CÔTE D'OR

Côte-d’Or – Les collèges pourraient perdre près d’un élève sur cinq d’ici 2035

Côte-d’Or – Les collèges pourraient perdre près d’un élève sur cinq d’ici 2035

La Côte-d’Or continue de gagner des habitants, mais ses collèges s’apprêtent à accueillir nettement moins d’élèves. Présentées ce vendredi devant les conseillers départementaux, les projections de l’Insee annoncent une diminution de 18 % des effectifs d’ici 2035, et même de 23 % pour les seules classes de sixième. Une évolution qui impose de repenser l’organisation scolaire sans fragiliser les territoires.

C’est une tendance démographique de fond qui va profondément modifier le paysage scolaire de la Côte-d’Or. Invité à intervenir ce vendredi matin devant l’assemblée départementale, David Brion, responsable des études à l’Insee Bourgogne-Franche-Comté, a présenté les premières projections sur l’évolution des effectifs dans les collèges à l’horizon 2035.
Le constat peut sembler paradoxal : alors que la population départementale est passée de 456 000 habitants en 1975 à 542 000 aujourd’hui, soit une hausse de 19 % en cinquante ans, le nombre de jeunes diminue. En cause, le vieillissement de la population, la baisse du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants et une fécondité en recul.
 
Une natalité en chute qui annonce des classes moins nombreuses
En Côte-d’Or, le nombre annuel de naissances est passé de 5 779 en 2014 à environ 4 200 en 2025. Dans le même temps, l’indice conjoncturel de fécondité est tombé à 1,28 enfant par femme, contre 1,78 en 2014. Ces générations moins nombreuses arrivent progressivement à l’âge du collège. En 2025, le département comptait environ 23 000 collégiens, répartis dans 54 établissements publics et privés, dont 47 collèges publics.
Selon les projections de l’Insee, les effectifs devraient diminuer de 18 % d’ici 2035, avec une baisse de 4 % dès 2028. Le recul devrait ensuite s’accélérer, passant d’environ 1,4 % par an dans les premières années à 2,2 % par an par la suite. Les classes de sixième seront les premières touchées, avec une diminution attendue de 23 % sur dix ans. « C’est une tendance lourde, la démographie, on n’y échappera pas », a souligné David Brion.
 
Des situations très différentes selon les territoires
Cette évolution ne touchera pas uniformément tous les collèges. Les établissements présentent déjà d’importants écarts d’effectifs, entre les petites structures rurales et les grands collèges de l’agglomération dijonnaise. À Arnay-le-Duc, Pierre Poillot, conseiller départemental, a d’ailleurs tenu à apporter une précision : le collège, présenté comme le plus petit du département avec 60 élèves, en accueille désormais 65. Une progression modeste, mais encourageante pour l’élu, qui a salué les efforts engagés pour préserver cet établissement.
À l’inverse, certains secteurs, notamment autour de Semur-en-Auxois, connaissent une baisse des naissances particulièrement marquée. D’autres territoires résistent davantage, parfois grâce à l’arrivée de nouvelles familles ou à la construction de logements.
Une étude plus détaillée, réalisée conjointement par l’Insee, le Département et les services de l’Éducation nationale, doit être publiée en novembre. Elle permettra d’affiner les projections à l’échelle des secteurs de collèges.
 
François Sauvadet : « Les fermetures sont toujours extrêmement douloureuses »
Face à ces perspectives, François Sauvadet a réaffirmé son attachement au maintien d’une présence scolaire dans les territoires, sans annoncer de fermeture ni de réorganisation immédiate. « Les fermetures sont toujours extrêmement douloureuses et elles se traduisent par la désespérance », a-t-il déclaré. Le président du Conseil départemental estime néanmoins indispensable d'anticiper les évolutions à venir, en associant les communes, les élus locaux et l’Éducation nationale. « Il faut vraiment qu’on travaille ensemble sur tous ces sujets-là avec les maires, l’Éducation nationale, bien sûr. Mais je ne vais pas laisser l’Éducation nationale trancher cette question de la présence territoriale. »
Parmi les pistes évoquées figure la possibilité de regrouper, sur certains sites, écoles primaires et collèges afin de maintenir une offre éducative de proximité tout en adaptant les équipements.
 
Entre maintien des établissements et nécessité de réorganiser
La maire de Dijon et conseillère départementale Nathalie Koenders a appelé à rechercher un équilibre entre les territoires ruraux et les grandes villes. Elle a notamment souligné que certaines écoles urbaines connaissent encore des classes de maternelle proches de 30 élèves, malgré la baisse démographique générale. « C’est maintenant qu’on doit déjà y penser », a-t-elle insisté, évoquant la nécessité de réfléchir aux regroupements scolaires et aux solutions de transport.
Même préoccupation pour Charles Barrière, vice-président du Département, qui souhaite que les élus anticipent les décisions plutôt que de subir chaque année les conséquences de la carte scolaire.
De son côté, Laurence Porte, également vice-présidente, a rappelé que la réflexion devait intégrer le vieillissement des bâtiments et leur adaptation au changement climatique. Elle a cité l’exemple de Montbard, où trois écoles ont été fermées depuis 2014 au profit de deux pôles scolaires modernisés. « La piste responsable, c’est vraiment de réfléchir à l’avenir à comment nous pouvons mieux optimiser ce bâti scolaire au regard de la baisse inéluctable de la démographie scolaire. »
 
Une réflexion à engager dès maintenant
Au-delà des seuls effectifs, c’est donc toute l’organisation de l’offre éducative qui pourrait évoluer dans les dix à quinze prochaines années : localisation des établissements, transports scolaires, rénovation énergétique, végétalisation des cours et maintien des services dans les quartiers comme dans les communes rurales.
Pour François Sauvadet, l’enjeu est d’éviter les décisions prises dans l’urgence. « Quand on ne l’organise pas, on constate. Et quand on le constate, c’est trop tard. »
La publication de l’étude territorialisée de l’Insee, attendue en novembre, constituera une première étape pour engager cette réflexion avec les élus et les acteurs de l’éducation.

Jeannette Monarchi