Beaune – « On peut être heureux dans les vignes ou dans les caves » : VITA Bourgogne, 5 ans au service des métiers du vin

Beaune – « On peut être heureux dans les vignes ou dans les caves » : VITA Bourgogne, 5 ans au service des métiers du vin
Beaune – « On peut être heureux dans les vignes ou dans les caves » : VITA Bourgogne, 5 ans au service des métiers du vin
Beaune – « On peut être heureux dans les vignes ou dans les caves » : VITA Bourgogne, 5 ans au service des métiers du vin
Beaune – « On peut être heureux dans les vignes ou dans les caves » : VITA Bourgogne, 5 ans au service des métiers du vin
Photo 1 : De gauche à droite : Albéric Bichot, président de la Fédération des Négociants-Éleveurs de Bourgogne (FNEB) et Thiébault Huber président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB)

Lancé en 2020 par la filière viti-vinicole bourguignonne, le programme VITA Bourgogne célébrait ses cinq ans ce jeudi à Beaune. Plateforme de recrutement, outil RH, programme de terrain et laboratoire d’attractivité : en cinq ans, VITA Bourgogne s’est imposé comme un dispositif unique en France. À Beaune, la filière se retrouve pour mesurer le chemin parcouru et dessiner la suite.

Cinq ans déjà. Ce jeudi soir, la Maison du Vignoble à Beaune a accueilli la soirée anniversaire des cinq ans de VITA Bourgogne, programme inédit dédié à la valorisation des métiers, des formations et des emplois de la vigne et du vin en Bourgogne.
Porté par la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB) et la Fédération des Négociants-Éleveurs de Bourgogne (FNEB), avec le soutien du Comité des Vins de Bourgogne (ex-BIVB), de la Région Bourgogne-Franche-Comté et du Fonds social européen, VITA Bourgogne est devenu en cinq ans un outil central de la filière viticole régionale. Un dispositif aujourd’hui observé et copié bien au-delà des frontières bourguignonnes.
 
Une genèse née de l’urgence de terrain
C’est un constat simple mais alarmant qui a donné naissance à VITA Bourgogne en 2020 : une pénurie de main-d’œuvre structurelle, des métiers mal connus, des formations insuffisamment remplies et des outils de recrutement inadaptés aux réalités de la filière.
Lors de l’ouverture officielle de la soirée, Thiébault Huber, président de la CAVB, est revenu sur cette genèse fondatrice : « À la suite d’une enquête, on a pu mesurer qu’il y avait de nombreux emplois non pourvus dans les domaines et les maisons de négoce. On s’est dit que les outils à l’époque ne suffisaient pas, que les formations n’étaient pas suffisamment pleines. Il fallait se prendre en main ».
De ce « brainstorming entre nos familles », comme il le résume, naît alors VITA Bourgogne : une plateforme pensée par et pour la filière, capable de centraliser les offres, de valoriser les formations et de parler un langage compréhensible par les candidats. « C’est une réussite parce que c’est porté par la filière. On a été entendus et soutenus par l’interprofession, la Région, les Départements. Aujourd’hui, c’est une belle action collective animée par trois personnes. »
 
Un outil unique devenu référence nationale
Pour Albéric Bichot, président de la FNEB, l’ambition initiale reste pleinement d’actualité, dans un contexte sociétal profondément transformé : « Le constat, c’était une pénurie de main-d’œuvre, des métiers mal connus et mal perçus. La mission de VITA, c’est de faire connaître nos métiers, de les rendre attractifs, et de s’adapter aux défis de notre société ».
Érosion démographique, nouvelles attentes des jeunes générations, rapport différent au travail, crise du logement et de la mobilité, bien-être au travail, égalité femmes-hommes… Autant de défis que la filière ne peut plus ignorer. « On peut être heureux dans les vignes, en cave. VITA Bourgogne n’est pas qu’une plateforme d’annonces : c’est un véritable outil RH de la filière, un outil de médiation, un programme vivant qui évolue. »
Aujourd’hui, VITA Bourgogne est le seul dispositif de ce type en France, et de nombreuses régions viticoles s’en inspirent.
Cinq ans de résultats concrets et plus de 86 % de candidatures actives en 2025
Cinq ans après son lancement, les chiffres témoignent de l’ampleur prise par le programme : 3 893 offres d’emploi publiées, 25 791 candidatures déposées, 863 recruteurs inscrits, 365 000 visites du site, 163 000 utilisateurs, dont plus de 13 000 nouveaux en 2025
Un succès qui confirme que la plateforme a trouvé son public, tant du côté des candidats que des professionnels, avec un enjeu de développement identifié, notamment dans le département de l’Yonne.
 
