BEAUNE
Beaune - L’art-thérapie pour alléger une charge trop lourde à porter pour ces enfants aidants
Par Jeannette Monarchi
Publié le 17 Janvier 2026 à 07h11
Confrontés trop tôt à la maladie, au handicap ou à la dépendance d’un proche, les enfants aidants portent une charge émotionnelle lourde, souvent invisible. À Beaune, un atelier d’art-thérapie, mis en place dans le cadre du Contrat Local de Santé du Pays Beaunois, leur offre un espace rare : celui où ils peuvent, enfin, redevenir des enfants.
Dans une salle de classe, ils ne se distinguent pas toujours des autres. Pourtant, au moins un élève par classe vit avec une réalité bien particulière : celle d’un enfant aidant. Maladie grave d’un parent, handicap d’un frère ou d’une sœur, dépendance d’un grand-parent… Ces enfants accompagnent, soutiennent, surveillent, rassurent. Ils font face à des situations lourdes, parfois dans le silence, souvent sans reconnaissance extérieure.
En France, le phénomène reste largement sous-estimé. Les études sont rares, mais les chiffres disponibles parlent d’eux-mêmes : 52 % des jeunes aidants accompagnent un parent, 23 % un grand-parent, 14 % un membre de leur fratrie. Plus inquiétant encore, un enfant aidant sur deux n’a jamais parlé de sa situation en dehors du foyer.
Cette réalité les expose à des risques accrus : fatigue émotionnelle, stress chronique, sentiment d’isolement, difficultés scolaires, voire harcèlement. Surtout, ces enfants portent une charge mentale et émotionnelle qui n’est pas celle de leur âge, dans un climat parfois empreint de non-dits et de retenue.
Un dispositif pensé pour leur redonner souffle
C’est à partir de ce constat qu’est né, à Beaune, un atelier d’art-thérapie à destination des enfants et adolescents aidants, dans le cadre du Contrat Local de Santé. Le dispositif est porté par le Pays Beaunois, en partenariat avec l’Hôtel-Dieu des Hospices Civils de Beaune, et financé par l’Agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté.
L’objectif est clair : offrir un espace sécurisant où l’enfant n’a plus à être aidant, mais simplement enfant. Un lieu où il peut créer, expérimenter, se tromper, jouer, sans pression ni attente de performance.
Les ateliers, entièrement gratuits pour les familles, s’adressent aux jeunes de 4 à 17 ans, répartis en deux groupes d’âge, avec un maximum de six participants par groupe. Ils se déroulent deux mercredis par mois, sur des séances longues de 2 h 30, permettant un véritable temps d’immersion et de lâcher-prise.
Un cadre symbolique : l’Hôtel-Dieu
Ce mercredi matin, la séance se tenait dans un lieu chargé d’histoire en termes de soin : l’Hôtel-Dieu de Beaune. Animée par Stéphanie Mutin, art-thérapeute à Beaune, elle a accueilli un petit groupe d’enfants. D’ordinaire, les séances ont lieu dans son cabinet, mais le cadre hospitalier prend ici tout son sens. Avant de créer, les enfants ont participé à une visite guidée menée par Chloé, guide-conférencière. Salle des Pôvres, ancienne pharmacie, vocation fondatrice du site : celle d’un hôpital pensé pour soigner les plus démunis. Un choix loin d’être anodin, autant de repères qui donnent du sens à la démarche. Puis vient le temps de la création.
« On n’est pas là pour faire du beau »
Peinture, collage, dessin, argile, parfois musique : les supports varient, mais l’objectif reste le même. Créer sans pression, sans jugement, sans attente de résultat. « La consigne est simple : vous êtes libres de tout faire pendant deux heures. Vous êtes là pour vous amuser, pas pour faire du beau ou du parfait », explique Stéphanie Mutin.
Pour cette séance, l’inspiration vient d’un objet découvert dans la pharmacie historique : le pot de thériaque, ancien remède universel. Les enfants sont invités à imaginer et réaliser leur propre « potion magique », à partir de différents médiums.
Derrière cette apparente simplicité se cache une approche thérapeutique profonde : aborder de manière légère des questions lourdes, permettre aux émotions de circuler autrement que par la parole.

