BOURGOGNE
Bourgogne-Franche-Comté – Budget sous pression, formations sacrifiées, petites lignes menacées : Jérôme Durain face aux arbitrages
Par Jeannette Monarchi
Publié le 14 Octobre 2026 à 15h37
À la veille de l’assemblée plénière des 15 et 16 octobre, Jérôme Durain a présenté, mercredi matin à Dijon, les dossiers qui attendent les élus régionaux. Entre les nouvelles économies réclamées par l’État, les coupes dans la formation professionnelle, les difficultés du réseau ferroviaire et la mobilisation des lycéens, le président de Bourgogne-Franche-Comté ne cache pas ses inquiétudes. Mais il entend continuer à investir dans les services publics et l’économie régionale.
C’est une assemblée plénière qui s’annonce chargée, et pas seulement par le nombre de dossiers inscrits à l’ordre du jour. Mercredi matin, à Dijon, Jérôme Durain a donné le ton des débats qui occuperont les conseillers régionaux jeudi 15 et vendredi 16 octobre. La séance s’ouvrira par une minute de silence en hommage à François Patriat, ancien président de la Région. Dans un contexte politique et économique qu’il juge particulièrement tendu, le président de Bourgogne-Franche-Comté souhaite ramener les discussions sur des sujets qui touchent directement les habitants : le pouvoir d’achat, l’emploi, les lycées, les transports ou encore la formation. « Notre souveraineté, elle se construit dans nos usines, dans nos laboratoires, dans nos entreprises », a-t-il insisté, défendant une politique régionale tournée vers l’activité économique et l’emploi.
Reste une difficulté de taille : comment continuer à agir lorsque les moyens financiers diminuent ? Car derrière les dossiers de cette assemblée, c’est bien la question du financement des politiques régionales qui revient sans cesse.
Budget 2027 : la Région dénonce un effort disproportionné
Le projet de loi de finances pour 2027 ne passe pas auprès des Régions. Selon Régions de France, près de 7 milliards d’euros d’effort seraient demandés aux collectivités territoriales, dont au moins 1,046 milliard aux Régions. Une contribution que Jérôme Durain estime disproportionnée. « Les Régions pèsent à peu près 1 % de la dette publique, mais on leur demande de contribuer à hauteur de 20 % de l’effort global des collectivités. C’est trop. »
En Bourgogne-Franche-Comté, les pertes de recettes ont déjà dépassé 100 millions d’euros en 2025 et 2026. Et la facture pourrait encore s’alourdir l’année prochaine de 50 millions.
Pour le président, la contradiction est difficile à accepter : les collectivités doivent répondre à des besoins toujours plus importants, avec des ressources qui se réduisent. « Faites toujours plus, mais avec toujours moins », résume-t-il.
Et ces restrictions ne resteront pas sans conséquences. Certaines se font déjà sentir, particulièrement dans le domaine de la formation professionnelle.

Formation professionnelle : des milliers de places supprimées
C’est sans doute l’un des dossiers les plus préoccupants de cette rentrée régionale. La fin anticipée du Pacte d’investissement dans les compétences et les réductions successives des financements de l’État représentent une perte cumulée de 66,5 millions d’euros depuis 2026.
Une première baisse de 25 millions d’euros a déjà entraîné la suppression d’environ 10 % des places de formation destinées aux demandeurs d’emploi. Et les 41,5 millions d’euros supplémentaires qui manqueront en 2027 obligeront la Région à aller plus loin. « On est obligé de faire des choix. On ne peut pas, sur nos crédits propres, continuer à tout faire et compenser ce que l’État ne fait plus », explique Jérôme Durain.
Concrètement, plusieurs dizaines de formations et plusieurs milliers de places sont concernées. Les parcours déjà engagés iront à leur terme, mais d’autres ne seront pas reconduits.
La Région a donc décidé de concentrer ses moyens sur ceux qui rencontrent le plus de difficultés pour accéder à l’emploi : les personnes sans qualification, les bénéficiaires du RSA, les seniors de plus de 55 ans et les personnes en situation de handicap. Elle entend notamment préserver le Dispositif amont de la qualification (DAQ), qui permet de reprendre les apprentissages fondamentaux avant d’envisager une formation professionnelle. Près de 5 000 parcours sont prévus, répartis sur 19 plateformes en Bourgogne-Franche-Comté. « On va mettre l’accent sur ces compétences-là, parce que c’est là qu’on est le plus utile », justifie le président.
Lycées : Jérôme Durain entend les revendications des jeunes
La mobilisation des lycéens, qui s’est amplifiée ces dernières semaines, s’est également invitée dans les échanges. Jérôme Durain dit comprendre les inquiétudes des jeunes. Il a d’ailleurs rencontré plusieurs d’entre eux pour entendre leurs revendications. « Quand la jeunesse s’exprime, je crois qu’il faut l’écouter et l’entendre. »
Selon lui, les principales difficultés soulevées concernent d’abord la charge de travail, les emplois du temps, les absences d’enseignants et Parcoursup. Des sujets qui ne relèvent pas directement des compétences régionales. Mais il ne cherche pas pour autant à éluder les responsabilités de la collectivité concernant les bâtiments scolaires, leur entretien, leur équipement ou la restauration. « Je ne vais pas dire que tout va bien en Bourgogne-Franche-Comté. Il y a forcément, ici ou là, des choses qu’on peut faire et qu’on doit faire. »
Il reconnaît notamment les problèmes rencontrés dans certains établissements lors des fortes chaleurs, les difficultés de chauffage ou encore les équipements vieillissants.
