CÔTE D'OR

Côte-d’Or – Sécheresse : le Département veut renforcer les aides aux agriculteurs et mieux mobiliser les ressources en eau

Côte-d’Or – Sécheresse : le Département veut renforcer les aides aux agriculteurs et mieux mobiliser les ressources en eau

Après un printemps et un été 2026 particulièrement secs, le Département de la Côte-d’Or adapte un dispositif d’aide aux agriculteurs et expérimenter, avec le SESAM, l’identification de ressources en eau mobilisables pour l’agriculture. Rendements en baisse, nappes sous tension, cours d’eau en assec et risque incendie : le Conseil départemental dresse un bilan préoccupant de la situation et a proposé plusieurs mesures pour mieux anticiper les prochaines sécheresses.

La sécheresse de 2026 a laissé des traces dans les campagnes de Côte-d’Or. Entre le 1er avril et le 18 août, la station de Perrigny n’a enregistré que 95 mm de pluie, avec notamment seulement 3,3 mm en mai et 14,5 mm en juin. À cette faiblesse des précipitations se sont ajoutées quatre vagues de chaleur et 36 jours avec une température moyenne journalière supérieure à 25,3 °C.
Pour le Département, les conséquences sont multiples : agriculture fragilisée, ressource en eau sous tension et risque accru d’incendies dans les espaces naturels.

Des cultures et des élevages durement touchés
Le premier bilan présenté au Conseil départemental fait état d’une situation très dégradée pour plusieurs filières agricoles. Les rendements des grandes cultures sont annoncés en baisse, de quelques pourcents pour certaines céréales à paille et le colza à plusieurs dizaines de pourcents pour d’autres oléoprotéagineux, le maïs et la pomme de terre.
Le maraîchage a également subi les effets de la sécheresse, avec une hausse des coûts d’irrigation et une diminution des rendements, pouvant aller jusqu’au dépérissement des plants.
Du côté de l’élevage bovin allaitant, la pousse de l’herbe aurait diminué de 38 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années, entraînant une utilisation anticipée des stocks de fourrage, voire des achats supplémentaires. Les fortes chaleurs ont également ralenti l’engraissement des animaux.
Les exploitations laitières ont, elles aussi, subi des pertes, notamment sur le maïs ensilage, avec une baisse de la production de lait estimée à 10 %.

Des vendanges très précoces et des rendements en baisse
La viticulture n’échappe pas à cette année particulièrement sèche et chaude. Les vendanges ont atteint un nouveau record de précocité, avec un démarrage dès le 8 août pour les crémants. Si la qualité est annoncée au rendez-vous, les rendements sont estimés en baisse d'environ 33 %, selon les données provisoires d’Agreste citées dans le rapport.
Le Département rappelle que les viticulteurs connaissent ainsi une troisième année difficile : après la sécheresse et la chaleur de 2024, puis le gel et l’excès de pluie en 2025, l’année 2026 vient à nouveau peser sur les récoltes.

Les aides à la récupération de l’eau vont être élargies
Depuis la sécheresse de 2022, le Département accompagne déjà les agriculteurs dans la récupération des eaux de pluie, notamment pour l’abreuvement du bétail, le lavage du matériel et certains traitements phytosanitaires.
Ce dispositif a soutenu 16 projets pour 180 000 euros en 2024, 9 projets pour 88 000 euros en 2025 et déjà 11 projets pour 131 000 euros en 2026.
Le nouveau programme proposé pour la période 2026-2030 doit élargir les possibilités d’intervention. Il ne concernera plus uniquement la récupération des eaux de pluie mais également certains dispositifs de stockage des eaux de ruissellement et le curage de puits existants pour des usages agricoles. Les projets devront toutefois recevoir au préalable l’accord des services de l’État.
Le dispositif prévoit notamment de soutenir les systèmes de stockage et de valorisation des eaux de pluie, les retenues destinées à l’abreuvement du bétail ou à de petits projets d’irrigation, ainsi que différents équipements de traitement de l’eau.
Pour l’abreuvement des animaux, sont notamment concernés les citernes, les systèmes de traitement et de pré-filtration, la réfection de citernes existantes et certaines opérations de curage de puits.

