie ».
Une opposition qui revendique son rôle
Marie-Laure Rakic se défend, tout en maintenant la pression : « Je suis dans mon rôle d’élue. Je porte une parole constructive certes différente de la vôtre. Il ne faut pas le prendre personnellement » Elle assume pleinement sa position : « Cet amendement propose une autre vision, sans remettre en cause l’investissement des élus ». Et renvoie au contexte économique : « Aujourd’hui, les dotations ont diminué, les recettes ne sont plus les mêmes. Nous devons être vigilants sur les dépenses publiques ». Elle va plus loin, « Je suis surprise de retrouver trois rapports identiques à ceux présentés à l’époque d’Alain Suguenot. Vous parlez de nouvelle vision, de nouveau souffle, mais au final, c’est la même chose » tout évoquant les économies potentielles : « Je vous laisse convertir le nombre d’emplois que ces économies pourraient représenter pour la collectivité ».
Un échange tendu et des interruptions répétées
Au fil des échanges, la tension monte. Les prises de parole se chevauchent, les interruptions se multiplient. Pierre Bolze doit rappeler qu’il a laissé s’exprimer son opposante sans la couper. Le maire dénonce une nouvelle fois ce « manque de cohérence » : « Vous n’avez pas demandé de diminution lorsque vous étiez en responsabilité ». Réponse immédiate de Marie-Laure Rakic : « Cela fait partie du travail de l’opposition d’assurer une vigilance sur les dépenses publiques » et assume pleinement sa position « Je comprends que notre proposition ne vous plaise pas, qu’elle contredise vos orientations. Mais vous ne pouvez pas dire que je ne suis pas constructive ni proche des réalités. C’est de notre responsabilité de proposer un tel amendement ». Puis la phrase de trop survient lorsque Marie-Laure Rakic lance : « De toute façon, vous n’avez pas commencé à travailler ». Une remarque qui fait réagir la majorité, qui dénonce une attaque injustifiée. L’opposante maintient qu’il ne s’agit pas d’une attaque. Avant de conclure, le maire, visiblement agacé, lance : « Je ne pensais pas que nous commencerions ce mandat par de la démagogie ».
Malgré ces échanges, l'amendement est rejeté, les délibérations sont adoptées avec 5 abstentions et 1 vote contre sur les indemnités.

Ressources humaines : retour à un climat plus apaisé
La suite du conseil municipal se déroule dans une ambiance nettement plus sereine, avec l’examen du volet consacré à la gestion des ressources humaines.
Plusieurs mesures sont adoptées : la mise en place d’un budget de formation des élus, fixé à un minimum de 2 % du montant des indemnités, avec la possibilité de mobiliser le droit individuel à la formation (DIFE) ; le passage du poste de directeur de cabinet de 50 % à un temps plein, afin de renforcer l’accompagnement de l’exécutif ; et le maintien d’un comité social territorial commun entre la Ville de Beaune et le CCAS, représentant 288 agents, avec recours au vote électronique en vue des élections professionnelles de décembre 2026.
Pierre Bolze insiste sur la montée en compétences des élus et des agents : « Je souhaite que les élus soient accompagnés, notamment en début de mandat. Je continuerai à mobiliser des moyens pour leur permettre d’acquérir des compétences. Cette dynamique doit aussi bénéficier aux agents, que je souhaite accompagner dans leur évolution ».
La délibération est adoptée à l’unanimité.
Fiscalité : stabilité revendiquée, opposition nuancée
Le conseil municipal se penche enfin sur la politique fiscale pour 2026, dans un contexte économique jugé incertain. Malgré les tensions internationales et leurs conséquences sur les finances locales, la Ville de Beaune fait le choix de la stabilité : 43,09 % pour la taxe foncière sur le bâti, 30,76 % sur le non-bâti, 12,81 % pour la taxe d’habitation sur les résidences secondaires.
Les recettes prévisionnelles sont estimées à 15,48 millions issus du foncier bâti, 220 000 € foncier non bâti et 380 000 € de taxe d’habitation sur les résidences secondaires.
Pour Pierre Bolze, il s’agit d’un engagement tenu : « Au lendemain d’une campagne où toutes les listes s’étaient engagées à ne pas augmenter la fiscalité, c’est une délibération forte. Elle traduit un engagement électoral respecté ». Marie-Laure Rakic relativise cette annonce : « C’est une tradition beaunoise, ce n’est pas une nouveauté, mais une continuité. C’était un engagement partagé par l’ensemble des candidats ». Elle revient également sur la question des dépenses : « Dans un contexte de tensions financières que vous reconnaissez, il aurait été souhaitable de réduire certaines charges, notamment celles liées aux indemnités, pour renforcer l’acceptabilité de cette politique fiscale ».
Le vote intervient avec deux abstentions.
Une relation déjà fracturée
Ce premier conseil municipal, pourtant annoncé comme technique, aura donc servi de révélateur. Derrière les échanges sur la transparence, les indemnités ou la fiscalité, c’est une opposition politique structurée qui s’installe. Marie-Laure Rakic affirme ne formuler aucune attaque personnelle et revendique une démarche « positive et constructive ». Elle assure s’inscrire pleinement dans son rôle d’élue d’opposition. Pour autant, la répétition de ses interventions et le dépôt d’amendement traduisent une stratégie d’opposition active et assumée. Face à elle, Pierre Bolze défend sa ligne de gestion et dénonce ce qu’il perçoit comme des postures, des prises de position politiques.
Une chose est certaine : le climat est posé, et les prochains conseils municipaux s’annoncent animés.
Jeannette Monarchi
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