BEAUNE
Beaune - De l’or olympique à l’entrepreneuriat : Alain Bernard partage les clés de la performance : « Oser, persévérer et se remettre en question chaque jour »
Par Jeannette Monarchi
Publié le 02 Juillet 2026 à 07h21
Champion olympique du 100 mètres nage libre à Pékin en 2008, ancien recordman du monde et aujourd’hui entrepreneur engagé dans la modernisation des équipements aquatiques, Alain Bernard était l’invité du Club Réseau Conférences porté par 1Pulse. Entre confidences personnelles, leçons de leadership et retour d’expérience sur sa reconversion entrepreneuriale, l’ancien nageur a livré un témoignage sincère sur la réussite, l’échec et la force du collectif.
Mercredi soir, à l’hôtel Voco Cité des Climats, une quarantaine de chefs d’entreprise, entrepreneurs et décideurs économiques ont participé à une nouvelle édition du Club Réseau Conférences (CRC), organisé par la société 1Pulse fondée par Laurent Riotte et Romain Perrin. L’invité de la soirée n’était autre qu’Alain Bernard, l’une des plus grandes figures de la natation française. Champion olympique du 100 mètres nage libre à Pékin en 2008, champion olympique du relais 4 x 100 mètres à Londres en 2012, multiple médaillé mondial et européen, l’ancien nageur est aujourd’hui conférencier, consultant sportif et entrepreneur engagé dans le développement d’équipements aquatiques innovants.
Impressionnant par sa stature mais immédiatement accessible par sa simplicité, Alain Bernard a captivé son auditoire pendant près de deux heures en évoquant son parcours hors norme, ses échecs, ses victoires et les enseignements qu’il tire aujourd’hui pour le monde de l’entreprise.

Un enfant timide qui ne croyait pas en lui
Derrière le champion olympique se cache un adolescent fragile. Né à Aubagne en 1983, Alain Bernard raconte avoir longtemps souffert d’un manque de confiance en lui. « J’étais très timide, introverti, réservé. Rien ne me prédestinait à devenir champion olympique. Le petit gamin d’Aubagne ne croyait pas en lui. » La natation devient alors un refuge. « Je n’étais pas bien dans ma peau, je me courbais parce que j’étais toujours plus grand que les autres. À l’entraînement, il n’y avait pas de jugement. Il y avait juste des copains qui partageaient une aventure sportive. » Cette pratique lui permet progressivement de construire sa personnalité. « Le sport m’a aidé à devenir une meilleure personne. Il m’a appris à m’accepter, à m’assumer et à avoir confiance en moi. »
La force des rencontres
Dans sa réussite, Alain Bernard insiste sur le rôle déterminant de son entraîneur Denis Auguin, rencontré à Marseille à l’âge de 15 ans. Une relation qui durera quinze années. « Il a tout changé. Ce n’était pas un gourou ni un mentor. C’était quelqu’un qui m’a fait prendre conscience de mes capacités. » Le champion évoque avec émotion ces personnes qui marquent une vie. « Je suis persuadé que chacun d’entre nous a rencontré quelqu’un qui l’a aidé à franchir un cap. Denis a été cette personne pour moi. » Aujourd’hui encore, leur relation dépasse largement le cadre sportif. « C’est devenu l’un de mes meilleurs amis. »

Apprendre à échouer pour réussir
Si le public retient souvent les médailles, Alain Bernard préfère parler des revers. La non-qualification aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004 reste l’une des plus grandes blessures de sa carrière. Affaibli par une mononucléose puis une toxoplasmose, il voit son rêve s’effondrer. « À 20 ans, je me suis demandé ce que j’allais faire de ma vie. J’avais mis mes études entre parenthèses pour tenter de me qualifier. » Pourtant, c’est précisément cet échec qui va le construire. « Les échecs sont beaucoup plus riches d’enseignements que les victoires. » Son entraîneur lui rappelle alors un point essentiel. « Malgré les difficultés, tu n’as raté aucun entraînement. » Une leçon fondatrice. « On avance en cochant les cases une par une. Lundi matin, lundi soir, mardi matin, mardi soir. C’est cette régularité qui finit par payer. »
Il faut oser rêver grand
Interrogé sur la différence entre un bon athlète et un champion olympique, Alain Bernard répond sans hésiter. « Il faut une petite part de folie. Il faut oser rêver grand. » Mais surtout ne jamais abandonner. « Il y a beaucoup plus d’occasions de baisser les bras que d’occasions de rêver. » Selon lui, la réussite est avant tout une question de persévérance. « Nous avons tous des capacités d’adaptation que nous ne soupçonnons pas. » Un message qu’il transmet aujourd’hui aux dirigeants et aux entrepreneurs. « Demain, nous pouvons tous être une meilleure version de nous-mêmes qu’aujourd’hui. »
Transformer la pression en moteur
Comment gérer la pression lorsqu’on représente tout un pays aux Jeux olympiques ? Alain Bernard connaît bien la question. À Pékin, il doit condenser dix années de travail en moins de cinquante secondes. « On se fait tout un monde d’un moment qui ne dure que quelques secondes. » Sa méthode consiste à rendre l’exceptionnel familier. « Il faut s’entraîner à gérer la pression bien avant l’événement. » Le nageur évoque ses routines. « J’écoutais toujours la même musique. Que je sois à Antibes ou à l’autre bout du monde, cela me permettait de retrouver mon cocon. » Une philosophie applicable selon lui à l’entreprise. « Le jour où le stress arrive, il doit vous sembler familier. »
Le collectif, ce supplément d’âme
Le champion est également revenu sur l’importance du relais dans sa carrière. Un exercice très particulier puisque les nageurs passent la majeure partie de l’année à être concurrents avant de devenir coéquipiers le temps d’une course. « Il faut trouver un dénominateur commun. Pour nous, c’était représenter la France. » Cette expérience nourrit aujourd’hui sa vision du management. « Chacun doit chercher à produire le meilleur de lui-même, mais cette performance doit servir les autres. » Il ajoute : « Si chacun se met au service du collectif, il se passe quelque chose de magique ».