La Région rappelle consacrer environ 100 millions d’euros par an aux travaux dans les lycées, notamment pour améliorer leur performance énergétique, leur sécurité et leur accessibilité.
Autre sujet susceptible d'alimenter les débats : la dotation globale de fonctionnement des établissements. Elle diminuera en 2027 par rapport à 2026, principalement en raison du recul des dépenses énergétiques. Jérôme Durain souligne néanmoins qu’elle reste supérieure de 20 % à son niveau de 2022. Et il assure que les établissements confrontés à des difficultés particulières continueront de bénéficier du soutien régional.

Petites lignes ferroviaires : des travaux pour éviter le pire
Sur le ferroviaire, Jérôme Durain estime avoir obtenu des avancées importantes dans les négociations avec l’État. Il s’agit de préserver plusieurs lignes secondaires dont l’avenir était compromis par le coût de leur rénovation.
Le dossier le plus sensible concerne la section Paray-le-Monial–Gilly-sur-Loire, sur l’axe Nevers–Lyon. Faute d’investissements, cette liaison risquait une fermeture à court terme. Un accord financier doit désormais permettre d’engager les travaux en plusieurs étapes, l’Etat participant pour moitié. La participation de la Région atteindra 23 millions d’euros pour la première phase, dont 12,5 millions soumis au vote du 15 octobre. Une seconde tranche devra être décidée en 2028. « Sans l’accord financier que nous venons de construire avec l’État, nous n’avions pas de trajectoire crédible », souligne Jérôme Durain.
Pour autant, il ne promet pas un retour immédiat à la normale. L’état des voies impose encore des restrictions de circulation et une exploitation temporaire sur une seule voie, avec des conséquences sur les horaires et les fréquences.
Autre dossier : la ligne Clamecy–Corbigny, dans la Nièvre. La Région prévoit d’apporter 750 000 euros à un programme de travaux de 3,5 millions d’euros destiné à maintenir les circulations de fret. Une décision qui doit notamment permettre de préserver l’activité de la carrière d’Épiry, dont dépend une centaine d’emplois.
Des interventions sont également annoncées sur les lignes Belfort–Lure–Épinal et des Horlogers.
TER : plus de trains, mais moins de guichets
Les difficultés rencontrées par les voyageurs ont donné lieu à des échanges plus directs lors de la conférence de presse. Retards, ralentissements, changements de desserte et manque d’informations : les interrogations des usagers sont nombreuses. Jérôme Durain reconnaît que la communication de la SNCF doit progresser. « J’exige de SNCF Voyageurs et de SNCF Réseau qu’ils donnent des informations », a-t-il lancé, estimant anormal que des voyageurs puissent rester sans réponse face aux perturbations.
La nouvelle organisation des dessertes, prévue pour le 13 décembre, doit apporter des améliorations sur les secteurs concernés, avec une augmentation annoncée de l’offre ferroviaire. Mais cette évolution s’accompagnera aussi de fermetures de guichets dans plusieurs gares. Une perspective que le président assume au regard du développement de la vente de billets en ligne (95 %), tout en reconnaissant que certains voyageurs ont encore besoin d’un contact humain.
Il souhaite donc maintenir une possibilité d’achat physique dans les gares concernées. Un dispositif alternatif, qui pourrait notamment s’appuyer sur La Poste, doit être présenté lors d’une prochaine assemblée régionale.
Économie : continuer à soutenir les entreprises
Malgré les restrictions, Jérôme Durain ne veut pas réduire l’action régionale à une succession de coupes budgétaires. Il met également en avant les moyens consacrés au développement économique. En 2025, la Région et les dispositifs financiers auxquels elle participe ont mobilisé 150 millions d’euros pour accompagner les entreprises.
Parmi les opérations soutenues figurent 175 PME industrielles, qui ont bénéficié de 13,3 millions d’euros d’aides, ainsi que 304 PME et TPE ayant obtenu 15,5 millions d’euros d’avances remboursables. La création d’entreprises, l’innovation et la modernisation industrielle restent au cœur de cette politique. « La Région ne crée pas l’activité, mais elle peut l’encourager », rappelle Jérôme Durain.
Pour lui, soutenir une entreprise qui investit, accompagner une reprise ou aider un projet innovant à se développer, c’est aussi préserver l’emploi et l’activité dans les territoires.
Présidentielle 2027 : Jérôme Durain salue la désignation de Raphaël Glucksmann
La politique nationale s’est également invitée dans les questions. Interrogé sur la désignation de Raphaël Glucksmann pour représenter la gauche sociale-démocrate à la présidentielle de 2027, Jérôme Durain, qui avait lui-même appelé à soutenir l’eurodéputé, s’est félicité de cette candidature. Le président de la Région a salué une désignation nette, tout en rappelant que rien n’était joué pour l’élection présidentielle. Il a surtout appelé la gauche à ne pas céder au découragement et à éviter « l’esprit de défaite », convaincu qu’elle dispose de responsables capables de gouverner le pays.
Garder le cap malgré les difficultés
Au terme de cette présentation, Jérôme Durain a voulu retenir une ligne de conduite : ne pas nier les difficultés, mais ne pas s’y résigner non plus. « Je place cette assemblée plénière sous le sceau du volontarisme et d’une forme de résilience », a-t-il affirmé.
Les deux journées de débats devront maintenant traduire cette volonté en décisions, dans un contexte où chaque euro compte davantage. Avec, pour la Région, un équilibre de plus en plus délicat à trouver entre les économies imposées, les investissements nécessaires et les attentes des habitants.
Jeannette Monarchi
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