CÔTE D'OR
Côte-d’Or – « C’est insupportable » : François Sauvadet alerte sur les conséquences du budget de l’État pour les collectivités
Par Jeannette Monarchi
Publié le 09 Octobre 2026 à 14h31
« Une véritable ponction » : François Sauvadet n’a pas mâché ses mots, ce vendredi, devant les conseillers départementaux. Le président de la Côte-d’Or, également à la tête de Départements de France, accuse l’État de fragiliser les collectivités avec son projet de budget pour 2027. Face à cette situation, il appelle le gouvernement à revoir sa copie et réaffirme plusieurs engagements en faveur des territoires. Il entend préserver les investissements, les collèges et le soutien aux communes.
La colère de François Sauvadet était palpable ce vendredi, en ouverture de la session du Conseil départemental de la Côte-d’Or. Également président de Départements de France, il a dénoncé les mesures du projet de loi de finances pour 2027, qu’il juge particulièrement pénalisantes pour les collectivités. « J’éprouve, comme président de Départements de France et président de ce Département, un sentiment d’incompréhension, puis un sentiment de colère aussi. »
Un manque à gagner estimé à 17,8 millions d’euros
Selon les calculs présentés, la Côte-d’Or pourrait perdre 17,8 millions d’euros de ressources en 2027. Dans le détail, le Département anticipe environ 4 millions d’euros de prélèvements supplémentaires, 4,4 millions liés aux nouvelles modalités d’évolution de la TVA, 6,9 millions avec la disparition d’un fonds national de soutien et 2,7 millions en raison de la modification du Fonds de compensation de la TVA.
Ces mesures, encore soumises au débat parlementaire, interviennent alors que les dépenses sociales continuent de progresser. Le Département devra notamment prévoir 6 millions d’euros supplémentaires pour financer le RSA. « J’espère que le gouvernement reverra sa copie urgemment », a lancé François Sauvadet, qui a saisi les parlementaires et entend porter ce dossier lors des Assises de Départements de France, du 14 au 16 octobre.

De nouvelles économies, mais pas de retrait des territoires
Après 10 millions d’euros d’économies de fonctionnement réalisés l’an dernier, le Département devra poursuivre ses efforts. Le regroupement de 400 agents dans le bâtiment Osmose, près de la Toison d’Or à Dijon, doit notamment permettre de libérer cinq bâtiments et de réduire les charges immobilières et énergétiques. François Sauvadet refuse toutefois de réduire la présence départementale dans les territoires ruraux comme dans les quartiers urbains. « Je ne serai pas à la tête d’un département en faillite », a-t-il assuré, en appelant à une meilleure efficacité administrative.
Collèges : le repas restera à 3,70 euros en 2027
Malgré les contraintes financières, le président a confirmé le maintien du tarif de restauration scolaire à 3,70 euros dans les collèges publics, un prix inchangé depuis 2019.
« Pas un jeune ne restera à la porte d’un restaurant scolaire au motif que ses parents n’ont pas les moyens. »
Le Département prévoit également de maintenir son effort global de 27 millions d’euros en faveur des collèges, fonctionnement et investissement compris. L’adaptation des établissements aux fortes chaleurs restera une priorité, après notamment la plantation de 1 300 arbres et les opérations de désimperméabilisation des cours.
Une baisse des effectifs, mais aucune fermeture de collège souhaitée
La démographie scolaire constitue un autre défi. À la rentrée 2026, la Côte-d’Or comptait 4 434 élèves entrant en sixième, contre 4 623 en 2025, soit une baisse de 4,08 %.
Une étude menée avec l’Insee doit permettre d’anticiper les besoins des quinze à vingt prochaines années. Des réorganisations de bâtiments pourraient être envisagées, mais François Sauvadet affiche une ligne claire : ne pas fermer de collège tant que les conditions pédagogiques permettent son maintien. « Quand on ferme, on ne rouvre jamais. »

Le plan Marshall pour les communes prolongé en 2027
Autre annonce : le Département entend prolonger d’un an son plan Marshall d’aide aux communes, en maintenant en 2027 le niveau de soutien de 2026. Depuis 2022, près de 2 500 projets auraient été accompagnés, représentant environ 70 millions d’euros d’aides départementales et 320 millions d’euros d’investissements dans les territoires.
François Sauvadet a également confirmé la poursuite des actions en faveur de la protection de l’enfance, de la gestion de l’eau et de l’adaptation au changement climatique, tout en alertant sur les difficultés de financement de la sécurité civile.
Un appel à l’État pour revoir sa copie
Le président du Département estime que la réduction des ressources des collectivités risque de peser sur les investissements locaux, notamment les routes, les équipements publics et l’activité des entreprises du bâtiment. « On ne pourra pas continuer d’affaiblir les collectivités au motif de redresser la France. » Alors que les orientations budgétaires pour 2027 se préparent, François Sauvadet entend donc poursuivre les économies de fonctionnement sans remettre en cause les principales politiques de proximité.
Jeannette Monarchi
Les prises de paroles du groupe d'opposition
Christophe Avena, président du groupe « Côte-d’Or Terres d’Avenir », principal groupe d’opposition de gauche, a rejoint François Sauvadet dans sa dénonciation des restrictions budgétaires annoncées par l’État pour 2027, tout en exprimant plusieurs désaccords sur les priorités départementales.
Sur la mobilisation des lycéens, il a appelé au dialogue et à une meilleure prise en compte des revendications de la jeunesse, tout en condamnant les violences. « Les jeunes doivent pouvoir manifester de façon pacifique et en sécurité. »
Le principal point de divergence concerne la restauration scolaire. Christophe Avena défend une tarification progressive selon les revenus des familles. « Pour une famille qui compte chaque euro, le prix de la cantine pèse lourd. Pour une famille aisée, ce même montant ne représente pas le même effort. » En réponse, François Sauvadet a rappelé que ce tarif n'avait pas augmenté depuis 2019, contrairement à celui des lycées de la Région, qu'il a chiffré à 5 euros.