Une nouvelle vie d’entrepreneur
Depuis l’arrêt de sa carrière sportive en 2012, Alain Bernard a multiplié les projets. Consultant sportif, conférencier, il s’est également lancé dans l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, il accompagne notamment le développement de solutions innovantes pour les piscines aux côtés de son partenaire Pool On. L’objectif est clair : moderniser les équipements aquatiques et favoriser l’apprentissage de la natation. Une cause qui lui tient particulièrement à cœur. « Je ne peux pas concevoir que dans un pays développé comme le nôtre, des enfants se noient parce qu’ils ne savent pas nager. » L’ancien champion rappelle un chiffre marquant. « La noyade reste la première cause de mortalité accidentelle chez les moins de 10 ans. » Ses projets visent à rendre les piscines plus économes en énergie et plus accessibles aux collectivités.
« Mon moteur aujourd’hui, c’est transmettre »
Alain Bernard reconnaît que l’entrepreneuriat est parfois plus difficile que le sport de haut niveau. « Entre le premier rendez-vous et l’ouverture d’une piscine, il peut s’écouler cinq à sept ans. » Une temporalité qui exige patience et résilience. « Sur 80 ou 90 coups d’épée dans l’eau, il y a parfois seulement deux ou trois transformations. » Mais il poursuit avec la même détermination. « Mon moteur aujourd’hui, c’est de transmettre ce que j’ai appris et d’agir dans l’intérêt général. »
Un amoureux de Beaune et des vins de Bourgogne
Au cours des échanges, Alain Bernard a également évoqué son attachement à la Bourgogne.
Déjà intronisé à Savigny-lès-Beaune « Cousin de Bourgogne », il y a quelques années, il confie apprécier particulièrement les vins du territoire. « J’ai commencé à découvrir le vin avec des Beaune. » Ce qui le fascine avant tout ? « L’histoire qu’il y a derrière chaque vin et l’expression du terroir. » Avant d’ajouter : « C’est une grande fierté pour les habitants d’avoir des maisons mondialement reconnues et des vins aussi différents sur un même cépage. »
Au terme de cette soirée d’échanges, Alain Bernard n’a finalement pas seulement parlé de natation. Derrière les records, les médailles olympiques et les succès entrepreneuriaux, c’est surtout un message universel qu’il est venu transmettre aux dirigeants présents : celui de la persévérance, de la remise en question permanente et de la confiance en soi. Avant de quitter Beaune, il a résumé en quelques mots la philosophie qui guide encore aujourd’hui chacune de ses actions : « Il faut oser. Oser rêver, oser échouer, oser recommencer. Parce que demain, on peut tous être une meilleure version de nous-mêmes qu’aujourd’hui. » Une leçon de vie autant qu’une leçon de performance qui a trouvé un écho particulier auprès d’un public d’entrepreneurs confrontés, eux aussi, aux défis du dépassement de soi et de l’adaptation permanente.
Jeannette Monarchi
Les prochains rendez-vous du CRC
Après la pause estivale, le Club Réseau Conférences accueillera en septembre Xavier Bertrand, ancien ministre et président de la Région Hauts-de-France, candidat aux présidentielles.
En novembre, la criminologue Sylvia Bréger interviendra lors d’un déjeuner-conférence.
Enfin, en décembre, Cathy Collart Geiger viendra partager son expérience de dirigeante à la tête de grandes enseignes nationales (Picard et Maison Nicolas).
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