BOURGOGNE
Vinosphère 2026 à Beaune - Quand les vins de Bourgogne se mettent à l’écoute des évolutions sociétales
Par Jeannette Monarchi
Publié le 30 Janvier 2026 à 09h53
À l’occasion de son séminaire prospectif Vinosphère 2026, le Comité des vins de Bourgogne a réuni à Beaune les professionnels de la filière pour réfléchir aux profondes évolutions sociétales et à leurs impacts sur les vins de Bourgogne, dans la perspective de la construction du plan stratégique de l’interprofession à horizon 2035.
Jeudi, le Comité des vins de Bourgogne (ex-BIVB) a réuni l’ensemble des professionnels de la filière vitivinicole au Palais des Congrès de Beaune, à l’occasion d’une journée stratégique articulée autour de deux temps forts : l’Assemblée Générale, marquée par l’élection des co-présidents, suivie du séminaire prospectif Vinosphère 2026, exclusivement réservé aux acteurs du monde du vin.
Placée sous le thème central « Les vins de Bourgogne à l’écoute des évolutions sociétales », cette édition de Vinosphère s’inscrit dans une démarche volontaire de prise de hauteur collective, avec un objectif clair : nourrir les bases du futur plan stratégique de l’interprofession à horizon 2035.
Structuré autour de trois tables rondes, Vinosphère 2026 a proposé un regard croisé entre sciences humaines, marketing, œnotourisme, recherche scientifique et pratiques de terrain, afin d’identifier les grands enjeux auxquels les vins de Bourgogne devront répondre dans les prochaines décennies.

Vins de Bourgogne et consommateurs : un dialogue renouvelé à horizon 2050 ?
La première table ronde, consacrée au dialogue entre les vins de Bourgogne et les consommateurs à l’horizon 2050, a mis en lumière les profondes transformations des modes de vie et des comportements de consommation. Gaspard Jaboulay, directeur des études qualitatives à l’IFOP, a souligné un recul du vin dans le quotidien des Français, lié à des évolutions culturelles, démographiques et sanitaires, avec notamment la montée en puissance de démarches de sobriété comme le Dry January, tout en pointant un paradoxe entre un discours valorisant des vins d’exigence, surfant sur les tendances bio ou végan, et une réalité marquée par une consommation accrue de produits transformés. L’étude qualitative met en lumière une fragmentation des pratiques : d’un côté, des pôles d’hyper-innovation, de l’autre, une attente patrimoniale forte, attachée à l’image du vin de terroir.
Il a également alerté sur le fait que la chaîne de transmission est également fragilisée : « Autrefois, la transmission se faisait du père au fils. Aujourd’hui, le grand-père était parfois le dernier vecteur. Ce lien s’éteint ». Pour reconnecter le vin au consommateur, la clé serait d’ancrer le vin dans les comportements quotidiens, au-delà des moments exceptionnels.
Cette réflexion a été enrichie par l’intervention d’Alexia Mercorelli, dirigeante de l’agence Protourisme, qui a rappelé le rôle stratégique de l’œnotourisme, soulignant que près de 12 millions de visiteurs fréquentent chaque année les caves françaises (75 % repartent avec des achats dont la moitié de 100 à 150 € et l’autre jusqu’à 500 €). Face à l’IA, à la pression foncière, fiscale et hydrique, un paradoxe émerge : « Plus la société se technologise, plus les gens ont besoin de se retrouver, de partager du collectif ».
Pour elle, le futur passe par la capacité à “re-lier” : « Re-lier avec des expériences émotionnelles, authentiques, qui ont du sens. Le vin redevient créateur de liens, un moyen de prendre du temps ».
À l’horizon 2050, seules les destinations capables de transformer les contraintes en expériences culturelles, sociales et émotionnelles tireront leur épingle du jeu.
Anne-Cécile Guillemot, cofondatrice de l’agence Dynvibe, a quant à elle apporté le regard de la social media intelligence, nourri par l’analyse de millions de données. « Nous écoutons le consommateur à travers les réseaux sociaux à l’échelle internationale. Aujourd’hui, ce sont plus de 3 millions de posts sur TikTok et des dizaines de millions de recherches autour des boissons. » Si la sobriété est souvent mise en avant, la réalité est plus nuancée : « La Gen Z peut se revendiquer “sober curious”, tout en se mettant en scène avec des marques très alcoolisées mais en canettes ».
Conclusion claire : « Les marques qui fonctionneront seront celles qui feront sens dans la vie des gens et créeront une émotion, au-delà du produit et même au-delà du tourisme ».

Nouveau matériel végétal : état des lieux, opportunités et questionnements
La deuxième table ronde s’est attachée aux enjeux scientifiques et techniques liés au renouvellement du matériel végétal face au changement climatique. Jean-Philippe Gervais, directeur du Pôle Technique et Innovation du Comité des vins de Bourgogne, a présenté les travaux menés pour renforcer la résilience du vignoble et préserver la réputation des vins de Bourgogne, en s’appuyant sur une démarche collective, progressive et inscrite dans le temps long. Loïc Lecunff, ingénieur en biologie moléculaire et génétique à l’IFV, a détaillé les avancées en matière de sélection variétale, d’édition du génome et d’amélioration clonale, tout en soulignant les questionnements que ces outils soulèvent en termes d’identité et de typicité. Vincent Bottreau, régisseur du Domaine d’Ardhuy, a rappelé l’importance de conjuguer innovation scientifique et approche sensible du terroir, afin que la technique reste au service de l’expression des vins : « La science est indispensable, mais elle doit rester au service d’une vision sensible du vin et du terroir ».

Typicité et longévité : l’œnologie collaborative en action (Programme Apogée)
La troisième table ronde a mis en lumière l’œnologie collaborative à travers le programme Apogée, avec un focus sur la typicité et la longévité des vins de Bourgogne. Alexandre Pons, directeur scientifique de la tonnellerie Seguin-Moreau et chercheur en œnologie, Solène Panigai, responsable technique de la Maison Olivier Leflaive, et Domitille Brosseau, cheffe de projet œnologie au Comité Bourgogne, ont partagé les avancées sur la construction du potentiel de garde, la stabilité microbiologique des vins et la production de références collectives, soulignant l’importance du travail collaboratif pour répondre aux défis techniques actuels.
En conclusion de la matinée, l’invitée d’honneur Meryem Amri, directrice du Département Intelligence Media de Publicis Media France, a invité les participants à une projection vers 2050 à travers la présentation de l’étude prospective « Il sera une fois en 2050 ». À travers plusieurs scénarios d’évolution de la société à l’horizon 2050, elle invite la filière à penser désirabilité, sens et adaptation.
Cette prise de hauteur a ouvert la voie aux ateliers « Bourgogne 2035 », organisés l’après-midi et réservés aux professionnels de la filière, prolongeant la dynamique collective engagée lors de Vinosphère 2026.
Vinosphère 2026 confirme ainsi son rôle de laboratoire d’idées, un espace de dialogue stratégique, et un temps fort pour construire collectivement l’avenir des vins de Bourgogne, au croisement de la société, de la science et de l’émotion.
Jeannette Monarchi
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