BEAUNE

Beaune – La Glorieuse Artistique rapporte 91 000 € : le street art fait recette à l’Hôtel-Dieu

Beaune – La Glorieuse Artistique rapporte 91 000 € : le street art fait recette à l’Hôtel-Dieu
Beaune – La Glorieuse Artistique rapporte 91 000 € : le street art fait recette à l’Hôtel-Dieu
Beaune – La Glorieuse Artistique rapporte 91 000 € : le street art fait recette à l’Hôtel-Dieu
Beaune – La Glorieuse Artistique rapporte 91 000 € : le street art fait recette à l’Hôtel-Dieu

Des Gouzous qui changent de mains, des collectionneurs qui se disputent les œuvres et quelques regrets quand le marteau tombe trop vite… Jeudi soir, le street art avait rendez-vous avec les enchères dans la prestigieuse salle du Roy de l’Hôtel-Dieu. Bilan : 91 000 € récoltés et plusieurs œuvres promises à une nouvelle vie dans des établissements beaunois.

Jeudi soir, dans la salle du Roy de l’Hôtel-Dieu de Beaune, le décor avait quelque chose d'insolite. Sous les regards des personnages des tableaux anciens, des œuvres de street art aux couleurs vives attendaient de trouver preneur. Quelques rangées de chaises, une vingtaine d’enchérisseurs dans la salle, d’autres connectés à distance, et cette petite tension propre aux ventes aux enchères : qui allait lever la main le premier ? Et surtout, jusqu’où les prix allaient-ils grimper ?
Pour cette Glorieuse Artistique, organisée jeudi soir par les Hospices Civils de Beaune et l’association La Karrière, 39 lots étaient proposés. Au terme de la soirée, 91 000 € ont été récoltés, sans frais supplémentaires pour les acheteurs. Douze œuvres n’ont pas trouvé preneur et restent disponibles auprès du commissaire-priseur.
Un résultat accueilli avec satisfaction par Guillaume Koch, directeur des Hospices Civils de Beaune, même si certaines pièces importantes, notamment les grands formats en trois dimensions de Delta, n’ont pas trouvé d’acquéreur.


Quand le street art rencontre six siècles d’histoire
Avant le début des enchères, Guillaume Koch a rappelé le sens de cette rencontre entre deux univers que tout semble opposer. D’un côté, les œuvres classiques de l’Hôtel-Dieu et le célèbre Polyptyque du Jugement dernier de Rogier van der Weyden. De l’autre, des artistes qui ont fait de la rue leur terrain d’expression. « On est ravis de vous accueillir dans la chambre du Roy, où on peut mêler ce soir des œuvres classiques [...] avec ces magnifiques œuvres de street art », a-t-il souligné.
Les recettes contribueront à financer la restauration du chef-d’œuvre flamand du XVe siècle, dont les travaux préparatoires sont engagés, ainsi que les futurs projets artistiques de La Karrière. Son président, Dominique Bruillot, a insisté sur la qualité des signatures réunies, saluant un « casting assez extraordinaire ». Sous la direction artistique de Mode 2, l’opération Imaginaires Kréatifs, lancée en 2025, avait fait entrer le graffiti dans l’Hôtel-Dieu. Cette vente en constituait le prolongement.
Mode 2 a d’ailleurs pris le temps de présenter les artistes au fil des lots : André, Andrea Ravo Mattoni, Futura, Jace et ses célèbres Gouzous… Autant de noms qui ont marqué l’histoire de l’art urbain.
 
