CÔTE D'OR

Côte-d’Or - « Ne pas faire moins, mais faire mieux » : un budget 2026 sous le signe de la responsabilité

Côte-d’Or - « Ne pas faire moins, mais faire mieux » : un budget 2026 sous le signe de la responsabilité

Colère après l’incendie criminel du collège Champollion, inquiétudes face à la montée du narcotrafic et débat budgétaire dans un contexte financier inédit : la session du Conseil départemental de Côte-d’Or, réunie ce lundi matin, a été marquée par des échanges denses, parfois vifs, mais structurés autour d’un même enjeu : assurer la protection, la solidarité et l’avenir du territoire.

Dès l’ouverture de la session, l’incendie volontaire du collège Champollion, survenu dans la nuit de vendredi à samedi dans le quartier des Grésilles à Dijon, s’est imposé comme un choc collectif. Un événement lourd de conséquences : 490 élèves privés de leur établissement, une communauté éducative bouleversée et un symbole républicain gravement atteint.
Le président du Conseil départemental, François Sauvadet, a pris la parole avec gravité : « Ce que nous ressentons tous ici, c’est un profond sentiment de colère. Cet acte criminel prive 490 élèves de leur collège. C’est un véritable traumatisme ». Il a immédiatement salué l’action des secours : « Je tiens à remercier très sincèrement le SDIS 21. Leur intervention rapide a permis d’éviter le pire et la propagation de l’incendie à l’ensemble du site ».
Si le bâtiment principal est lourdement endommagé, des expertises sont en cours pour déterminer si un bâtiment attenant, non touché par les flammes, peut être utilisé. L’objectif, martelé à plusieurs reprises, est clair : « Le collège Champollion rouvrira à la rentrée de septembre. Je n’ai aucune intention de céder face à ces actes criminels et d’intimidation ».
Une colère renforcée par les investissements récents consentis par le Département : « Plus de 500 000 euros ont été investis ces deux dernières années pour rénover et sécuriser cet établissement : sols, cages d’escaliers, systèmes d’alarme… ». Douze caméras de vidéosurveillance ont été mises à disposition de la justice. « Il appartient désormais à la police judiciaire de mener l’enquête », a rappelé François Sauvadet.
Le président n’a pas éludé l’arrière-plan du drame : « Nous sommes vraisemblablement face à un incendie lié au narcotrafic. Ce fléau percute aujourd’hui l’ensemble de notre société ».
Il a réaffirmé que la sécurisation des collèges reste une priorité départementale, avec 2 millions d’euros investis dans des dispositifs anti-intrusion, clôtures et caméras.
 
Solidarité et unité républicaine
Nathalie Koenders, maire de Dijon, a exprimé la solidarité de la Ville : « La Ville de Dijon se tient aux côtés du Département. Notre soutien va aux élèves, aux familles, aux personnels, mais aussi aux habitants des Grésilles qui subissent une stigmatisation injuste ». Elle a tenu à rappeler que les pouvoirs publics agissent : « Ce n’est pas l’inaction qui pose problème, ce sont justement nos actions conjointes qui dérangent les délinquants. Nous renforçons la sécurité, les mobilités, la présence publique. Et la Ville ne reculera pas ».
Même tonalité chez François-Xavier Dugourg : « Cet incendie est choquant. Il montre qu’il n’y a plus de limites dans ce trafic et ses conséquences. Il est capital de ne rien céder et d’être encore plus dur avec ceux qui organisent, profitent, laissent faire… et consomment ».


Catherine Hervieu a appuyé cette orientation en soulignant que « le lien entre narcotrafic, blanchiment d’argent et consommation pose une question majeure de santé publique », rappelant que protéger l’école, garantir l’égalité des chances et la justice sociale « exige une réponse forte et coordonnée de l’État et des collectivités ».
 

Un débat budgétaire dans un climat d’incertitude nationale
Après l’émotion, place à un débat budgétaire. François Sauvadet a posé le décor : « Nous examinons le budget 2026 dans un contexte d’incertitude totale. Est-ce que la France aura un budget d’ici la fin de l’année ? » Il a dénoncé les nouvelles contraintes imposées aux départements, notamment via le DILICO : « C’est une façon de nous faire participer à la réduction de la dette nationale, alors même que nous ne nous sentons pas responsables de cette situation ».
Le constat est sévère : explosion des dépenses sociales, recettes en berne, charges transférées sans compensation. « En dix ans, les dépenses sociales ont augmenté de plus de 100 millions d’euros. En 2026, elles atteindront 367 millions. » Le RSA illustre cette pression : « En un an, nous comptons plus de 1 000 bénéficiaires supplémentaires, soit 6 millions d’euros de dépenses en plus, compensées seulement à 50 % par l’État ». Même situation pour le handicap, devenu le deuxième poste de dépenses du Département. « Sur des sujets aussi sensibles que la santé mentale ou la violence juvénile, nous avons parfois le sentiment d’être bien seuls. »
 
