BEAUNE

Livre « Beaune & ses 7 Maires » - Cent ans de scrutins, de secrets, de coups bas… et de bons mots : Philippe Léglise remonte le temps pour mieux éclairer le présent

Livre « Beaune & ses 7 Maires » - Cent ans de scrutins, de secrets, de coups bas… et de bons mots : Philippe Léglise remonte le temps pour mieux éclairer le présent

Deux anciens premiers adjoints face au maire sortant : inédit ? Pas si sûr. Avec son regard d’ancien journaliste, Philippe Léglise revisite un siècle de scrutins beaunois et révèle une constante : derrière les façades de pierre blonde, la démocratie locale a souvent des airs de match retour.

Avec « Beaune & ses 7 Maires », l’ancien journaliste local et beaunois Philippe Léglise livre une enquête fouillée et savoureuse sur un siècle de vie politique locale. Un livre écrit en cent jours — du 20 octobre 2025 à janvier 2026 — pour raconter cent ans d’élections, de rivalités, de traditions… et de révolutions silencieuses. 179 pages d’archives, d’anecdotes et de verve. Un travail d’autoédition vendu 20 €, déjà disponible dans les librairies et bureaux de tabac de la ville. Accrochez-vous : à Beaune, la politique n’a jamais été un long fleuve tranquille.
 
Une guerre des adjoints… vraiment inédite ?
Le maire sortant Alain Suguenot brigue un sixième mandat. Face à lui ? Son premier adjoint, Pierre Bolze, qui lance sa propre liste. Et comme si cela ne suffisait pas, Marie-Laure Rakic, première adjointe de 2014 à 2020, entre elle aussi dans l’arène. Deux anciens premiers adjoints contre le maire sortant. Première beaunoise ? Rareté contemporaine ?
Philippe Léglise pose la question, sans céder à la tentation de la polémique : « L'idée, ce n'était pas d'alimenter la "science-frictions" (…) L'incorrigible "gauchiste" que je suis (comme Alain Suguenot me définit souvent) a trop de respect pour ce que le maire sortant a fait de et pour Beaune, trop d'amitié pour Pierre Bolze et trop de révérence pour Marie-Laure Rakic ». Pas de règlement de comptes. Pas de pamphlet. Mais une plongée dans les archives pour vérifier si, autrefois, tout était plus calme.
 
7 maires, 100 ans… et quelques secousses
D'Auguste Dubois à Alain Suguenot, en passant par Émile Labet, Roger Duchet, Paul Laneyrie, Lucien Perriaux et Henri Moine, les destins municipaux furent souvent mouvementés. On découvre ainsi qu’en 1929, Émile Labet renverse Auguste Dubois.
Que Roger Duchet devient en 1932 l’un des plus jeunes maires de France… avant d’être aussi celui qui totalisera la plus longue longévité locale : 32 ans cumulés.
Que Paul Laneyrie est élu en 1944… alors qu’il est déporté en Allemagne, où il décédera quelques mois plus tard. À Beaune, la politique a parfois flirté avec la tragédie.
 
L’élection « à la Corse » de 1947
L’un des épisodes les plus savoureux reste celui de 1947. Les communistes instaurent un vote préférentiel avec panachage : chaque électeur peut rayer des noms, ajouter des candidats d’une autre liste. Et surtout, il peut attribuer plusieurs voix à un même candidat (jusqu’à cinq croix).
Résultat ? Sur 7 764 inscrits et 3 382 votants : Charles Jaffelin obtient 7 443 voix et Roger Duchet en récolte 7 314. Plus de voix que de votants et un maire sortant mis à mal. Philippe Léglise résume avec malice : « Une élection à la Corse ». À Beaune, on ne plaisante pas avec les bulletins.
 
