BOURGOGNE
Droits de douane - La filière viticole bourguignonne réunie à Beaune suspendue aux décisions américaines
Par Jeannette Monarchi
Publié le 04 Juillet 2025 à 07h15
La suspension provisoire des droits de douane américains sur les vins européens arrive à échéance. À Beaune, lors de l’assemblée générale du BIVB, l’interprofession s’est inquiétée du manque de visibilité à quelques jours d’une décision cruciale attendue entre le 4 et le 9 juillet.
À Beaune, la filière vin scrute l’Amérique : retour de l’épée de Damoclès douanière. C’est un dossier aussi volatil que les marchés qu’il concerne. Mercredi 2 juillet, lors de l’assemblée générale estivale du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB) à Beaune, les droits de douane américains ont surgi en tête des préoccupations. En toile de fond : la fin imminente d’un moratoire de 90 jours décrété par l’administration américaine le 9 avril dernier, plafonnant les taxes à 10 % sur certains produits européens — dont les vins.
« Une bouteille de vin de Bourgogne sur deux est exportée. Cela dépend donc totalement des marchés internationaux. Nous sommes suspendus à l’actualité américaine », a rappelé avec gravité Laurent Delaunay, président du BIVB pour le négoce.
Entre le 4 et le 9 juillet, Washington doit annoncer s’il prolonge cette suspension ou s’il durcit ses positions tarifaires. L’angoisse est palpable dans la filière, tant l’issue reste incertaine.
« 2025, retour vers le futur » : l’analyse de Gabriel Picard à Beaune
Pour décrypter cette situation complexe, le BIVB a donné la parole à Gabriel Picard, directeur de Picard Vins & Spiritueux à Chassagne-Montrachet et président de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS), qui est intervenu en visioconférence depuis Paris, étant retenu par l’assemblée générale de la FEVS qui se tenait le même jour. Malgré la distance, il a tenu à partager avec la filière bourguignonne son analyse des tensions commerciales actuelles et des enjeux douaniers à venir. Son message ? Clair, mais inquiet : « 2025, retour vers le futur : c’est exactement ce que nous vivons. On ne sait pas ce que sera demain ».
Le président américain a en effet suspendu temporairement l’application des droits de douane réciproques pour les pays de l’Union européenne… mais pas pour la Chine, à qui il applique depuis avril une taxe douanière de 125 %. L’Union européenne, elle, reste dans l’expectative, entre volonté de fermeté française et stratégie plus conciliante côté allemand.
Trois conflits, un dossier explosif
Gabriel Picard a rappelé que les droits de douane actuels s’inscrivent dans le cadre de trois contentieux majeurs et toujours non résolus entre les États-Unis et l’Europe : le conflit sur l’acier et l’aluminium, le différend autour de l’aéronautique, et les tensions fiscales liées au numérique. Dans ces négociations à forts enjeux économiques et géopolitiques, la filière des vins et spiritueux s’est retrouvée en première ligne, souvent utilisée comme variable d’ajustement commerciale.
À ce jour, aucune résolution définitive n’a été trouvée, et plusieurs sections juridiques sont toujours actives à l’initiative de la FEVS auprès de la France et de l’Union européenne.

Les négociateurs et Trump : les deux visages de l’Amérique
« Ce qui rend la situation illisible, c’est qu’en face, on a deux lignes qui cohabitent », a analysé Gabriel Picard. D’un côté, le bureau du représentant américain au commerce (USTR United States Trade Representative), qui incarne une ligne diplomatique, avec laquelle des discussions techniques ont lieu. De l’autre, Donald Trump, dont la position pourrait l’emporter sur fond de stratégie électorale et de budget fédéral en débat.
Ce jeudi 4 juillet, une séquence politique importante est attendue avec le vote du budget américain. Celui-ci pourrait influencer — à la hausse ou à la baisse — l’orientation des taxes douanières. « Si Trump décide d’aller au-delà de ce que propose son équipe actuelle, tout est possible », a admis Gabriel Picard.
Des divergences internes à l’Europe
Autre difficulté : la position hétérogène des pays européens. La France défend une ligne dure, refusant tout accord asymétrique qui nuirait à ses secteurs agricoles, viticoles ou industriels. L’Allemagne, plus favorable à un compromis, accepte des accords différenciés tant que son secteur automobile est préservé.
Résultat : la position européenne est floue, et un accord potentiel devra naviguer entre ces lignes rouges. Un scénario en discussion consisterait à accepter un plafonnement universel à 10 % pour tous les produits européens, avec des exceptions dans les domaines de l’automobile, l’aéronautique, la pharmacie… et, espère la FEVS, les vins et spiritueux.
Une annonce attendue d’ici le 9 juillet
Pour l’heure, aucune information officielle ne filtre. La coalition européenne tient, mais reste fragile. « Si les États-Unis imposent des mesures différenciées selon les pays membres, ce serait intenable politiquement, a prévenu Gabriel Picard. Nous espérons qu’un accord sera trouvé d’ici le 9 juillet. Mais ce qui est certain, c’est que ce ne sera pas pire que ce que nous avons connu. »
Et après ? Le Canada, le Mercosur, l’Amérique du Sud
Au-delà du court terme, la FEVS prépare déjà l’après-crise américaine. Le Canada, le Mexique, l’Asie du Sud-Est figurent parmi les marchés cibles pour 2026. Le projet d’accord avec le Mercosur suscite plus de réserves : il pourrait être défavorable à l’agriculture, mais « s’avérer très bon pour les vins et spiritueux », selon Gabriel Picard, à condition de sanctuariser ce chapitre.
« Dès que le dossier américain sera derrière nous, nous pourrons nous atteler à une nouvelle phase : celle de la diversification réelle des débouchés à l’export et notamment à destination de l’Inde », a-t-il conclu.
Laurent Delaunay a salué l’engagement de Gabriel Picard, qu’il considère comme « le meilleur expert français sur ce dossier ». Il a aussi rappelé la fragilité structurelle de la Bourgogne : « C’est la seule région française à avoir conservé un chiffre d’affaires export positif ces deux dernières années. Mais l’équilibre est précaire. Nous avançons sur le fil. Et ce manque de visibilité nous empêche de nous projeter à long terme ».
Jeannette Monarchi
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