BEAUNE

Beaune – De Guigone de Salins aux lavandières, le Zonta Club raconte l’histoire des femmes au fil des rues

Beaune – De Guigone de Salins aux lavandières, le Zonta Club raconte l’histoire des femmes au fil des rues

Une pomme, quelques anecdotes parfois surprenantes et des destins de femmes qui ont marqué Beaune. Ce lundi 19 octobre, une douzaine de participantes accompagnées par le CCAS et l’association La Passerelle ont découvert la ville sous un autre regard. Une promenade culturelle proposée par le Zonta Club et animée bénévolement par Véronique Mangold, avec une idée toute simple : rendre la culture accessible à toutes.

Ce lundi après-midi, rendez-vous était donné porte Marie de Bourgogne. Une douzaine de femmes, accompagnées par le Centre communal d'action sociale (CCAS) de Beaune et l'association La Passerelle, s'y sont retrouvées pour une balade un peu différente de celles que l'on fait habituellement dans les rues de la ville. À l'initiative de cette sortie, le Zonta Club de Beaune, qui a choisi cette année de faire évoluer son opération « Musées pour toutes ». Plutôt que de pousser les portes du musée des Beaux-Arts, les participantes étaient invitées à découvrir le patrimoine à ciel ouvert, au gré des rues, des remparts et des monuments.
Pour les accompagner, Véronique Mangold, adjointe au maire chargée notamment de la valorisation du patrimoine et des musées, avait retrouvé son rôle de guide-conférencière. Une visite qu'elle assurait bénévolement, avec l'envie de raconter Beaune autrement.
 
Tout a commencé par une pomme !
Et pour parler de la place des femmes dans l'histoire, Véronique Mangold a choisi une entrée en matière pour le moins originale : une pomme. Celle d'Ève, bien sûr, qui, dans la tradition populaire associée au récit biblique, symbolise la tentation et le péché. De quoi rappeler comment, pendant des siècles, certaines interprétations religieuses ont contribué à enfermer les femmes dans une position inférieure à celle des hommes. Une manière aussi de mesurer le chemin parcouru, et surtout de découvrir celles qui, malgré les contraintes de leur époque, ont réussi à se faire une place. Car derrière les pierres de Beaune se cachent bien des histoires de femmes.
 
Des femmes de caractère, des parcours hors du commun
Il y a évidemment Guigone de Salins, indissociable de l'histoire des Hospices de Beaune. Au XVe siècle, aux côtés de Nicolas Rolin, elle participe à la fondation de l'Hôtel-Dieu et s'investit dans cette œuvre destinée à accueillir les plus démunis. Près de six siècles plus tard, son nom reste profondément attaché à la ville.
Mais d'autres figures, moins connues, méritaient aussi d'être remises en lumière. Il y a Maria Favart, née à Beaune en 1833. Une Beaunoise qui a quitté sa ville natale pour les planches parisiennes, jusqu'à devenir sociétaire de la prestigieuse Comédie-Française. Un joli parcours pour une femme de son époque ! Reine Grandmottet-Brenet, née à Beaune en 1843, en fait partie. Issue de la famille qui tenait l'hôtel de l'Arbre d'Or, elle s'est engagée pour l'émancipation des femmes et a contribué à faire vivre les premières idées féministes dans la cité beaunoise, au début du XXe siècle.
Autre nom évoqué, celui d'Eugénie Fondet, associée à son mari Camille dans la conception des villas Fondet. Ces étonnantes demeures construites à la fin du XIXe siècle, près de la Bouzaize, témoignent encore aujourd'hui de leur goût pour une architecture originale.
 
Des religieuses aux lavandières, celles dont on parle moins
La promenade a aussi permis de découvrir des destins plus douloureux, comme celui d'Irma Grivot, née à Beaune en 1866. Devenue sœur Marie-Hermine de Jésus, cette religieuse franciscaine est partie en mission en Chine, où elle a trouvé la mort en 1900, lors de la révolte des Boxers. Elle sera canonisée un siècle plus tard, en 2000, par Jean-Paul II.
Véronique Mangold a également rappelé la place occupée par les sœurs hospitalières de l'Hôtel-Dieu, qui ont consacré leur vie aux malades, ou encore par les petites sœurs dominicaines, dont l'action auprès des habitants a accompagné le développement du quartier Saint-Jacques.
Et puis il y avait toutes les autres, celles dont les noms n'apparaissent pas forcément dans les livres d'histoire. Les lavandières, notamment, qui passaient de longues heures à laver le linge dans des conditions souvent éprouvantes. Des femmes anonymes, mais dont le travail faisait partie intégrante de la vie quotidienne.
La figure de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, a également été abordée. Elle n'a pourtant jamais mis les pieds à Beaune ! Mais son histoire, marquée par les alliances politiques et les mariages arrangés, illustre combien les femmes, même issues des familles les plus puissantes, avaient rarement leur destin entre les mains.
Au détour des échanges, le nom de Line Renaud, venue à Beaune, a également été cité, apportant une touche plus contemporaine à cette galerie de portraits féminins.
 
En 1912, les femmes devaient encore obtenir le droit d'aller seules au théâtre !
Parmi les anecdotes racontées au fil du parcours, l'une d'elles avait de quoi faire réagir. En consultant les archives municipales, Véronique Mangold a retrouvé une délibération du conseil datant de 1912, autorisant les femmes à assister seules aux représentations théâtrales. Avant cela, elles ne pouvaient pas s'y rendre sans être accompagnées, notamment par crainte du racolage. Une situation qui paraît aujourd'hui bien éloignée de nos habitudes, mais qui rappelle que des libertés désormais évidentes ne l'ont pas toujours été.
 
Une balade pour donner envie d'aller plus loin
Au fond, cette promenade n'avait pas pour ambition de raconter toute l'histoire des femmes à Beaune en une après-midi. Elle voulait surtout éveiller la curiosité, permettre de découvrir des lieux autrement et, pourquoi pas, donner envie de pousser un jour la porte d'un musée.
C'est tout le sens de l'opération « Musées pour toutes », lancée en 2018 par les Zonta Clubs de France pour faciliter l'accès à la culture des femmes qui en sont éloignées, notamment pour des raisons sociales ou financières. « L'idée, c'est d'amener des femmes qui sont assez précarisées dans des lieux culturels, librement, sans payer », expliquait récemment Denise Coussy, membre du Zonta Club de Beaune.
Après un parcours passant notamment par les remparts des Hospices, le rempart des Dames et la collégiale Notre-Dame, la balade s'est terminée au parc aux Lions autour d'un goûter.
Une façon simple et conviviale de prolonger les échanges. Et peut-être, pour certaines participantes, l'envie de revenir découvrir un peu plus de cette ville dont les pierres ont encore tant d'histoires à raconter.
 À travers cette initiative, le Zonta Club de Beaune, présidé par Cécile Gérout, poursuit son engagement pour l'accès des femmes à la culture. Avec, cette fois, une belle manière de rappeler que l'histoire de Beaune s'est aussi écrite au féminin.

Jeannette Monarchi