BEAUNE
Beaune - A l'école des Blanches Fleurs, la mobilisation ne faiblit pas face à la fermeture d’une classe
Par Jeannette Monarcho
Publié le 08 Avril 2026 à 19h07
Menacée par la suppression d’un poste à la rentrée 2026, l’école primaire des Blanches Fleurs pointe une décision jugée déconnectée des réalités du terrain et appelle à préserver les moyens d’un établissement déjà fragilisé. Dans un communiqué de presse, parents et enseignants alertent sur une décision « incompréhensible » et demandent à l’État de revoir sa copie.
Tout commence fin mars lorsque le CSASD21 (Comité social d’administration spécial départemental de Côte-d’Or) envisage la suppression d’un poste d’enseignant à l’école primaire des Blanches Fleurs. Une décision synonyme de fermeture de classe pour la rentrée prochaine. Immédiatement, la mobilisation s’organise. Le lundi 30 mars, parents d’élèves et enseignants se rassemblent devant le rectorat de l’académie à Dijon et devant l’école, impasse des Chilènes à Beaune. Objectif : alerter sur les conséquences d’une telle décision dans un établissement déjà sous tension.
Une délégation reçue ce mardi 7 avril à Dijon
Dans la continuité de cette mobilisation, une délégation de parents a obetnu un rendez-vous avec les services de l’Éducation nationale.
Le mardi 7 avril à 16 h, elle est reçue à la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale à Dijon par Dominique Matet, adjoint au directeur académique chargé du 1er degré, et Hélène Pipon, cheffe de division des unités d’enseignement
Une rencontre jugée importante, mais qui n’a pas totalement rassuré. « Ils ont reconnu nos inquiétudes, mais leur marge de manœuvre est limitée », résument les représentants de parents.
Des effectifs en hausse, une fermeture jugée incohérente
L’un des principaux arguments avancés concerne les effectifs. 137 élèves sont attendus à la rentrée 2026, contre 129 actuellement dont 31 élèves en CP, nécessitant une répartition sur deux classes, une stabilité des effectifs depuis 2022, après une baisse antérieure. Contrairement à d’autres écoles, aucune diminution n’est prévue. « Le nombre de 137 élèves n’est pas surestimé, c’est le chiffre réel au 31 mars 2026. »
Une fermeture de classe conduirait à des classes plus chargées, une multiplication des doubles niveaux et une dégradation des conditions d’apprentissage.
Un public scolaire particulièrement fragile
L’école des Blanches Fleurs présente des caractéristiques sociales et éducatives très spécifiques : 50 % des élèves (65 sur 129) suivis par le RASED, 54 enfants nécessitant un suivi extérieur (CMP, CMPP, orthophonie…), 16 élèves en situation de handicap (12 %), 14 familles suivies socialement, 7 familles confrontées à des problématiques judiciaires et 12 élèves ayant déjà redoublé, 7 supplémentaires à risque.
À cela s’ajoute un indice de position sociale (IPS) de 88,2, nettement inférieur à la moyenne. « Le climat scolaire est extrêmement fragile. » Depuis 2024, 7 enfants ont été placés en foyer ou famille d’accueil à la suite d’informations préoccupantes.
Une école sans moyens renforcés : “une école orpheline”
Malgré ce contexte, l’établissement ne bénéficie pas de classement en REP ou REP+.
Une situation dénoncée par les parents : découpage scolaire défavorable, absence de politique de quartier prioritaire depuis 2015 et impossibilité de rattachement cohérent avec le collège de secteur Un paradoxe pointé avec insistance alors que les besoins sont comparables à ceux d’établissements prioritaires, les moyens ne suivent pas.
Des conditions de travail déjà très dégradées
Les enseignants alertent sur une situation déjà critique : direction avec seulement 1,33 jour de décharge hebdomadaire, suivi administratif et social réalisé sur le temps personnel et fin du dispositif « Plus de maîtres que de classes » en 2021.
Une nouvelle suppression de poste accentuerait la pression : « Les conditions d’exercice sont devenues très difficiles ». Les doubles niveaux envisagés risquent d’accentuer les inégalités : « Certains élèves n’auront pas la capacité de trouver en eux les ressources nécessaires et seront laissés pour compte ».
La question clé de la scolarisation précoce
Autre point soulevé : l’absence d’accueil des enfants de moins de 3 ans (TPS). Faute de dispositif, ces élèves ne sont pas comptabilisés, alors même que la scolarisation précoce est reconnue comme essentielle, elle est particulièrement recommandée en milieu défavorisé. Face à la menace, les parents ont lancé une pétition : 557 signatures électroniques vérifiées à ce jour
Un calendrier décisif dans les semaines à venir
Plusieurs échéances clés sont désormais attendues :
Jeudi 9 avril : rencontre entre le maire de Beaune, Pierre Bolze, et le DASEN Jérôme Jardry
Lundi 20 avril : réunion du CDEN (Conseil départemental de l’Éducation nationale)
Juin 2026 : décision finale sur les ouvertures/fermetures de classes
Des ajustements restent possibles jusqu’à l’été.
“Ne pas sacrifier nos enfants” : un appel solennel
Au-delà des chiffres, le communiqué prend une tonalité plus politique et sociétale. « Notre école est-elle vouée à mourir à petit feu ? » ou encore « Nous implorons l’État de ne pas sacrifier nos enfants ».
Les parents rappellent le rôle fondamental de l’école publique : ascenseur social, garant de la mixité et pilier de la cohésion républicaine
Derrière ce dossier local, c’est toute la question de l’égalité des chances qui se pose.
Dans un contexte départemental marqué par la fermeture de 33 postes et la perte de 1000 élèves, les arbitrages deviennent particulièrement sensibles.
Mais pour les familles des Blanches Fleurs, une chose est claire : « Maintenir les moyens, c’est garantir l’avenir de nos enfants ».
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