Communauté d'Agglomération Beaune Côte et Sud

Beaune Côte & Sud – « Il faut aller deux fois plus vite » : le Plan climat au cœur des échanges communautaires

Beaune Côte & Sud – « Il faut aller deux fois plus vite » : le Plan climat au cœur des échanges communautaires

Avec des transports responsables de 56 % des émissions de gaz à effet de serre du territoire, la transition climatique représente un défi majeur pour Beaune Côte & Sud. Lundi soir, les élus communautaires ont ouvert le chantier de révision du Plan climat. L'occasion pour Carole Bernhard de pointer les retards du précédent programme et pour l'exécutif de défendre une approche plus territorialisée et concrète.

Comment réduire la dépendance aux énergies fossiles, adapter les communes aux épisodes de canicule, préserver la ressource en eau ou encore développer des mobilités moins polluantes ? Autant de questions auxquelles devra répondre le futur Plan climat-air-énergie territorial de la Communauté d'agglomération Beaune Côte & Sud.
Lundi soir, sous la présidence de Pierre Bolze, les conseillers communautaires ont examiné le lancement de sa révision. Une étape nécessaire puisque le document actuel, adopté pour la période 2022-2027, arrive bientôt à échéance.
Mais au-delà de cette procédure réglementaire, les échanges ont rapidement porté sur une question plus politique : comment passer des objectifs affichés à des résultats mesurables ?


 
Un document qui concerne toutes les politiques de l'Agglomération
Sébastien Laurent, vice-président chargé de la transition énergétique et de la gestion des déchets, a présenté les contours de cette révision, préparée depuis plusieurs mois avec les services de la collectivité. Le PCAET doit dresser un diagnostic des émissions de gaz à effet de serre, de la consommation énergétique et des polluants atmosphériques. Il doit également évaluer la vulnérabilité du territoire face au changement climatique, définir une stratégie, établir un programme d'actions et prévoir leur suivi.
L'enjeu dépasse donc largement les seules questions environnementales. Urbanisme, habitat, transports, agriculture, développement économique et gestion de l'eau sont directement concernés. « C'est un document très transversal. Il va diffuser dans toutes les programmations de notre agglomération », a insisté Sébastien Laurent.
Cette portée impose une certaine vigilance dans son élaboration. Le futur plan devra être compatible avec les documents de planification régionaux et territoriaux et aura également des conséquences sur les documents locaux d'urbanisme.
L'Agglomération prévoit de s'appuyer sur un bureau d'études pour actualiser le diagnostic, avant d'affiner les propositions avec les élus et les partenaires. Les premières fiches d'actions devraient être travaillées début 2027.
Pierre Bolze a souhaité que cette démarche ne reste pas cantonnée à quelques commissions : « Ce travail doit être collectif et partenarial », a-t-il rappelé, invitant à intégrer les enjeux climatiques dans l'ensemble des politiques publiques communautaires.
 
Les transports, premier défi énergétique du territoire
Parmi les priorités identifiées, la mobilité occupe une place centrale. Selon les données présentées dans le rapport, les transports représentent 47 % de la consommation d'énergie et 56 % des émissions de gaz à effet de serre de Beaune Côte & Sud. Le futur PCAET devra donc s'articuler étroitement avec la stratégie de mobilité actuellement en préparation.
L'adaptation aux événements climatiques extrêmes constitue un autre enjeu majeur. Canicules, incendies, inondations, préservation de la ressource en eau et place de la nature dans les espaces urbanisés devront être intégrés aux réflexions. La collectivité souhaite également poursuivre le développement des énergies renouvelables pour réduire la dépendance aux produits pétroliers, tout en accompagnant les communes dans la définition d'actions adaptées à leurs réalités locales.
 

Carole Bernhard pointe une trajectoire climatique insuffisante
Si le lancement de cette révision n'a pas été remis en cause, Carole Bernhard, conseillère communautaire, a profité de la discussion pour revenir sur les résultats du précédent plan.
S'appuyant sur le bilan triennal présenté en septembre 2025, elle a rappelé les ambitions initiales : une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % à l'horizon 2030 et de 75 % en 2050, ainsi qu'une progression importante de la production d'énergies renouvelables. Selon les chiffres qu'elle a cités, seul le secteur résidentiel serait en avance sur sa trajectoire de réduction de la consommation énergétique. D'autres secteurs auraient au contraire enregistré des hausses, notamment le tertiaire, passé de 186 à 215 GWh, et l'agriculture, de 46 à 58 GWh.
Elle a également souligné la place toujours importante des produits pétroliers dans le mix énergétique local, estimée à 52 %, tandis que les énergies renouvelables n'en représenteraient que 5 %. « Dans ces conditions, on voit mal comment atteindre ne serait-ce que le premier palier des objectifs qui étaient fixés à 2027 », a-t-elle estimé.
Pour l'élue, la révision doit être l'occasion de renforcer les moyens consacrés à la transition, et non simplement de reconduire les intentions du précédent programme.
 