La ligne Sauvadet : responsabilité et soutenabilité
Face à cette équation financière, François Sauvadet assume un budget de responsabilité, sans renoncer aux investissements d’avenir : 582,5 millions d’euros de fonctionnement, avec 10 millions d’euros d’économies, 90 millions d’euros d’investissement, contre 54 millions en 2019, poursuite de la réorganisation interne et de la transition numérique, avec l’IA et le cloud départemental. « En 2026, nous ne dépenserons pas plus que ce que nous gagnons. »
L’objectif est de préserver une épargne brute de 7 %, soit 40 millions d’euros, condition indispensable pour éviter la dérive financière. « Sinon, c’est la zone rouge. » Il revendique un budget « pas de renoncement » : « Ce ne sera ni un budget taillé au rabot, ni un budget de recul. Ce sera un budget de responsabilité. J’entends assumer tous mes choix ». Les économies porteront sur le fonctionnement (-10 millions d’euros) sans remise en cause des missions ni fermetures de sites. « Aucun collège, aucun centre social, aucun centre de secours ne fermera. »
 
Des oppositions qui réclament plus de prévention sociale
Pour Christophe Avena (PS), le débat est politique : « 62 000 Côte-d’Oriens vivent sous le seuil de pauvreté. Des familles monoparentales basculent. Ce sentiment d’abandon nourrit les extrémismes ». Il critique une approche jugée trop répressive : « Le Département doit prévenir avant de sanctionner. Votre politique ne répond pas suffisamment à cet enjeu. »
Il annonce le dépôt de dix amendements, notamment sur la protection de l’enfance, la santé mentale ou la transition agricole…
Certains investissements ont été ainsi remis en question, à l’image du projet de nouvelle usine de production d’eau estimé à 80 millions d’euros, jugé démesuré alors qu’une augmentation de capacité de l’existant serait possible.
 
RSA, fraude et accompagnement : un échange frontal
Sur le RSA, François Sauvadet répond sans détour : « Il ne s’agit pas de stigmatiser qui que ce soit. Il s’agit d’appliquer la loi et de lutter contre la fraude. Mon combat, c’est que l’aide aille à ceux qui en ont réellement besoin ».
Massar N’Diaye insiste « Derrière le RSA, il y a des vies. Quand l’accompagnement fonctionne, c’est un retour à la dignité. Renoncer à l’insertion aujourd’hui, c’est accepter plus de précarité demain ». Caroline Carlier a insisté sur la nécessité de maintenir un accompagnement social de qualité et de renforcer l’aide alimentaire, rappelant que derrière les équilibres budgétaires se jouent des situations humaines de plus en plus fragiles. Un amendement sera proposé dans ce sens.


 
Eau, école, associations : des lignes de fracture
Sur l’eau, Marie-Claire Bonnet-Vallet alerte : « La première question, c’est l’eau potable. Demain, nous ne serons peut-être plus capables d’en produire suffisamment en Côte-d’Or ».


Sur l’école, Céline Maglica interroge le financement des collèges privés : « Est-il raisonnable, en période de disette budgétaire, de financer une compétence non obligatoire qui bénéficie surtout aux familles les plus aisées ? » Elle proposera également un amendement.


Réponse ferme de François Sauvadet : « C’est totalement anachronique. J’assume de garantir la liberté de choix des familles ».
Emmanuelle Coint a regretté que « les amendements n’aient pas été travaillés en amont en commission », plaidant pour une approche plus transversale de l’insertion – intégrant santé, mobilité, sport, culture et emploi.


Un appel final à la responsabilité collective
En conclusion, François Sauvadet a lancé un appel solennel : « Nous avons un problème systémique. L’obsession doit être de ne pas faire moins, mais de faire mieux. Aidez la Côte-d’Or à être exemplaire. Sinon, nous irons droit dans le mur ».
La séance a été suspendue en fin de matinée pour permettre aux élus d’assister à la visite ministérielle, avant une reprise à 14 heures.

Jeannette Monarchi 

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