BEAUNE
Beaune - La filière viticole demande des explications à la Ville, dénonçant des freins au développement de la Cité des Climats
Par Jeannette Monarchi
Publié le 05 Mars 2026 à 14h21
Trois ans après son inauguration, la Cité des Climats et vins de Bourgogne de Beaune se retrouve au cœur d’interrogations sur son développement. Dans un communiqué adressé à ses adhérents, la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB) pointe des freins liés au fonctionnement du site qu’elle attribue à la Ville de Beaune. La municipalité, de son côté, rappelle qu’elle applique strictement le cadre juridique défini lors du montage du projet.
Inaugurée en juin 2023, la Cité des Climats et vins de Bourgogne devait devenir une vitrine majeure de la culture viticole régionale. Implantée sur trois sites — Beaune, Chablis et Mâcon — elle constitue l’un des projets structurants imaginés par le Comité des vins de Bourgogne (ex BIVB), dans la foulée de l’inscription des Climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2015. Mais après plus de deux ans d’ouverture, le site beaunois se retrouve au centre d’interrogations sur son modèle économique et ses conditions d’exploitation (lire le contexte plus bas). Dans un communiqué adressé à ses adhérents, la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB) estime que certaines contraintes freinent aujourd’hui son développement.

Un investissement conséquent de la filière
Pour Thiébault Huber, président de la CAVB, la filière viticole cherche avant tout à comprendre les conditions dans lesquelles la Cité peut se développer. « Nous avons parfois du mal à comprendre certaines positions de la Ville qui, selon nous, ne facilitent pas toujours le développement du site », explique-t-il. Le responsable rappelle également que la question a été soulevée par les professionnels eux-mêmes. « Nos adhérents nous ont interpellés sur ce sujet. Nous avions donc le devoir de leur apporter des explications et d’essayer de comprendre pourquoi certains points semblent aujourd’hui bloquer, alors que l’objectif devrait être de faciliter le développement du projet. »
Thiébault Huber insiste toutefois sur l’état d’esprit de la démarche. « Il ne s’agit pas d’une attaque envers la municipalité. Notre volonté est simplement de pouvoir nous mettre autour de la table et de trouver des solutions pour que la Cité fonctionne au mieux. »
Le président de la CAVB rappelle par ailleurs que la filière a contribué financièrement au projet, et ce n’est pas symbolique. L’interprofession a mobilisé plusieurs millions d’euros pour permettre la réalisation du projet à Beaune. « Nous avons débloqué environ 3 millions d’euros correspondant à des loyers versés par anticipation sur trente ans, soit près de 200 000 euros par an, afin d’aider la Ville - qui a souhaité rester propriétaire du bâtiment - à boucler le financement de la construction », explique-t-il.

À cette contribution s’ajoutent environ 2,18 millions d’euros, financés par l’interprofession et par le mécénat. « Le bâtiment appartient à la Ville, mais nous avons reçu un bâtiment brut. Toute la scénographie et l’aménagement intérieur ont été pris en charge par la filière. »
Grâce à une convention d’occupation, le fonctionnement est assuré par la Cité qui ne trouve pas encore un équilibre, donc il est suppléé par l’interprofession. « Nous n’avons pas les moyens de développer pleinement l’activité qui permettrait d’atteindre un modèle économiquement viable. »
Pour mémoire le coût global de la construction à Beaune s’est élevée à 16 millions d’euros TTC (22 M€ pour les 3 cités). En tant que maître d'ouvrage, Beaune a contribué à hauteur de 16 %, soit environ 4 millions d’euros (lire le compte rendu du conseil de janvier 2024). « Cette initiative s'avère être une excellente opération immobilière », affirmait à cette époque le maire, ajoutant qu'il a eu pour ambition de créer un modèle écologique et énergétiquement autonome : « Elle représente un pilier essentiel pour le développement viti-vinicole de la région. La rentabilité se manifeste déjà par la plus-value des terrains destinés aux investisseurs privés, et les bénéfices pour la biocité de Beaune dépasseront largement les 4 millions d’euros investis par la ville ».