Le poids du vin… et des loges
Le livre explore aussi un double héritage longtemps dominant : le négoce et la franc-maçonnerie. Depuis la loge « La Bienfaisance » fondée en 1777, nombre de maires cumulaient pouvoir économique et influence fraternelle. « Cette double casquette leur confère le poids économique (…) et la puissance d'intervention par leurs relations fraternelles. » Tout au long du XIXe siècle, une part importante des conseillers municipaux — et une quinzaine de maires — cumulent deux appartenances stratégiques : les métiers du vin (négociants, tonneliers, courtiers-gourmets) et l’engagement maçonnique.
Dans une ville où la prospérité repose sur la vigne, ces hommes maîtrisent à la fois les leviers financiers et les relais décisionnels. Ils façonnent l’urbanisme, orientent les choix économiques, arbitrent les grands projets. Philippe Léglise le souligne : cette puissance sert parfois à faire avancer les choses, mais elle agit tout aussi souvent comme un frein dès lors que des projets menacent les intérêts du négoce. L’exemple du chemin de fer au milieu du XIXe siècle est révélateur : certains redoutent que « la fumée des locomotives ne gâte les raisins ». En 1918, lors de l’installation du gigantesque hôpital américain voulu par le général John Joseph Pershing, la Chambre de commerce obtient l’interdiction pour les ouvriers viticoles d’aller travailler sur le chantier, mieux payé. À Beaune, le vin n’est pas qu’un produit : c’est un pouvoir. Derrière l’argument pittoresque, il y a surtout la crainte d’un bouleversement des équilibres établis.
Cette influence franc-maçonnique va progressivement s’estomper après la Seconde Guerre mondiale. La franc-maçonnerie beaunoise ne retrouve plus le poids institutionnel qu’elle avait exercé auparavant. Le négoce, en revanche, conserve longtemps sa place centrale dans les équilibres municipaux, notamment sous les mandats de Roger Duchet, Lucien Perriaux et Henri Moine. 
Il faudra attendre l’élection d’Alain Suguenot en 1995 pour que la tradition d’une municipalité historiquement adossée au grand négoce soit véritablement rompue. Avec lui, la ville entre dans une autre phase de son histoire politique, moins structurée par les réseaux viticoles traditionnels et plus ouvert sur un développement économique.

Une méthode d’archiviste obsessionnel
Philippe Léglise a épluché près de 600 délibérations municipales, compulsé les archives départementales et municipales, relu les journaux d’époque. Travail minutieux, presque maniaque. « Les vingt mandats (…) ne furent pas toujours un long fleuve tranquille. »
L’ouvrage suit un plan structuré : Les années Vins, Les années Vingt, Les Purges de Vichy, Les années Moine, Les années Suguenot… jusqu’aux BONUS : 100 ans, 7 maires et 100 ans de conseillers municipaux
Un siècle passé au crible, sans complaisance, mais avec ce ton mi-ironique, mi-affectueux qui rappelle l’ancien journaliste.
 
Un livre d’histoire… et un miroir pour 2026
Philippe Léglise l’affirme : « L'idée, c'était simplement de faire un arrêt sur images des élections municipales des 100 dernières années ». À l’heure où cinq listes s’affrontent, le passé résonne étrangement avec le présent. Les alliances, les trahisons, les ambitions, les renversements… rien de nouveau sous le soleil beaunois. Et l’auteur de conclure avec une pirouette : « Âmes sensibles s’abstenir… Mais pas d’aller voter ! ».

Jeannette Monarchi

Infos pratiques
Dédicace :
Samedi 28 février à la galerie d’art ARS Essentia, 9 place Ziem, de 11 h à 13h
Dimanche au Salon du Livre de Talant de 10 h à 18 h.
Titre : Beaune & ses 7 Maires (1925-2025)
Auteur : Philippe Léglise
179 pages en autoédition
Prix : 20 €
En vente dans les librairies Athenaeum, Des Livres et des Hommes et à la Maladière
Disponible également dans quatre bureaux de tabac (Carnot, Malmedy, Bretonnière, Carrefour Saint-Jacques).