VITA Bourgogne sur le terrain : aller chercher les publics
Au-delà du numérique, VITA Bourgogne a fait le choix d’un ancrage territorial fort. Depuis 2022, les équipes multiplient les actions de terrain pour susciter curiosité et vocations :
Environ 30 interventions par an : forums emploi-orientation, job dating, ateliers sensoriels, visites d’exploitations, interventions en collèges et lycées.
Des programmes spécifiques pour les étudiants : vendanges étudiantes et travaux en vert, déployés en 2024 et 2025 pour répondre aux besoins saisonniers.
Une communication à 360°, adaptée aux usages des jeunes générations, y compris des supports innovants (stations-service, grande distribution, campagnes ciblées).
La prise en charge du billet de train pour faciliter la mobilité des saisonniers.
VITA Bourgogne élargit également ses publics, avec des actions menées auprès des écoles primaires, des maternelles, mais aussi en milieu pénitentiaire, notamment aux centres des Varennes-le-Grand et d’Auxerre.
Aujourd’hui encore, près de 700 postes sont à pourvoir sur la plateforme VITA Bourgogne. Tous les recrutements sont gratuits pour les professionnels, et les parcours de formation sont clairement identifiés, en lien avec les organismes et les universités partenaires.
 
Des témoignages pour incarner les métiers
Moment fort de la soirée : les témoignages des égéries VITA Bourgogne, avec Jade Deloge, tractoriste, et Julien Palys, chef de culture. « On trouve facilement sa place dans les métiers de la vigne et du vin, il y a tellement de métiers », témoigne Jade.
Julien insiste sur l’évolution profonde de la filière : « Il faut se lancer. On peut bien gagner sa vie et monter rapidement en compétences ou en poste, sans forcément faire de grandes études. La filière est reconnaissante. Les domaines prennent davantage soin de leurs salariés ».
Des conditions de travail qui ont profondément évolué : « Les tâches les plus difficiles sont mieux organisées. Aujourd’hui, c’est plus facile de travailler dans les vignes qu’il y a vingt ans ».
 
Former et attirer dès le plus jeune âge
La table ronde intitulée « Pourquoi choisir la vigne et le chai quand on a 15 ans en 2025 ? » a permis de croiser les regards de Guillaume Bouché (EPLEFPA Beaune – Viti Agro Campus), du vigneron Benoît Lahaye, et de deux apprentis, Justine Joly et Clément Ferrando.
Un échange sans langue de bois sur l’orientation, les parcours, les attentes des jeunes et la nécessité de montrer la réalité des métiers, loin des clichés.
La soirée s’est conclue par une keynote consacrée aux leviers essentiels de l’attractivité, avec Patricia Labonde, directrice de France Travail Beaune, et Lucie Moral, chargée de mission à la Communauté de communes de Gevrey–Nuits.
Mobilité, logement, accompagnement des parcours, articulation formation-emploi : autant de chantiers qui conditionnent l’avenir du recrutement viticole.
 
Cap sur l’avenir
À cinq ans, VITA Bourgogne se trouve à un moment charnière. Pour Thiébault Huber, l’objectif est clair : « Il faut continuer, peut-être se renouveler. Le rayonnement de VITA Bourgogne passe par la communication, par le fait d’aller chercher les jeunes et de les former. Vivement les 10 ans : cela voudra dire que l’on aura rempli le contrat ».
Un programme appelé à poursuivre sa construction avec l’ensemble des viticulteurs, pour une filière attractive, ouverte et tournée vers les talents de demain.

Jeannette Monarchi