BEAUNE

Beaune – De l’apprentissage du français à l’emploi : des parcours d’intégration qui se construisent sur le terrain

Beaune – De l’apprentissage du français à l’emploi : des parcours d’intégration qui se construisent sur le terrain
Beaune – De l’apprentissage du français à l’emploi : des parcours d’intégration qui se construisent sur le terrain
Beaune – De l’apprentissage du français à l’emploi : des parcours d’intégration qui se construisent sur le terrain
Beaune – De l’apprentissage du français à l’emploi : des parcours d’intégration qui se construisent sur le terrain

Un ancien bijoutier afghan devenu réceptionniste, une comptable marocaine qui travaille aujourd’hui comme femme de chambre, un diplômé en informatique qui se forme aux métiers de l’hôtellerie ou encore un jeune Sénégalais qui réalise en France son projet de travailler en cuisine. Ce mercredi matin à Beaune, la Semaine de l’intégration a surtout pris la forme de rencontres.

David Roche, sous-préfet de l’arrondissement de Beaune, a consacré sa matinée à ces parcours, avec trois étapes : le GRETA de Beaune, l’Hôtel de la Poste, puis le Domaine Dubois, dans le secteur viticole. Un itinéraire volontairement tourné vers la formation et l’emploi, considérés comme deux leviers essentiels de l’autonomie des personnes installées récemment en France.
 
Au GRETA, les premiers mots d’une intégration
Première étape au GRETA, avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny. Une trentaine de stagiaires y sont actuellement accueillis. Pour cette Semaine de l’intégration, quatre ateliers avaient été organisés : découverte des métiers, cuisine du monde, bureautique, lecture et témoignages.
Car avant l'emploi, il y a souvent la langue. Pour les personnes rencontrées ce matin-là, pouvoir s'exprimer, comprendre une consigne, utiliser un ordinateur ou maîtriser le vocabulaire professionnel constitue une étape déterminante.
Le parcours de Sayed, originaire d'Afghanistan, illustre cette progression. Arrivé en France en 2021, il était bijoutier dans son pays. Après avoir suivi une formation linguistique, il travaille désormais en CDI comme réceptionniste au Château de la Berchère, à Boncourt-le-Bois.
Le chemin n'a pourtant pas été immédiat. À son arrivée, explique-t-il, il a d'abord dû travailler pour subvenir à ses besoins. Il s'est ensuite formé pendant un an et a passé son permis de conduire. Sa famille l'a depuis rejoint en France. Aujourd'hui, son constat tient en quelques mots : « Ici, tout est nickel ».
Autre parcours, celui d'une jeune femme chinoise arrivée en France en octobre 2022. Professeure d'anglais dans son pays, mariée à un Français et mère d'une petite fille, elle rencontrait au départ d'importantes difficultés pour s'exprimer en français. Après plusieurs mois de cours au GRETA, elle a considérablement progressé et travaillé sur le vocabulaire et la culture professionnels. Elle envisage désormais de donner des cours de chinois.

L'atelier numérique répond, lui, à un autre obstacle possible. Word, Excel et les outils informatiques sont travaillés en fonction des projets professionnels. Dans une société où les démarches et la recherche d'emploi passent de plus en plus par le numérique, celui-ci peut devenir, au même titre que la langue, une barrière supplémentaire.
 
778 contrats d'intégration signés en Côte-d'Or en 2025
Ces situations individuelles s'inscrivent dans un dispositif plus large. La politique d'intégration concerne notamment les étrangers primo-arrivants non européens souhaitant s'installer durablement en France et présents sur le territoire depuis moins de cinq ans. Parmi eux figurent les bénéficiaires d'une protection internationale, réfugiés ou bénéficiaires d'une protection subsidiaire.
En 2025, 778 personnes ont signé un contrat d'intégration républicaine en Côte-d'Or, soit 22 % des signataires de Bourgogne-Franche-Comté. Parmi elles, 391 bénéficiaient d'une protection internationale et 387 relevaient d'autres situations. Le contrat donne notamment accès à une formation linguistique et à une formation civique.
La question de l'emploi reste centrale : au 31 octobre 2025, 59,5 % des étrangers primo-arrivants déclaraient ne pas exercer d'activité professionnelle au moment de la signature de leur contrat d'intégration.
Pour David Roche, les rencontres du matin permettent justement de sortir des chiffres. Le sous-préfet a salué « de beaux parcours d'intégration », marqués à la fois par les progrès dans la maîtrise de la langue et par l'insertion professionnelle. À ses yeux, il est essentiel de valoriser ces trajectoires et les acteurs qui les rendent possibles.
 
