BEAUNE

Musée des Beaux-Arts – Série trésors cachés : De Bonaparte à Beaune, la constitution de la collection d’œuvres égyptiennes

Musée des Beaux-Arts – Série trésors cachés : De Bonaparte à Beaune, la constitution de la collection d’œuvres égyptiennes
De la campagne d'Egypte menée par Napoléon a découlé la publication entre 1809 et 1829 de 22 volumes de la « Description de l'Égypte », ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites. Il est écrit par une pléiade de savants, dans la tradition des voyages d'exploration scientifique du XVIIIe siècle et dans l'esprit des lumières de l'Encyclopédie en trois parties : antiquités, état moderne et état naturel. Ces ouvrages sont consultables sur place à la bibliothèque Gaspard-Monge.

Aujourd’hui, Info-Beaune.com vous emmène dans les coulisses du musée des Beaux-Arts de Beaune, qui abrite plus de 10 000 œuvres. Nous nous arrêtons sur la constitution de sa petite mais fascinante collection égyptienne, témoignant de la passion pour l’Égypte ancienne qui remonte à l’Antiquité. Depuis le XVIe siècle, cette civilisation a exercé une fascination durable sur les Européens, d'abord sur les collectionneurs et ensuite sur les voyageurs.

Cette passion pour l’Égypte a été intensifiée par plusieurs événements historiques, notamment la campagne de Bonaparte en Égypte (1798-1801) et le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion en 1822. Ces avancées ont alimenté l’égyptomanie et ont été un moteur pour les études sur l’Égypte antique, marquant le début de l’égyptologie.
 
La campagne d’Égypte de Bonaparte
La campagne menée par Bonaparte avait initialement un but militaire : s’emparer de l’Égypte pour barrer la route des Indes aux Anglais. Cependant, elle comportait également un volet scientifique et culturel. Bonaparte s'embarqua à la fin du printemps 1798 pour l'Égypte avec 50 000 hommes et 800 chevaux. Parmi ces hommes se trouvaient 160 savants*, ingénieurs et artistes, chargés d'étudier l'Égypte dans tous les domaines, y compris la faune et la flore égyptiennes. La campagne militaire se solda par un échec catastrophique, mais la campagne scientifique fut couronnée de succès et ouvrit la voie à l'étude sérieuse de l'égyptologie.
En août 1798, l'Institut d'Égypte fut fondé à cette occasion dans le palais d'Hassan-Kashif, près du Caire, avec Gaspard Monge comme président et Bonaparte comme vice-président. Cet institut abritait une bibliothèque, un laboratoire, des ateliers et diverses collections des savants. Pendant les quatre années que dura la campagne, une troupe hétéroclite composée de plus de 160 savants de diverses spécialités récolta une formidable moisson de recherches : herbiers, papyrus, animaux naturalisés, minéraux, notes, plans, dessins et croquis.
Cette campagne aboutit à la publication entre 1809 et 1829 de 22 volumes de la « Description de l'Égypte », ou Recueil des observations et des recherches faites en Égypte pendant l'expédition de l'Armée française. Écrit par une pléiade de savants, il s'inspire des voyages d'exploration scientifique du XVIlle siècle et de l'esprit des Lumières de l'Encyclopédie, et se divise en trois parties : antiquités, état moderne et état naturel. Chaque participant à cette expédition scientifique, y compris Gaspard Monge, ainsi que toutes les bibliothèques de France, comme celle Gaspard-Monge de Beaune (dont le dépôt de l'État date de 1839), reçoivent un exemplaire. Ces ouvrages sont consultables sur place.
Cette publication suscite un grand retentissement, éveillant un véritable engouement pour l’Égypte parmi les collectionneurs, voyageurs et brocanteurs avides d’aventures. Cela a conduit au début de la collection d'objets amateurs qui constitue le fonds du musée des Beaux-Arts de Beaune grâce à divers dons.
 