73 % des points de mesure en assec
La situation des ressources en eau est également au cœur du rapport. Selon le réseau ONDE, qui suit l’état d’écoulement des cours d’eau, la proportion de points de mesure totalement asséché en Côte-d’Or est passée de 10 % le 26 mai à 73 % le 14 août. Les nappes phréatiques ont également connu une dégradation rapide au fil du printemps et de l’été.
Au 17 août, 11 des 14 sous-bassins versants de Côte-d’Or étaient classés en crise, les trois autres étant en alerte renforcée. Le niveau de crise entraîne notamment des restrictions concernant les prélèvements et certains usages de l’eau afin de préserver les besoins prioritaires.
Le canal de Bourgogne est lui aussi concerné. Les cours d’eau alimentant les barrages ont rapidement atteint leur débit réservé, tandis que le réservoir de Panthier était indisponible pour travaux. Le Département évoque des niveaux d’eau historiquement bas et des risques pour les ouvrages, la végétation et la faune piscicole en l’absence de recharge importante.

Une expérimentation avec le SESAM
Pour mieux identifier les ressources disponibles, le Département souhaite lancer une expérimentation avec le Syndicat des Eaux et de Services Auxois-Morvan (SESAM). L’objectif sera de recenser, sur le territoire du SESAM, les points d’eau qui ne sont pas utilisés pour l’alimentation en eau potable — étangs, mares et autres ressources — afin d’étudier leur éventuelle mobilisation pour l’agriculture. Les secteurs susceptibles de recueillir les eaux de ruissellement seront également identifiés.
Cette démarche doit permettre d’établir un plan d’exploitation des ressources en eau en direction de la profession agricole, dans le respect des réglementations applicables.

Plus de 63 millions d’euros pour deux projets d’eau potable
Le Département rappelle également son action à plus long terme dans le cadre du Plan Côte-d’Or Eau 2050, élaboré après une étude sur les besoins et les ressources disponibles à l’horizon 2050. Deux projets structurants sont actuellement accompagnés pour sécuriser l’alimentation en eau potable d’une partie importante du département : la mobilisation de la ressource du réservoir de Grosbois-en-Montagne et celle de la nappe alluviale de la Boucle des Maillys. Le Département a prévu une autorisation de programme de plus de 63 millions d’euros sur cinq ans pour ces projets.
Dans le cadre de l’opération de Grosbois, il prévoit également 3 millions d’euros pour le barrage de Panthier, afin de retrouver sa cote d’origine et plus de 600 000 m³ de capacité de stockage supplémentaire, ainsi qu’un million d’euros pour réhabiliter la rigole de Chazilly.

Les agriculteurs aussi mobilisés contre les incendies
La sécheresse pose enfin la question du risque incendie. Une convention existe déjà entre le SDIS 21 et la Chambre d’Agriculture de Côte-d’Or pour coordonner les interventions lors des feux de récoltes et de chaumes. Lorsqu’un incendie est signalé, des agriculteurs locaux peuvent être mobilisés aux côtés des sapeurs-pompiers, grâce à un réseau de référents répartis en cinq zones.
Le feu de Couchey, survenu durant l’été, a notamment montré la capacité de mobilisation spontanée des agriculteurs équipés de citernes. Le Département souhaite désormais aller plus loin avec une convention associant la Chambre d’Agriculture, le SDIS 21 et la Préfecture, afin de mieux structurer cette participation lors des incendies.

329 000 hectares de forêt à protéger
Avec 329 000 hectares de surface boisée, dont près de 270 000 hectares de forêts feuillues, la Côte-d’Or est le département le plus boisé de Bourgogne et figure au sixième rang des départements forestiers métropolitains. Le Département souhaite renforcer son action sur les secteurs les plus vulnérables au risque incendie, en lien avec l’État, l’Office national des forêts et les autres acteurs concernés.
Plusieurs pistes sont évoquées : améliorer l’accessibilité des chemins et pistes pour les secours, identifier et sécuriser les points d’eau, gérer la végétation et la continuité des combustibles, renforcer le débroussaillement autour des zones habitées et agricoles et, lorsque cela est pertinent, créer des coupures permettant de limiter la propagation des incendies.
L’objectif affiché est de mieux concilier la préservation des forêts, leur biodiversité, leur fonction économique et la nécessité de réduire leur vulnérabilité face à l’évolution du risque incendie.
Le Conseil départemental a approuvé l’expérimentation avec le SESAM ainsi que le nouveau programme d’aide aux agriculteurs pour le traitement et la récupération des eaux.