BOURGOGNE

Eviter que les trains ne croisent la faune sauvage

Eviter que les trains ne croisent la faune sauvage

Au sein de SNCF Réseau Bourgogne-Franche-Comté, Gérard Lhomme remplit une mission particulière en tant que régulateur préventeur de la faune. Si ce rôle existait déjà autour des lignes à grande vitesse, la création de ce poste pour les lignes classiques en 2020 était alors une exception française mais un choix qui porte ses fruits.

Un train qui entre en collision avec un sanglier ou un chevreuil, en plus d’être un regrettable accident pour l’animal, implique des dégâts et coûts matériels et des retards sur le reste du trafic qui engendreront des remboursements auprès des clients. Alors que les lignes à grande vitesse sont grillagées, les autres lignes ne disposent pas des mêmes équipements. Par conséquent, pour protéger les animaux autant que les infrastructures et les locomotives, SNCF Réseau Bourgogne-Franche-Comté a innové en 2020 en étant la première région de France à se doter d’un poste de régulateur préventeur de la faune sur lignes classiques. « Chaque année, les incidents avec la faune sauvage impliquent plusieurs centaines de milliers d’euros de dépense en région. Depuis que nous avons ce poste, les retards et incidents liés à la faune sauvage ont diminué alors qu’en face la population de sangliers a augmenté tout comme le nombre d’incidents au niveau national, en hausse de 60 % en cinq ans » explique Aurélie Clauzel, responsable de la communication SNCF Réseau BFC.

Des outils pour agir
Concrètement, Gérard Lhomme, régulateur préventeur de la faune SNCF Réseau BFC, inspecte les voies ferrées et l’environnement voisin à la recherche de traces de terre sur les rails et de coulées indiquant le passage d’animaux dans la végétation. Pour confirmer ses observations, il installe des pièges photos. « Ça me renseigne sur les espèces, leur nombre et la fréquence des passages » précise-t-il. Si les passages d’animaux sont récurrents, Gérard Lhomme dispose de plusieurs outils pour réduire les risques de collision à commencer par des systèmes d’avertissement de la faune. « Quand les animaux sont détectés, le système déclenche soit un pétard soit des sons allant du coup de fusil à la tronçonneuse en passant par l’hélicoptère afin de repousser l’animal en arrière ou de l’inciter à traverser plus vite les voies. » Six secteurs du réseau régional s’appuient également sur des strail grid, un système au sol à base de caoutchouc recyclé avec plusieurs formes que les ongulés ne peuvent pas traverser, leur évitant ainsi de rester coincés dans une zone étanche, totalement grillagée, qui vise à protéger les liaisons avec les lignes à grande vitesse. En 2026, SNCF Réseau BFC engagera 900 000 euros pour équiper une nouvelle zone en nord Côte-d’Or, à la limite de l’Yonne, de ce système. « En cinq ans, nous avons investi 2,5 millions d’euros pour protéger la faune et les voies » complète Aurélie Clauzel.

Anticiper pour éviter les drames
La mission de Gérard Lhomme consiste également à analyser la végétation environnante. « J’observe les bosquets qui se créent à proximité des voies, susceptibles d’accueillir des animaux. » Une fois signalée, les équipes de maintenance interviennent pour élaguer la zone. Gérard Lhomme, chaussé de ses bottes, se rend également dans les fourrés pour déranger volontairement les animaux qui seraient installés à proximité des voies. « Je participe aussi aux battues administratives pour protéger les animaux et les hommes du risque ferroviaire » complète le régulateur préventeur. Chasseur à ses heures perdues, il met ses connaissances de la biodiversité au service de la sécurité de tous. Toutefois, quand un accident survient, Gérard Lhomme est aussi celui qui a la charge d’évacuer la carcasse de l’animal mort.

Nadège Hubert