60 œuvres égyptiennes
Le musée des Beaux-Arts de Beaune conserve environ soixante pièces égyptiennes, dont la provenance et l'origine ne sont pas toujours connues. Delphine Cornuché, chargée de collection, précise : « On pense que le premier noyau de la collection au musée a été constitué par la collection Marey-Monge, notamment 10 objets que Gaspard Monge aurait ramenés de la campagne de Bonaparte, offerts par sa fille aînée, Émilie Marey-Monge, ou par Guillaume Stanislas Marey-Monge, son petit-fils, entre 1848 et 1849, soit à l'époque où la statue de Gaspard Monge est érigée à Beaune ».
La collection a été étudiée deux fois : en 1966 et 1985, deuxième fois par l'égyptologue du Musée du Louvre, Sylvie Guichard, après sa restauration en 1984-1985. La datation des objets se situe entre 664 et 334 av. J.-C., au moment de la basse Époque. Une exposition de ces objets a eu lieu en 1985 sous le titre « La tombe aux vignes », donnant lieu à une publication répertoriant l'ensemble des œuvres.
 
Objets remarquables de la collection
Le premier don daté dans l'inventaire du musée remonte à 1884 : une statuette représentant Osiris, offerte par Benjamin Bernard, sculpteur de Beaune. La collection provient également du fonds de Pinel de Grandchamp. Marie Viala, veuve du peintre orientaliste Louis Émile Pinel de Grandchamp, qui a séjourné plusieurs mois en Égypte au début des années 1860, fit le don de 12 objets en 1895, un an après la mort du peintre à Beaune.
Le musée détient également un fragment de sarcophage offert par la veuve de Felix Ziem en 1913, acquis par le peintre beaunois lors d'un périple en Orient en 1856. Plusieurs autres dons ont été faits, totalisant 10 objets non datés. Le musée conserve aussi une série de 21 statuettes égyptiennes représentant les principales divinités, dont 10 sur Osiris, fabriquées en grande série à l'aide de moules et souvent retrouvées dans les lieux de culte. La collection inclut également des statuettes représentant les principales divinités égyptiennes, dont Osiris, Isis, et Horus, ainsi que des objets liés au culte funéraire (ces derniers seront le thème du prochain article de la série).
Le musée peut s'enorgueillir d'avoir bénéficié de plusieurs dépôts du Louvre, datant de 1907, représentant une quarantaine d'objets, dépôts repris en 2023, à l’exception de cinq pièces qui ont vu leur propriété transférée au musée de Beaune. Parmi ces pièces, une jarre de vin égyptienne avec des inscriptions (millésime), déposée en 1954 par le Louvre, est exposée dans la première salle du Musée du vin.
 
Études et expositions
La collection a été étudiée deux fois, en 1966 et 1985, seconde fois par Sylvie Guichard, égyptologue du Musée du Louvre. La datation des objets se situe principalement entre 664 et 334 av. J.-C., correspondant à la Basse Époque égyptienne. Cette étude a donné lieu à une exposition intitulée « La Tombe aux Vignes » en 1985 et une publication qui a permis de répertorier l’ensemble des œuvres.
Ces objets ont été restaurés à plusieurs reprises, notamment entre 1985 et 1986, et de nouveau en 2010 et 2011 : nombreux bronzes s’oxydant.
La collection égyptienne du Musée des Beaux-Arts de Beaune, bien que modeste, est riche en histoire et témoigne de la longue fascination pour l’Égypte ancienne. Ces objets offrent un aperçu précieux des trésors cachés du musée et de l’héritage culturel de cette civilisation millénaire. Lire par ailleurs la présentation de plusieurs pièces ici.

Jeannette Monarchi

*(antiquaires, architectes, astronomes, chimistes, mathématiciens, médecins ou pharmaciens, mécaniciens, musiciens, naturalistes et minéralogistes, dessinateurs, graveurs et imprimeurs, ou encore sculpteurs).