Au Cep, un Gouzou pour raconter les vignerons des Hospices
Parmi les acheteurs, plusieurs Beaunois avaient une idée bien précise : faire en sorte que ces œuvres ne quittent pas la ville. C’est notamment le cas de Jean-Claude Bernard, propriétaire de l’hôtel Le Cep, qui a acquis une création de Jace représentant les vignerons des Hospices. Une œuvre qu’il compte installer sur une tour de son établissement afin de la mettre en valeur. « C’est bien d’associer l’art et le patrimoine aux hôtels, afin que le patrimoine reste sur place. Ça raconte des choses aux gens. Je suis un peu passeur et conteur », confie-t-il. 
Il repart néanmoins avec un petit regret : ne pas avoir enchéri sur À la Paulée de Meursault, une œuvre de Mode 2 finalement remportée par un acheteur en ligne. « J’étais concentré sur autre chose et je n’ai pas enchéri. C’est dommage ! »
 
Trois œuvres de Jace bientôt sur la façade du Central Boutique-Hôtel
Même enthousiasme du côté d’Edgar Vaudeville, directeur et gérant du Central Boutique-Hôtel à Beaune. Amateur de longue date du travail de Jace, il n’aurait manqué cette vente pour rien au monde. « Je connaissais Jace depuis longtemps. Je suis tombé sur lui à Madagascar, puis en Thaïlande. Je suivais son travail et, quand j’ai su que cette soirée était organisée, j’avais hâte de pouvoir y participer. » Il a finalement acquis trois œuvres, qui seront installées sur la façade de son hôtel, entre les fenêtres. Une manière de prolonger dans les rues de Beaune cette aventure artistique née à l’Hôtel-Dieu.
 
Un Gouzou de pharmacien qui retrouve Simandre
Autre jolie histoire de la soirée, celle de Claude, pharmacien à Simandre, en Saône-et-Loire. Son coup de cœur ? Un Gouzou de Jace consacré au métier de pharmacien. L’enchère a été disputée, jusqu’à ce que l’un de ses concurrents apprenne sa profession et décide de lui laisser l’œuvre. Claude connaissait déjà l’artiste, qu’il avait rencontré avec son fils. Lorsqu’il avait appris que Jace réalisait ses créations dans un garage à Simandre, il était même allé lui rendre visite. Cette fois, il était bien décidé à repartir avec son Gouzou. La boucle est bouclée : l’œuvre retournera dans la commune où elle a été créée.

La Confrérie des Chevaliers du Tastevin s'offre une œuvre de Mode 2 pour 12 000 €
La Confrérie des Chevaliers du Tastevin, installée au Château du Clos de Vougeot, n'a pas laissé passer l'occasion. Elle a acquis pour 12 000 € le lot Au Clos de Vougeot, une œuvre de l'artiste Mode 2. Un achat qui prend tout son sens puisque la création représente précisément les chapitres qui se tiennent dans ce haut lieu du patrimoine viticole bourguignon. 

Une soirée prolongée autour d’un dîner au Bastion
Si 27 œuvres ont changé de mains, toutes ne quitteront pas l’Hôtel-Dieu. Les Hospices Civils de Beaune conservent plusieurs créations, notamment des Gouzous de Jace, des œuvres d’Andrea Ravo Mattoni et de Delta, ainsi qu’une affiche liée à l’opération de 2025.
Quant aux douze lots invendus, ils restent accessibles aux amateurs intéressés, par l’intermédiaire du commissaire-priseur.
La soirée s’est poursuivie au Bastion pour une soixantaine de convives autour d’un dîner imaginé par Frédéric Ménager, chef de La Ferme de la Ruchotte, à Bligny-sur-Ouche. Au menu, son vol-au-vent de grande cuisine bourgeoise, accompagné de plusieurs grands vins du Domaine des Hospices de Beaune, dont un Meursault premier cru Les Genevrières 2020, un Mazis-Chambertin grand cru 2021 et un Corton-Charlemagne grand cru 2022.
Au final, cette première Glorieuse Artistique aura permis de réunir 91 000 € pour deux causes patrimoniales et artistiques. Mais elle aura aussi laissé quelques traces bien concrètes à Beaune : des œuvres qui, demain, accueilleront les visiteurs sur les façades et dans les hôtels de la ville. Une façon de rappeler que le street art, même lorsqu’il passe sous le marteau d’un commissaire-priseur, peut continuer à vivre au contact du public.

Jeannette Monarchi