BEAUNE
Beaune – Le député RN René Lioret, ciblé par une manifestation de la CGT contre la loi sur le 1er mai, se dit « bouc émissaire »
Par Jeannette Monarchi
Publié le 02 Avril 2026 à 11h20
Alors qu’une proposition de loi sur le travail le 1er mai doit être examinée le 10 avril, la CGT organise une mobilisation vendredi entre 12 h et 14 h, devant la permanence du député RN René Lioret à Beaune. Visé par cette action, l’élu dénonce une attaque politique, se dit injustement ciblé et évoque des manœuvres à l’approche des législatives.
Symbole historique des luttes sociales, le 1er mai demeure le dernier verrou juridique et symbolique face à une extension progressive des dérogations au travail des jours fériés. À l’approche de l’examen à l’Assemblée nationale de la proposition de loi visant à autoriser certains salariés à travailler le 1er mai, la tension monte à Beaune. L’union départementale de la CGT de Côte-d’Or a appelé à une manifestation le vendredi 3 avril entre 12 h et 14 h devant la permanence du député René Lioret, élu de la cinquième circonscription pour le Rassemblement national (RN).
Cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement national d’opposition à un texte jugé par le syndicat comme une remise en cause d’un acquis fondamental : le caractère chômé et payé du 1er mai, fête du Travail. Dans un communiqué, la CGT dénonce un projet « porté par le patronat » qui « ne répond à aucune demande réelle », et redoute une extension progressive des dérogations, à l’image du travail dominical.
René Lioret dénonce une “cible politique”
Face à cette initiative, René Lioret se dit surpris et déplore ne pas avoir été contacté en amont par les organisations syndicales « alors même qu’ils affirment avoir contacté l’ensemble des députés de gauche, qui leur auraient indiqué qu’ils ne voteraient pas cette loi. Je suis le seul député à ne pas avoir été approché par la CGT ». L’élu souligne également que, selon le syndicat, le député LR Hubert Brigand aurait été sollicité sans réponse. « Pourtant, il sait très bien ce qu’il va voter, d’autant que la loi est portée par Thibault Bazin, rapporteur pour la Droite républicaine, son groupe politique ».
René Lioret dénonce ainsi un ciblage qu’il juge délibéré : « J’ai le sentiment d’être directement visé. Pour moi, il y a des manœuvres politiques derrière cette mobilisation ». Le député rappelle par ailleurs que cette proposition de loi ne relève pas de l’initiative du Rassemblement National, et qu’elle a été adoptée largement au Sénat. « Ce texte a été porté par deux sénateurs UDI, Annick Billon et Hervé Marseille, et voté à près de 67 %, avec 228 voix pour sur 341 votants. Tous les sénateurs de Côte-d’Or l’ont soutenu, ce qui montre qu’il ne s’agit pas d’une mauvaise loi. »
Dans ce contexte, il s’interroge sur les raisons pour lesquelles la contestation ne cible pas d’autres responsables politiques évoquant un possible enjeu politique à un an des élections législatives : « Je m’étonne que la CGT ne s’en prenne pas aux sénateurs qui ont voté ce texte, ni à certains élus locaux, comme Geoffrey Brunel, membre du groupe Renaissance à la municipalité de Beaune, on pourrait également leur demander des comptes ! ».
Il évoque même « de grosses manœuvres » politiques : « c’est une fausse barbe de la CGT pour me cibler directement. Y a-t-il des groupes à la manœuvre ? J’ai ma petite idée. Je suis devenu un bouc émissaire, alors que cette loi est soutenue par une large majorité, sauf la gauche ».
S’il critique une mobilisation qu’il juge médiatique, il se dit néanmoins ouvert au dialogue : « Si c’est pour faire du bruit, cela ne m’intéresse pas. En revanche, s’il s’agit d’échanger, je suis prêt à recevoir et à discuter ». Selon lui, cette volonté de dialogue n’est pas partagée à tous les niveaux du syndicat.
Un texte pour clarifier une situation juridique floue
Au cœur du débat, la proposition de loi vise à adapter le droit du travail à certaines réalités économiques. Aujourd’hui, le 1er mai est le seul jour férié obligatoirement chômé pour tous les salariés, sauf exceptions strictes.
Or, dans les faits, certaines professions — notamment les boulangers ou les fleuristes — ont longtemps travaillé ce jour-là, parfois avec l’accord des conventions collectives. En 2024, plusieurs boulangers ont été sanctionnés avant d’être relaxés, révélant un flou juridique.
Le texte entend donc élargir les dérogations à certains secteurs (métiers de bouche (boulangerie, alimentation), fleuristes (tradition du muguet), activités culturelles) et encadrer strictement le recours au travail (volontariat obligatoire avec accord écrit, maintien d’une rémunération majorée et protection contre toute sanction en cas de refus).
Il ne s’agit donc pas, selon ses défenseurs, d’imposer le travail le 1er mai, mais d’offrir une possibilité encadrée.
Des positions politiques contrastées
À l’Assemblée nationale, la proposition de loi est portée par le rapporteur Thibault Bazin (Droite Républicaine) et devrait être examinée en séance publique le 10 avril 2026.
Le texte bénéficie d’un soutien large : absence d’amendements de la majorité, de la droite républicaine et du RN ; opposition concentrée à gauche, avec 134 amendements déposés principalement par les groupes écologistes et de la gauche démocrate et républicaine.
La CGT affirme avoir obtenu l’engagement des députés de gauche de voter contre. Elle considère que cette loi constitue une brèche dans le droit du travail.
Un débat sur le pouvoir d’achat et la liberté de travailler
René Lioret défend pour sa part une approche pragmatique, axée sur la liberté individuelle et le pouvoir d’achat : « Cette loi permettra de lever un flou et de s’adapter à la réalité du terrain, notamment pour les métiers de bouche, les fleuristes ou encore certaines activités culturelles. Il faut mettre les choses noir sur blanc. On ne parle pas d’obligation, mais sur la base du volontariat, il faut laisser les travailleurs libres de leur choix ». Selon lui, permettre de travailler ce jour férié pourrait représenter une opportunité financière pour certains salariés, dans un contexte économique difficile.
Enfin, le député critique fermement la position de la CGT et de la gauche. « Je ne comprends pas cette posture jusqu’au-boutiste. La CGT cherche à exister à travers ses manifestations ».
Il insiste également sur la cohérence de son groupe politique : « Nous voterons ce texte comme d’autres groupes, lorsque nous estimons qu’il est justifié. Nous avons su nous opposer à certaines réformes, comme celle des retraites. Le social n’est pas l’apanage de la gauche ».
Et de conclure : « Ce sectarisme se retrouve dans certaines organisations syndicales, qui ne prennent même pas le temps de confronter les points de vue et s’en prennent systématiquement au Rassemblement national ».
Vers un vote sans surprise ?
Malgré la mobilisation syndicale et les tensions locales, l’issue du vote semble peu incertaine. La proposition de loi, déjà adoptée au Sénat et soutenue par une majorité de groupes parlementaires, devrait être validée à l’Assemblée nationale.
Reste que, au-delà du vote, ce texte cristallise un débat plus large sur l’évolution du droit du travail, la place des jours fériés et les équilibres entre protection des salariés et réalités économiques. À Beaune, il révèle aussi des fractures politiques et sociales bien ancrées.
Jeannette Monarchi
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