BEAUNE

Beaune – Le Festival international d’opéra baroque franchit “l’Au-delà” pour sa 44e édition du 3 au 26 juillet

Beaune – Le Festival international d’opéra baroque franchit “l’Au-delà” pour sa 44e édition du 3 au 26 juillet
©Ars Essentia

Présenté à l’Hôtel-Dieu, le Festival de Beaune 2026 promet quatre week-ends d’expériences musicales et sensorielles. À travers Bach, Monteverdi, Dowland, Pergolèse ou Rameau, la musique baroque devient un langage pour comprendre les passages de l’existence.

C’est dans la Salle des Pôvres de l’Hôtel-Dieu des Hospices Civils de Beaune, mardi soir, que la 44e édition du Festival international d’opéra baroque de Beaune a été officiellement dévoilée. Autour de Jeanne-Marie de Champs, présidente de l’association Guillaume Dufay, et de Maximilien Hondermarck, délégué général du festival, la soirée s’est prolongée par un moment musical confié à l’ensemble Les Traversées Baroques (Capucine Keller, Judith Pacquier, Matthias Spaeter et Laurent Stewart), autour de John Dowland et Claudio Monteverdi — comme un avant-goût de l’été.
Du 3 au 26 juillet, la manifestation se déroulera, fidèle à son format, sur quatre week-ends. Mais pour la première fois, toute la programmation est structurée autour d’un thème unique « Au-delà » qui devient passage entre les époques, les œuvres et les générations.
 
Un thème philosophique plus qu’un thème religieux
Maximilien Hondermarck a tenu à lever toute ambiguïté : « Ce n’est pas un thème morbide. Il est au contraire optimiste. Il s’agit de comprendre comment la musique baroque aide à saisir les moments de passage ». Ces passages ne concernent pas uniquement la mort. Ils peuvent être des frontières, des voyages, des transformations personnelles. Le baroque, par essence, raconte ces transitions.
À travers les derniers opus de grands compositeurs, le festival interroge la trace laissée par la création artistique. Certains savaient leur fin proche, d’autres non. Mais tous ont écrit une musique qui dépasse leur existence.
L’arc artistique s’étend ainsi de Giovanni Battista Pergolesi, mort à 26 ans après avoir composé le Stabat Mater, véritable « tube » du XVIIIe siècle, à Jean-Philippe Rameau, disparu octogénaire après Les Boréades, œuvre d’une audace presque avant-gardiste. 
Dans les deux cas, la musique semble déjà dialoguer avec la postérité.
 
L’événement 2026 : un opéra enfin mis en scène
C’est la grande nouveauté : pour la première fois en 44 ans, le Festival de Beaune produira un opéra en version scénique. Jusqu’ici, la manifestation présentait uniquement des versions de concert. Le choix s’est porté sur L’Avare (Il Vecchio Avaro), intermezzo de Francesco Gasparini (1720) inspiré de Molière et revisité dans une version lyrique vénitienne. Dirigé par Vincent Dumestre (Le Poème Harmonique) et mis en scène par Théophile Gasselin, le spectacle sera donné au Théâtre de Beaune : costumes, lumières, jeu théâtral, orchestre sur scène et intégré à l’action L’œuvre, chantée en italien, condense la pièce en 1 h 30. L’Italie a connu une « Molière mania » après le décès du dramaturge au 17e siècle : beaucoup de ces pièces en opéra aujourd’hui, la comédie traverse l’Europe et devient théâtre musical.
Pour le directeur : « C’est un petit bijou, c’est drôle. Cela offre un nouveau regard sur l’opéra baroque et permettra d’élargir le public ».


Les grandes œuvres sacrées
Le thème « Au-delà » irrigue tout le programme : Actus tragicus de Bach, , Stabat Mater de Pergolesi, Requiem imaginaire pour Charles Quint, immersion inspirée du Jugement dernier de Rogier van der Weyden (Hôtel-Dieu) ou encoure Vêpres de la Vierge de Monteverdi et Les Boréades de Rameau
La basilique Notre-Dame et la cour des Hospices resteront les cœurs spirituels du festival.
 
400 ans après : John Dowland à l’honneur
L’année 2026 marque aussi les 400 ans de la mort de John Dowland (1563-1626). Trois concerts intimistes lui seront consacrés. Compositeur et luthiste anglais, Dowland reste célèbre pour ses mélodies mélancoliques, souvent reprises aujourd’hui — y compris par Sting. Son univers poétique, suspendu, correspond parfaitement au thème : une musique qui semble parler au présent, comme si le compositeur venait de quitter la pièce.
 
Un festival pour tous les publics
La programmation s’élargit volontairement avec un spectacle familial « Peau d’Âne » de Charles Perrault, à la Lanterne magique : la comédienne Alexandra Rübner et la gambiste Claire Gautrot racontent le conte selon la langue et les émotions du XVIIe siècle. Objectif : transmettre le baroque dès l’enfance.
 
Les autres rendez-vous en brf
Visites musicales guidées par une conférencière et une chanteuse des Traversées Baroques, elles feront découvrir les rues de Beaune et des lieux habituellement fermés au public.
Œnologie et patrimoine : Deux dégustations commentées au fil de l’histoire des appelations et des Climats auront lieu à l’Union des Maisons de vins de Grande Bourgogne (3 et 24 juillet). Les vins y seront racontés comme une mémoire historique des Climats.
Chaque samedi, un dîner sera également proposé dans la cour de l’Hôtel-Dieu avant l’opéra.
 
Transmission : le Chœur du Festival
Après son succès en 2025, le Chœur du Festival revient. Encadrés par Lucile de Trémiolles et Valentin Rouget, les choristes travailleront Monteverdi et participeront à un concert de restitution et à certains moments des Vêpres de la Vierge.
Une immersion rare : amateurs et professionnels réunis sur scène.
 
Beaune, capitale estivale du baroque
Fondé en 1983 par Anne Blanchard et Kader Hassissi, le Festival de Beaune est aujourd’hui considéré comme l’un des grands rendez-vous européens du baroque, parfois surnommé le « Salzbourg du baroque ». Sa singularité demeure : faire dialoguer musique, architecture, spiritualité et vin dans une ville d’histoire.
Du 3 au 26 juillet 2026, Beaune proposera ainsi bien plus qu’une série de concerts : une expérience artistique complète où la musique, fidèle à sa vocation, permet d’entrevoir ce qui nous dépasse — et peut-être, simplement, ce qui nous relie.

Jeannette Monarchi

Billetterie en ligne à partir du 10 mars (3 mars pour les Amis du Festival), puis au bureau du Festival dès le 2 juin.
Programme complet en ligne ou à télécharger 
 
2025, l’édition du renouveau
La programmation 2026 s’inscrit dans la continuité d’une année charnière. La première saison de Maximilien Hondermarck à la direction artistique a marqué un tournant : 4 744 billets payants vendus (+14,5 %), nouvelles formes de concerts, conversations avec les artistes, création d’un chœur amateur, nouveaux horaires dominicaux. Le festival a généré plus de 800 nuitées hôtelières directes à Beaune, auxquelles s’ajoutent près de 1 700 nuitées de festivaliers. Côté accessibilité, 43 % des places coûtaient moins de 40 € et un tarif à 10 € pour les moins de 18 ans a permis de rajeunir le public, notamment via un club <35.