À l'Hôtel de la Poste, accepter aussi de repartir de zéro
Deuxième étape, à quelques minutes du GRETA : l'Hôtel de la Poste, boulevard Clemenceau. L'établissement dirigé par Jean-François Martinet a engagé une démarche d'insertion avec plusieurs salariés aux parcours très différents.
Parmi eux, Zahra, 29 ans, arrivée du Maroc en 2024. Dans son pays, elle a suivi des études de comptabilité et obtenu un diplôme dont elle a depuis obtenu l'équivalence en France. Mais son premier emploi beaunois se trouve pour l'instant dans un autre secteur : elle travaille comme femme de chambre à l'hôtel et cumule avec un second emploi dans le nettoyage. Elle recherche parallèlement un poste ou une immersion professionnelle dans la comptabilité.  De son expérience à l'Hôtel de la Poste, elle retient d'abord l'accueil : « Je suis très à l'aise, c'est une famille, avec une équipe formidable ». Elle vit aujourd'hui à Beaune, dans un foyer, et attend une réponse à sa demande de logement social.
Jean-François Martinet ne ferme pas la porte à une poursuite de la collaboration, tout en sachant que la jeune femme souhaite retrouver son métier initial. Pour le directeur, l'essentiel est d'offrir une possibilité à ceux qui montrent leur volonté de progresser : « Quand il y a des gens de valeur, il faut les accompagner, leur donner une chance, avoir cette ouverture d'esprit ».


Une licence d'informatique, aujourd'hui une formation dans l'hôtellerie
À ses côtés, Thimoty suit un autre chemin. Né à Lagos au Niger, il possède une licence en informatique. Arrivé en France pour poursuivre ses études, il travaille aujourd'hui comme valet de chambre et suit un contrat de professionnalisation jusqu'en mai 2027 afin d'obtenir un titre professionnel.  Un changement complet d'univers professionnel qu'il assume comme une nouvelle étape. « Le travail m'aide à améliorer l'apprentissage du français », explique-t-il. Après l'informatique, il découvre donc les métiers de l'hôtellerie et acquiert une qualification supplémentaire.
Jean-François Martinet dit être frappé par cette faculté à « rebondir ». L'hôtel ne cherche pas, insiste-t-il, une main-d'œuvre à bas coût : son équipe permanente est déjà constituée et ces recrutements viennent en complément pour permettre aux salariés concernés de se former comme des professionnels. La rencontre des cultures peut aussi se retrouver jusque dans les assiettes : en cuisine, l'idée de travailler demain certains plats inspirés des saveurs apportées par ces salariés fait son chemin.
 
Salif : « J'ai toujours eu cette passion pour la cuisine »
C'est justement en cuisine que Salif, 26 ans, originaire du Sénégal, construit son projet. Arrivé en septembre 2024, il est aujourd'hui en apprentissage et son contrat court jusqu'en août 2027. 
Pour lui, cette formation concrétise un souhait ancien. « J'ai toujours eu cette passion pour la cuisine, mais mes parents n'avaient pas les moyens de me payer une formation. » Issu d'une famille d'agriculteurs, il dit avoir trouvé en France la possibilité de poursuivre ce projet. Et son ambition est claire : « J'adore la cuisine française, la gastronomie. Je vais m'investir dans la formation ». Une qualification qu'il espère ensuite pouvoir valoriser professionnellement partout où son parcours le conduira.
 
Des parcours qui rencontrent aussi les besoins des entreprises
Ces trajectoires personnelles répondent également à une réalité économique. Hôtellerie-restauration, services à la personne, bâtiment, industrie ou encore viticulture font partie des secteurs où les besoins de main-d'œuvre sont particulièrement observés dans les politiques d'accompagnement vers l'emploi.
C'est précisément ce lien entre intégration et besoins du territoire que la matinée voulait mettre en évidence. France Travail accompagne notamment les employeurs et les personnes concernées afin de faire se rencontrer offres d'emploi, compétences et projets professionnels. Pour le sous-préfet, cette intégration suppose toutefois un engagement réciproque : l'entreprise doit ouvrir sa porte et accompagner, tandis que le salarié doit montrer sa volonté d'apprendre et de trouver sa place.
 
De l'hôtel aux vignes
La matinée devait se poursuivre au Domaine Dubois, à Premeaux-Prissey, pour mettre en lumière un autre métier emblématique du territoire : celui d'ouvrier viticole. Omar, jeune Éthiopien né en 2006, a rejoint le domaine après un parcours passant notamment par le Soudan, la Libye et l'Italie. Après avoir participé aux vendanges en 2025, il a effectué deux contrats saisonniers au domaine en 2026 et souhaité poursuivre dans la viticulture. Il est actuellement accompagné par le programme COALLIA-AGIR, notamment pour l'emploi et le logement.  Le domaine envisage désormais de prolonger ce parcours par une véritable qualification : CQP ou contrat de professionnalisation d'ouvrier viticole, en lien avec le CFPPA ou la MFR de Ruffey-lès-Beaune, parallèlement à des cours de français.
Une étape qui résume l'esprit de cette matinée : ne pas s'arrêter à l'obtention d'un emploi, mais essayer de construire derrière celui-ci une qualification et une autonomie durables. « Nous avons le devoir d'améliorer l'intégration de ces personnes qui ont reçu un statut en France », a résumé David Roche. Le sous-préfet y voit aussi une rencontre avec les besoins économiques locaux, notamment dans l'hôtellerie et la viticulture : derrière les dispositifs et les sigles, « ce sont de belles rencontres entre des professionnels et des personnes qui souhaitent vraiment s'intégrer ».

Jeannette Monarchi