Des contraintes pointées par la filière
Dans son communiqué, la CAVB détaille plusieurs points qu’elle considère comme des freins à l’exploitation commerciale du site. Le premier concerne l’utilisation de certains espaces du bâtiment, notamment la terrasse panoramique et les abords de la Cité. Selon la filière, ces espaces pourraient constituer des leviers importants pour développer des activités événementielles ou touristiques. « Le quatrième étage offre une vue exceptionnelle et le toit-terrasse est remarquable, mais nous ne pouvons pas l’exploiter comme nous le souhaiterions », regrette Thiébault Huber.
Autre sujet de tension : la location de salles et l’organisation d’événements. Pour la CAVB, ces activités représentent un levier économique indispensable pour assurer la viabilité financière du site. Mais selon elle, les contraintes administratives entourant ces usages compliqueraient le positionnement de la Cité sur le marché de l’événementiel. « Cela affecte notre capacité à structurer une offre commerciale claire et compétitive », indique la CAVB.
L’encadrement de la vente de vin
La question de la commercialisation des vins constitue également un point sensible. Dans le cadre actuel, la Cité peut proposer des dégustations et des accords mets-vins dans son bar, mais la vente de bouteilles est encadrée. Du côté de la municipalité de Beaune, la réponse se veut factuelle. Face à ces critiques, Charlotte Fougère, adjointe en charge de la culture et des grands projets, insiste sur le fait que « la Ville a été l’initiatrice du projet et a piloté la construction, mais la gestion relève du Comité des vins de Bourgogne. Nous appliquons strictement le cadre légal fixé dans la convention signée par l’ensemble des parties avant le lancement des travaux. Les règles prévues dans le montage juridique et fiscal prévoient une occupation gratuite (NDLR sauf qu’un versement d’un loyer anticipé a été fait au moment de la construction) au regard de la mission culturelle et d’intérêt général poursuivie ». L’élue souligne également que ce montage juridique avait été demandé par la profession. « Si nous avions appliqué un cadre juridique classique, il aurait fallu passer par une délégation de service public, avec un appel à concurrence. Dans ce cas, rien ne garantissait que l’interprofession puisse gérer l’équipement aux vues de la forte attractivité de la ville pour les promoteurs privés. »
Elle souligne également que certaines règles découlant du montage financier initial, notamment le Fonds de compensation pour la TVA (FCTVA), ont permis à la Ville de récupérer environ 2,1 millions d’euros lors de la construction. « Ce dispositif impose certaines contraintes, notamment sur la vente de produits, afin de ne pas créer de concurrence avec les commerces environnants. » Dans le fond, il s’agit là plus d’une question de surface commerciale versus surface « culturelle » où les taux de TVA sont différents. En limitant les surfaces commerciales, la Ville a bénéficié d’un retour plus important de FCTV. Il ne s’agirait donc pas de concurrence.
L’absence de synergies touristiques
La filière regrette également l’absence de certaines coopérations touristiques qui pourraient, selon elle, renforcer l’attractivité de la Cité. C’est notamment le cas du billet couplé avec l’Hôtel-Dieu – Hospices de Beaune, l’un des sites les plus visités de la ville. « Nous avons demandé à plusieurs reprises la mise en place d’un billet commun avec les Hospices afin de créer une vraie synergie entre ces deux équipements majeurs de la ville », explique le président de la CAVB, Thiébault Huber. Charotte Fougère rappelle que l’établissement hospitalier en est gestionnaire. Effectivement, cette évolution nécessiterait l’accord des instances concernées, dont le président du conseil de surveillance des Hospices civils de Beaune — une fonction assurée par le maire de la ville. Faute de paraphe ou d’avis favorable à ce stade, le dispositif n’a pour l’instant pas été mis en place.

Le développement du quartier attendu
La CAVB évoque également les aménagements urbains qui devaient accompagner la Cité. Le projet initial prévoyait en effet un développement du quartier autour du bâtiment, afin de créer un nouveau pôle d’animation touristique (Oenovillage et Halle événementielle). Mais ces aménagements tardent à se concrétiser. « La Ville s’était engagée à développer le quartier. Aujourd’hui, nous sommes toujours face à un terrain vague. »
La CAVB évoque également plusieurs difficultés plus concrètes qui, selon elle, limiteraient la visibilité et l’attractivité du site. Parmi elles figure notamment la question de la signalétique. La filière estime que la Cité des Climats ne bénéficie pas encore d’un fléchage suffisamment développé dans la ville et sur les axes d’accès pour orienter efficacement les visiteurs vers l’équipement. Un point jugé d’autant plus important que le site se situe à l’entrée de Beaune, dans un quartier en pleine mutation, encore en cours d’aménagement.
