Billet d’humeur – Phishing : chers arnaqueurs, un petit Bescherelle ?

Billet d’humeur – Phishing : chers arnaqueurs, un petit Bescherelle ?

Il fut un temps où, le dimanche, on recevait des nouvelles de la famille, une invitation à déjeuner ou, pour les moins chanceux, une publicité pour des panneaux photovoltaïques à prix cassé. Désormais, même le jour du Seigneur, les escrocs du numérique ne prennent plus de repos.
Dimanche donc, un courriel tombe dans ma boîte. Et attention, du sérieux : « AVOCATS au BARRAUX vous a partagé des fichiers ».
Au Barraux ? Voilà qui interpelle. À moins que tous les avocats de France aient soudain décidé de déménager dans la commune iséroise de Barraux, il y a déjà comme un petit problème. On connaissait le barreau, voilà désormais le « barraux ». Après tout, pourquoi pas : les arnaqueurs aussi ont droit à leur réforme de l’orthographe.
La suite est encore plus réjouissante : « Avocats au Barraux de France » m’informe de la mise à disposition d’un « document privée à caractère confidentiel », contenant des informations sensibles et m’assure qu’une lettre recommandée électronique m’a été adressée.
Confidentiel, sensible, recommandé… Tous les mots sont là pour faire monter légèrement le rythme cardiaque. Car c’est bien le principe de ces messages : inquiéter suffisamment pour nous faire cliquer avant de réfléchir.
Et justement, un joli lien m’attend : « Vous trouverez ces fichiers à cet emplacement. »
Bien sûr.
Il faudrait cliquer. Parce qu’un mystérieux avocat qu’on ne connaît pas aurait quelque chose de suffisamment grave à nous annoncer pour mobiliser « Docaposte », « La Poste », une lettre recommandée et tout le barreau – pardon, le barraux – de France.

Heureusement, ils font encore des fautes
On pourrait en rire si ces tentatives n’étaient pas aussi nombreuses. Faux colis à récupérer, compte bancaire prétendument bloqué, facture impayée, amende urgente, remboursement providentiel, carte Vitale à renouveler, livraison impossible… À chaque fois, le même ressort : faire peur, créer l’urgence ou promettre de l’argent pour pousser au clic.
Et il faut reconnaître que les méthodes se perfectionnent. Logos, noms d’organismes connus, présentation de plus en plus crédible : certaines arnaques deviennent suffisamment soignées pour faire hésiter quelques secondes.
Alors, finalement, on en viendrait presque à remercier les moins appliqués.
Merci pour le « barraux ». Merci pour le « document privée ». Merci pour cette phrase qui s’emmêle au point de nous dire deux fois que quelqu’un « vous a adressé » quelque chose. Ces fautes sont parfois le dernier petit voyant rouge qui s’allume avant le clic de trop.
Mais ne nous y trompons pas : tout le monde peut se faire avoir. Un moment d’inattention, un message qui tombe au mauvais moment, un nom familier, et le piège peut fonctionner.
Alors oui : y en a marre. Marre de devoir regarder chaque mail avec suspicion. Marre de se demander si ce SMS sur un colis est vrai. Marre de vérifier l’expéditeur avant d’ouvrir la moindre pièce jointe. Marre aussi de voir les escrocs jouer sur la peur et la confiance pour tenter de soutirer argent ou informations personnelles.
Pour celui reçu dimanche, aucun doute : direction la corbeille.
Et à nos « Avocats au Barraux de France », un dernier conseil : avant de vouloir pirater nos données, commencez peut-être par pirater un dictionnaire.

Jeannette Monarchi