BEAUNE

Beaune - Jérôme Kerviel face aux chefs d’entreprise du réseau CRC, le récit d’une chute et d’un combat

Beaune - Jérôme Kerviel face aux chefs d’entreprise du réseau CRC, le récit d’une chute et d’un combat
Beaune - Jérôme Kerviel face aux chefs d’entreprise du réseau CRC, le récit d’une chute et d’un combat
Beaune - Jérôme Kerviel face aux chefs d’entreprise du réseau CRC, le récit d’une chute et d’un combat
Beaune - Jérôme Kerviel face aux chefs d’entreprise du réseau CRC, le récit d’une chute et d’un combat

Invité du Club Réseau Conférences (CRC) ce mardi au Clos Saint-Jacques à Beaune, Jérôme Kerviel a livré un témoignage poignant sur la gestion d’une crise de réputation extrême. Devant une centaine de dirigeants, l’ancien trader est revenu sur 18 années de combat judiciaire et personnel, de sa chute à sa reconstruction. Un récit brut, humain.

Ce mardi soir, au Clos Saint-Jacques, une centaine de chefs d’entreprise ont assisté à un dîner-conférence organisé par le Club Réseau Conférences (CRC) de la société 1Pulse, fondé par Laurent Riotte et Romain Perrin. Le thème de la soirée, « Quand votre nom fait la Une : gérer une crise de réputation extrême », donnait le ton. En introduction, les organisateurs ont invité le public à écouter sans juger pour « comprendre comment un homme chute, analyse ses choix et en tire des enseignements, une expérience qui peut faire écho en nous, dirigeants ».
Invité principal, Jérôme Kerviel est revenu sur l’affaire qui porte son nom, liée à la Société Générale. En 2008, ses prises de positions spéculatives non autorisées entraînent une perte de 4,9 milliards d’euros, faisant de lui, du jour au lendemain, une figure mondiale des dérives de la finance.
 
Un homme marqué par 18 ans de combat
Dès son arrivée, le contraste est frappant. Loin de l’image du trader triomphant, Jérôme Kerviel surnommé avant « JK, la machine à cash » apparaît vêtu simplement, visage fermé, marqué. « Pas un seul jour, depuis 18 ans, je ne me lève sans penser à cette affaire. » Son récit est précis, presque chirurgical. Dates, faits, émotions : tout est intact. « Je suis passé de trader numéro un à ennemi public numéro un. »
La chute a été brutale.  Il décrit un engrenage rapide, presque imperceptible au départ : « Quand tout le monde vous applaudit, on ne voit pas le gouffre arriver. On flirte avec les lignes, on banalise, on a le sentiment d'être couvert par sa hiérarchie… et du jour au lendemain, tout bascule ».
Le moment clé reste gravé, « le 24 janvier 2008, j’ai été lâché », la crise ne commence pas avec les médias, insiste-t-il, mais « c’est quand je comprends que je n’étais plus maître de ma vie».
 
Un tsunami médiatique et personnel
L’exposition médiatique est brutale : « J’ai tout pris en pleine face. C’était un véritable tsunami ». Au-delà de l’image publique, c’est toute sa vie qui s’effondre : rupture avec le milieu professionnel, isolement social et perte de repères. « Aujourd’hui, il me reste un seul ami de cette époque. »
S’il reconnaît ses erreurs, Jérôme Kerviel refuse d’endosser toute la responsabilité :
« Je sais ce que j’ai fait. Mais je refuse d’être le bouc émissaire et le fusible de cette affaire. Mon travail, c’était de faire gagner de l’argent. Et je le faisais. Dire que personne ne savait… » Engagé dans un combat judiciaire qu’il n’a jamais abandonné, il souhaite obtenir une révision de son procès. Il confie également avoir refusé, il y a quelques mois, un accord financier d'un demi million d’euros qui aurait mis fin à l’affaire : « Je ne voulais pas trahir mes valeurs ». Il affirme vouloir aller jusqu’au bout, avec pour objectif la reconnaissance de ce qu’il considère comme la vérité, ainsi que la réhabilitation de certains témoins qui ont pris des risques en témoignant en sa faveur. « Mon combat, c’est la victoire ou rien. Je veux rester fidèle aux personnes qui ont traversé la tempête avec moi. » Cette épreuve, confie-t-il, l’a profondément transformé et recentré : « Elle m’a permis de revenir à qui je suis, je peux me regarder dans une glace, mes valeurs sont intactes ».
Dans cette épreuve, un élément reste central : son entourage. « Sans ma famille, j’aurais fini dans la rue ». Aujourd’hui père d’une petite fille de 8 ans, il porte un regard différent sur la réussite : « Mon héritage ne sera pas financier. Ce que tu vis aujourd’hui, ce que tu traverses avec moi, c’est ça l’essentiel. Nourris-toi de ça, ce n’est pas de l’argent que tu recevras ».
 
Se reconstruire autrement
Malgré tout, Jérôme Kerviel évoque aujourd’hui une forme de renaissance : « On peut se remettre de tout. Il faut transformer la chute en quelque chose de positif. Le plus important, c’est le délai que l’on met entre la chute et le rebond ».
Désormais loin des salles de marché, il s’est tourné vers de nouveaux horizons : l’écriture, avec la publication d’un livre et des scénarios, ainsi que le cinéma, notamment avec L’Outsider inspiré de son histoire. Un projet de bande dessinée est également en préparation. « Ma vie aujourd’hui est plus belle, humainement, qu’avant. »
Jérôme Kerviel reconnaît évoluer dans une situation financière incertaine, qu’il compare lui-même à un véritable jeu du chat et de la souris avec la justice. Sans plan de remboursement clairement établi, il explique vivre dans l’attente d’éventuelles saisies. Une réalité qui rend son quotidien particulièrement complexe, entre contraintes administratives, pression financière et poursuite de son combat judiciaire.
 
Une leçon pour les dirigeants
Face aux entrepreneurs présents, son message est clair : « La chute fait partie du parcours. La vraie question, c’est : combien de temps met-on à se relever ? Ce n’est pas la fin. C’est une possibilité de se réinventer. Il faut se faire confiance. ». Dans un monde où une crise peut surgir à tout moment – bad buzz, erreur amplifiée, exposition médiatique – son témoignage résonne particulièrement.
Au terme de la soirée, une phrase résume peut-être le mieux son parcours : « Cette affaire m’a forcé à comprendre qui je suis. Je ne confonds plus réussir et exister ».
Un témoignage brut, sans artifice, qui dépasse largement le cadre de la finance pour toucher à l’essentiel : la chute, la responsabilité… et la reconstruction.
 
Et après…
Le cycle de conférences du CRC se poursuivra avec plusieurs personnalités après Denis Brogniart ou Henri Leconte : Matthieu Baumel (21 avril), copilote de rallye, il s’est illustré au plus haut niveau en remportant à plusieurs reprises le prestigieux Dakar, référence mondiale en sport automobile.
Jean-Pierre Raffarin (mai) : figure politique majeure, il a été Premier ministre de 2002 à 2005 et reste un observateur influent des enjeux économiques et internationaux.
Alain Bernard (juin) : ancien nageur de haut niveau, champion olympique et multiple médaillé, reconnu pour son parcours d’excellence et sa reconversion réussie.

Jeannette Monarchi