La municipalité assure rester ouverte. « S’il y a des demandes spécifiques, il suffit d’en discuter avec les services de la Ville, mais nous n’avons rien reçu dans ce sens. Nous avons déjà travaillé sur la signalétique en amont et accompagné la pose de panneaux sur l’autoroute. » Pourtant, deux courriers envoyés par le Comité des vins de Bourgogne mentionnent explicitement les questions de signalétique.
Face à ces enjeux, la CAVB appelle également les vignerons à s’approprier davantage l’équipement. Elle les invite à organiser réunions, conférences ou événements au sein des cités afin d’en renforcer l’attractivité. « Ce réseau de cités est le nôtre. Sa dynamique et sa réussite dépendent de notre implication collective. »
Une équation encore à résoudre
Après la diffusion du communiqué, un premier échange téléphonique a eu lieu avec le maire de Beaune. « J’ai eu une explication courtoise au téléphone. De son côté, le maire estime que tout est fait dans les règles », indique-t-il.
La municipalité se veut néanmoins rassurante quant à sa volonté de coopération. « La Ville de Beaune est pleinement attachée au développement de cette structure structurante pour le territoire », assure Charlotte Fougère affirmant que la collectivité continuera « à prendre sa part dans son développement dans un esprit de coopération et d’intérêt général ».
Reste à savoir si ces divergences relèvent d’un simple malentendu ou d’une différence plus profonde de vision sur l’avenir du site. Car au-delà des aspects techniques et juridiques, c’est bien la question du développement de la Cité et de sa place dans l’écosystème touristique beaunois qui est désormais posée.
Jeannette Monarchi
Rappel du contexte
Un projet ancien, porté par l’interprofession
Le Comité des Vins de Bourgogne ex Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), représentant de l’ensemble des professions de la viticulture et du négoce en Bourgogne, est à l’origine de ce réseau de 3 lieux culturels et touristiques liés au patrimoine vivant de notre région. Le projet des Cités des Climats remonte à près d’une décennie. En 2016, l’assemblée générale du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) avait validé à 72 % le lancement de cet équipement culturel et touristique.
Un vote majoritaire, mais qui, selon la CAVB, n’avait pas dissipé toutes les réserves. « Dès cette époque, de nombreuses interrogations et réserves s’exprimaient, notamment sur l’intérêt du projet et la solidité des projections financières », rappelle l’organisation dans son communiqué. Malgré ces réserves, l’interprofession s’est engagée dans le projet, avec l’ambition de créer un outil de médiation et de promotion grand public autour de la culture viticole bourguignonne. L’ambition était claire : créer un point d’entrée pour découvrir les Climats et encourager les visiteurs à parcourir le vignoble et ses appellations. Le site de Beaune, capitale des vins de Bourgogne, devait accueillir le principal centre d’interprétation.
Financement
5,5 M€ du BIVB
4 M€ de la Ville de Beaune
2,5 M€ de la Région
2,5 M€ du Département de la Côte-d’Or
2 M€ de la communauté d’agglomération de Beaune Côte & Sud
534 000 € Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER)
Une fréquentation et un modèle économique à consolider
Depuis son ouverture, la structure cherche encore son rythme de croisière. Un audit mené fin 2024 a montré un décalage entre les objectifs initiaux et la fréquentation observée. La Cité a donc engagé une réorganisation, avec notamment une nouvelle direction et une orientation plus commerciale. Le nouveau directeur, Édouard Mognetti, affiche clairement la ligne : « Si évidemment nous sommes nés d’un projet culturel tout à fait unique que constitue le classement des Climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial, nous devons devenir une PME culturelle, orientée ventes. Forts de cette ambition, je souhaite insuffler une réelle orientation commerciale au travers d’une nouvelle dynamique managériale ».
Selon lui, l’offre doit désormais être simplifiée et mieux structurée. « Ces cités ont été pensées pour constituer des lieux de vie immersifs permettant de vivre une expérience globale. Nous ouvrons le chantier de l’offre afin de la simplifier, la structurer et la rendre cohérente ».
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