Agriculture, logements et précarité énergétique au cœur des critiques
Carole Bernhard a notamment plaidé pour la concrétisation d'un projet alimentaire territorial (PAT), qu'elle regrette de ne pas avoir vu aboutir lors du précédent mandat. Elle a également appelé à poursuivre, voire renforcer selon les capacités financières de la collectivité, les aides à la rénovation énergétique des logements privés, tout en demandant une attention accrue au parc social.
Autre proposition remise sur la table : la création d'un centre intercommunal d'action sociale, qui pourrait notamment contribuer à mieux identifier et accompagner les ménages confrontés à la précarité énergétique.
L'élue a enfin dénoncé le manque d'avancées sur certaines mesures d'adaptation, en particulier face aux risques d'incendie et aux vagues de chaleur. « Il faut dépasser les simples intentions pour entrer dans des réalisations concrètes, massives et radicales », a-t-elle lancé, appelant à rehausser les ambitions du prochain PCAET.
 
Sébastien Laurent rappelle les délais des projets d'énergies renouvelables
Face à ces critiques, Sébastien Laurent a tenu à rappeler la complexité et la durée de développement des installations de production d'énergie renouvelable. « Lorsqu'on parle de développement de projets d'énergie renouvelable, il faut compter dix ans entre le moment où l'on a le début d'une idée et la mise en service de l'installation », a-t-il expliqué. Autrement dit, l'absence de résultats immédiatement visibles ne signifie pas nécessairement, selon lui, qu'aucun travail n'a été engagé.
Plusieurs projets seraient actuellement à l'étude, même si leur réalisation n'est pas encore garantie. Le vice-président souhaite désormais privilégier une approche géographique différenciée, tenant compte des caractéristiques des différents secteurs de l'Agglomération.
Plutôt qu'une stratégie uniforme, il défend des projets ciblés, adaptés aux contraintes et aux possibilités de chaque zone.
Sur le projet alimentaire territorial, Sébastien Laurent a également confirmé la volonté d'avancer. « Je ne reviens pas sur le passé. C'était hier. Maintenant, c'est ce qu'on fait pour les cinq prochaines années. Mais effectivement, il faut qu'on aille deux fois plus vite », a-t-il reconnu.
 
Pierre Bolze défend une approche pragmatique
Pierre Bolze a pour sa part insisté sur la nécessité de définir des actions à la portée de l'intercommunalité, sans prétendre résoudre à elle seule l'ensemble des enjeux climatiques. « On ne peut pas être responsable de tout à l'échelle de notre agglomération, mais justement, à cette échelle humaine, celle d'un territoire d'un peu plus de 50 000 habitants, on a des actions à mener », a-t-il souligné. Le président a notamment évoqué les réflexions engagées sur les énergies renouvelables et le volet agricole, ainsi que le financement d'un poste d'ingénierie destiné à accompagner les projets.
La commande publique devrait également devenir un levier de la transition. Sébastien Laurent a annoncé que les prochains appels d'offres, notamment dans les domaines des mobilités et des déchets, devront davantage intégrer les critères environnementaux, de décarbonation et de « budget vert ».
 
Michel Quinet appelle à dépasser la simple transition
Dans ce débat, Michel Quinet, vice-président en charge du Développement économique, de l'Aménagement et des Mobilités, a défendu une approche plus volontariste, estimant que les évolutions nécessaires dépassaient les ajustements progressifs. « J'ai dit régulièrement que c'était un sujet où il fallait abandonner la transition et se mettre en mode rupture si on voulait effectivement provoquer de vrais changements », a-t-il déclaré.
Il a notamment évoqué les bouleversements du secteur des mobilités sous l'effet des tensions pétrolières et de l'accélération de l'électrification.
 
Une nouvelle feuille de route à construire avec les communes
La révision du PCAET va désormais mobiliser plusieurs instances : un comité de pilotage associant les élus concernés, un comité technique réunissant les services et un comité de partenaires comprenant notamment l'État, la Région, les Départements, les chambres consulaires, les gestionnaires de réseaux, l'ADEME et les acteurs de la qualité de l'air.
Les communes seront également associées à travers des rencontres territoriales, ateliers ou séminaires, afin d'identifier des actions adaptées à chaque secteur.
Le document devra ensuite être soumis aux consultations réglementaires avant son adoption. Il fera l'objet d'un suivi et d'une évaluation, avec un bilan obligatoire à mi-parcours.
Pour Beaune Côte & Sud, le véritable enjeu sera désormais de traduire cette nouvelle stratégie en projets opérationnels, dans un territoire où les besoins de mobilité, les réalités agricoles, les contraintes énergétiques et les effets du réchauffement climatique se croisent de plus en plus directement.

Jeannette Monarchi