L'opposition a également demandé des dotations mieux adaptées aux charges des collèges, davantage de moyens humains pour la protection de l'enfance, qui concerne 3 407 enfants bénéficiant d'une mesure d'aide sociale à l'enfance, ainsi que des engagements plus précis sur la gestion de l'eau et l'adaptation au changement climatique. Concernant le plan Marshall d'aide aux communes, Christophe Avena a réclamé davantage de transparence sur la répartition territoriale des subventions. « Notre groupe votera les mesures qui améliorent la vie des Côte-d'Oriens », a-t-il conclu, en réaffirmant sa volonté de défendre des politiques publiques fondées sur les besoins des habitants, particulièrement des plus fragiles.
Nathalie Koenders, conseillère départementale et maire de Dijon, a également dénoncé les conséquences du projet de loi de finances pour 2027 sur les collectivités locales. Si elle reconnaît la nécessité de participer au redressement des finances publiques, elle estime que l'effort demandé est disproportionné.
Selon les premières estimations, la Ville de Dijon pourrait perdre environ 4 millions d’euros et Dijon Métropole 4,5 millions d’euros, auxquels s’ajouteraient d’autres contraintes financières, notamment la hausse des cotisations à la CNRACL et la diminution du Fonds de compensation de la TVA et du Fonds vert.
L’élue s’inquiète particulièrement des conséquences sur l’investissement public et l’activité économique, notamment pour les entreprises du bâtiment et des travaux publics, fortement dépendantes des commandes des collectivités. « En ponctionnant aussi fortement les collectivités, l’État prend le risque de casser une dynamique d’investissement essentielle à l’activité économique et donc à l’emploi. »
Malgré ce contexte, Nathalie Koenders a réaffirmé sa volonté de poursuivre les grands projets dijonnais, citant notamment celui du parc des expositions, pour lequel elle a sollicité le soutien du Département.
François Sauvadet a confirmé sa disposition à travailler sur ce dossier, rappelant que le Département siège désormais, de manière minoritaire, au conseil d’administration de la structure concernée. Il y voit également une contribution au rayonnement de Dijon et de la Côte-d’Or.
Patrick Audard, conseiller départemental, a interpellé François Sauvadet sur l'état des façades du collège du Chapitre, tout en saluant l'aboutissement du projet de restaurant scolaire du collège Marcel-Aymé, à Marsannay-la-Côte, attendu depuis une dizaine d'années.
Concernant le collège du Chapitre, l'élu a rappelé avoir signalé à plusieurs reprises la dégradation des façades et les risques de chute de plaques. Si des dispositifs de protection ont été installés et que des travaux de végétalisation ont été réalisés dans la cour, il regrette l'absence de rénovation extérieure. « Il y a ce problème crucial de façade et ça donne le sentiment d'un délaissement aux familles. »
François Sauvadet a reconnu la nécessité d'intervenir, après s'être lui-même rendu sur place. Il a toutefois souligné le coût particulièrement élevé des travaux envisagés : une première estimation de 3,6 millions d'euros, ramenée à 2,6 millions après réexamen. « Je suis pleinement conscient de ce qui se passe là-bas. J'y suis allé, j'ai même trouvé que ça ne donne pas une belle image, alors que le collège est bien à l'intérieur. »
Le président du Département a demandé à ses services de poursuivre les expertises afin de trouver une solution financièrement acceptable. « C'est de l'argent public, moi j'y prends encore plus de soin que mon propre argent parce que c'est l'argent de tout le monde », a-t-il insisté, annonçant une décision rapide sur la suite du dossier, sans avancer de calendrier précis pour les travaux.
Hamid El Hassouni, conseiller d’opposition, a consacré son intervention à la mobilisation des lycéens et aux difficultés rencontrées par la jeunesse, tout en regrettant les critiques adressées à la Région Bourgogne-Franche-Comté. Il a appelé à davantage de nuance dans les échanges politiques, estimant que les problèmes de l’Éducation nationale dépassent les responsabilités d’une seule collectivité.
Son groupe votera le rapport consacré au fonctionnement et à l’équipement des collèges, malgré des réserves sur la tarification de la restauration scolaire. L’élu a surtout insisté sur la nécessité d’accompagner les jeunes dans un contexte marqué par les incertitudes sociales, climatiques et économiques. « Le lycée n’est pas un piège, mais au contraire une formidable opportunité de grandir. »
Défendant la légitimité des revendications lycéennes, tout en condamnant les violences, Hamid El Hassouni a dénoncé les classes surchargées, le non-remplacement des enseignants, le manque de personnels médico-sociaux, les journées scolaires trop longues et les inquiétudes suscitées par Parcoursup. « Leur voix compte et leur détermination doit rester intacte, mais sans violence », a-t-il déclaré, appelant à un véritable dialogue avec le gouvernement et à un plan d'urgence pour l'Éducation nationale.
Il a également rappelé les initiatives engagées à Dijon en faveur de la jeunesse, notamment les dispositifs de participation des jeunes et les 75 millions d'euros d'investissement du projet Ambition éducative.
En réponse, François Sauvadet a défendu la nécessité de repenser l'organisation territoriale de l'action publique. Selon lui, la taille des grandes régions complique la gestion quotidienne des lycées et éloigne les centres de décision des établissements. « C’est un problème de système qu’il faut réinterroger », a-t-il affirmé, évoquant la possibilité de confier certaines compétences aux Départements pour apporter des réponses plus rapides et adaptées aux besoins locaux.
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