Créer pour déposer ce qui pèse
Autour de la table, Lila, 9 ans, accompagne sa petite sœur Tamana, 4 ans. Un peu plus loin, Angela, 7 ans et demi, cheveux attachés avec des pinceaux, ongles multicolores, s’immerge pleinement dans sa création. Les gestes sont concentrés, parfois spontanés, parfois minutieux. Ici, le sérieux du quotidien laisse place à l’insouciance. « Ces enfants sont souvent dans le contrôle permanent, observe Stéphanie Mutin. Ils prennent soin des autres, font attention à ne pas ajouter de problèmes. Ici, on les autorise à se lâcher. C’est une véritable libération. »
L’art-thérapie ne cherche pas à faire parler à tout prix. Elle offre un autre chemin : celui du corps, de la matière, du mouvement. Une approche essentielle pour des enfants qui n’ont pas toujours la personne ou les mots — ou l’autorisation — pour exprimer ce qu’ils ressentent.
Redonner une place d’enfant
Ces ateliers, proposés depuis la fin novembre et jusque début juillet, s’adressent aux enfants de 4 à 17 ans, répartis en deux groupes d’âge, avec un maximum de six participants par groupe (il reste d’ailleurs des places disponibles lire plus bas). « On demande à ces enfants des choses qui ne sont pas de leur âge, souligne Carine Lisberney, chargée de mission Santé au Pays Beaunois. Sans porter de jugement, il est important de leur permettre d’être eux-mêmes. Nous ne sommes pas là pour les faire parler, mais pour leur montrer qu’il est autorisé de lâcher prise, d’exprimer une émotion s’ils en éprouvent le besoin. L’objectif est de leur permettre d’être eux-mêmes, de lâcher prise, de retrouver des moments d’insouciance et de créativité. »
Un point essentiel : ces ateliers ne sont pas des groupes de parole, mais des espaces d’expression indirecte, où les émotions peuvent émerger autrement.
Pour les plus jeunes, l’atelier est souvent un retour au jeu. Pour les adolescents, parfois plus difficiles à mobiliser car ils redoutent un espace de parole, le dispositif propose avant tout un temps de respiration, loin des responsabilités quotidiennes. « Les plus grands sont parfois très impliqués dans les soins, les rendez-vous médicaux, les démarches administratives. Leur charge est immense, poursuit-elle. Ici, ils peuvent souffler. »
Une libération progressive, visible dans les familles
Forte de 20 années d’expérience dans la protection de l’enfance, Stéphanie Mutin sait que les effets de l’art-thérapie ne sont pas toujours immédiats. Parfois, ce n’est que plus tard que les choses émergent. Les émotions étaient coincées dans le corps. La création permet de les faire sortir. Les premiers retours des familles sont encourageants : enfants plus apaisés, meilleure communication, climat familial allégé et des enfants qui osent davantage exprimer leurs ressentis. Un bénéfice qui dépasse largement le temps de l’atelier. « Les enfants aidants sont souvent dans le contrôle permanent. Ils font attention aux autres, rarement à eux-mêmes. Ici, on leur autorise l’erreur, l’expérimentation, le lâcher-prise. C’est une vraie libération. »
Un soutien aussi pour les parents
Ces temps sont également pensés comme des moments de répit pour les parents. Pendant que les enfants créent, les adultes soufflent. Présente lors des séances, Isabelle, bénévole de l’association (H)être des Hospices Civils de Beaune, souligne l’importance de ces passerelles entre acteurs : « Nous accompagnons des familles en soins palliatifs, pas seulement les personnes malades, mais aussi les aidants. Créer des liens comme celui-ci est essentiel ».
Prendre soin d’eux pour mieux faire face
Au cœur du dispositif, une idée simple mais fondamentale : prendre soin de soi permet d’être plus fort pour affronter les épreuves. « Si on ne s’oublie pas, on peut aider d’autant mieux, résume l’art-thérapeute. Ces ateliers redonnent confiance, montrent aux enfants qu’on prend soin d’eux — et non l’inverse. Qu’ils ont le droit d’expérimenter, de se tromper, de jouer. » Dans un monde où les jeunes aidants demeurent trop souvent invisibles, l’atelier d’art-thérapie de Beaune leur ouvre un espace rare et précieux : un lieu où le poids s’allège, où la créativité devient soin, et où l’enfant peut, le temps d’un atelier, retrouver sa juste place et redevenir simplement un enfant.
Jeannette Monarchi
Des places sont encore disponibles au sein des deux groupes d’âge pour ces ateliers art-thérapie jeunesse (des ateliers adultes sont également proposés). Les familles souhaitant inscrire un enfant ou un adolescent peuvent contacter le Pays Beaunois – Contrat Local de Santé – pour obtenir des informations complémentaires et procéder à l’inscription : Carine Lisberney – 03 80 24 56 10 - [email protected]
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