BEAUNE

Beaune - La nouvelle exposition « Déconstruire l’image », à la galerie Ars Essentia, explore vingt ans de révolutions picturales

Beaune -  La nouvelle exposition « Déconstruire l’image », à la galerie Ars Essentia, explore vingt ans de révolutions picturales
Beaune -  La nouvelle exposition « Déconstruire l’image », à la galerie Ars Essentia, explore vingt ans de révolutions picturales
Beaune -  La nouvelle exposition « Déconstruire l’image », à la galerie Ars Essentia, explore vingt ans de révolutions picturales
Beaune -  La nouvelle exposition « Déconstruire l’image », à la galerie Ars Essentia, explore vingt ans de révolutions picturales
Photo 2 : Optical orange, 1967 de Romano Zanotti, photo 3 : Le petit frère, Frédéric Brandon

Jeudi soir, la galerie Ars Essentia, place Félix-Ziem à Beaune, a inauguré sa nouvelle exposition intitulée « Déconstruire l’image ». À travers les œuvres de César, Georges Romathier, Romano Zanotti, Frederic Brandon et Daniel Riberzani, ce parcours artistique invite le public à découvrir comment la peinture française a profondément questionné et transformé la notion même d’image entre les années 1960 et 1980.

Dans l'atmosphère intimiste de la galerie Ars Essentia, amateurs d'art, collectionneurs et curieux se sont retrouvés jeudi soir pour le vernissage d'une exposition qui propose bien davantage qu'une simple présentation d'œuvres. Avec « Déconstruire l'image. Geste, abstraction et figuration dans la peinture française de 1960 à 1980 », le commissaire de l'exposition, Cédric Le Borgne, diplômé de l'École du Louvre et fondateur de la galerie, invite le visiteur à traverser l'une des périodes les plus fécondes et les plus audacieuses de l'art contemporain français.
Durant deux décennies marquées par de profondes mutations sociales, politiques et culturelles, les artistes ont remis en question les fondements mêmes de la représentation. L'image n'est plus seulement un objet à contempler : elle devient un terrain d'expérimentation, un espace de doute, de tension et de renouvellement permanent.

Quand l'image cesse d'être une évidence
L'exposition s'organise autour d'une interrogation centrale : que devient l'image lorsqu'elle est déconstruite ? À travers cinq artistes aux démarches très différentes, le parcours montre comment la peinture française a progressivement abandonné l'idée d'une représentation stable pour explorer de nouvelles relations entre matière, perception, mouvement et récit.
Chaque salle révèle une manière singulière d'interroger l'image. Certaines œuvres la détruisent pour mieux la faire renaître. D'autres la dissolvent dans la matière ou la rendent mouvante au gré du regard du spectateur. D'autres encore l'utilisent comme un outil critique pour questionner la société.
Cette diversité des approches constitue la richesse de l'exposition, qui permet de comprendre comment plusieurs courants artistiques se sont croisés et parfois opposés tout en participant à une même réflexion sur le regard.

César ou le geste qui arrache
Le parcours débute avec l'une des figures majeures du Nouveau Réalisme : César. Mondialement connu pour ses compressions et ses expansions, l'artiste développe à partir des années 1960 ses célèbres arrachages. Ces œuvres, réalisées à partir d'affiches ou de matériaux préexistants, reposent sur un geste paradoxal mêlant destruction et création. En arrachant la surface, César révèle des couches cachées et transforme le réel en matière artistique. L'image n'est plus donnée ; elle est extraite, révélée par une intervention physique qui remet en cause sa stabilité.
Cette entrée en matière donne immédiatement le ton de l'exposition : ici, l'image n'est jamais figée.

Georges Romathier, la profondeur du visible
Avec Georges Romathier, le regard quitte le geste spectaculaire pour pénétrer dans des univers plus silencieux. Formé aux Beaux-Arts de Paris, l'artiste développe une œuvre profondément attachée à la matière picturale. Ses compositions stratifiées semblent faire émerger les formes depuis les profondeurs de la toile. Inspiré notamment par l'observation des mousses et des lichens, Romathier construit des espaces où l'image apparaît puis s'efface, comme suspendue entre présence et disparition.
Son travail invite à une contemplation lente et interroge la mémoire des formes autant que leur permanence.

Romano Zanotti et l'image en mouvement
Le parcours prend ensuite une dimension plus dynamique avec les œuvres de Romano Zanotti. Figure du mouvement cinétique et membre du groupe COMO aux côtés notamment d'Aurélie Nemours et Michel Seuphor, l'artiste fait de la perception le véritable sujet de son travail. Les œuvres changent selon la position du spectateur. Elles vibrent, se déplacent, se recomposent. L'image devient alors un phénomène instable qui dépend du regard de chacun.
Cette approche rappelle combien les artistes des années 1960 ont cherché à rendre le public acteur de l'œuvre, transformant l'observation en expérience.

Brandon et Riberzani, le retour du récit
La dernière partie de l'exposition réintroduit la figure humaine et le récit avec Frederic Brandon et Daniel Riberzani. Tous deux appartiennent à une génération qui, dans les années 1970 et 1980, choisit de revenir à une forme de figuration sans pour autant renoncer à l'esprit critique hérité des décennies précédentes. Leurs œuvres interrogent les représentations sociales, les comportements collectifs, les tensions du quotidien et les contradictions de la société contemporaine.
Chez Brandon, la peinture devient un outil d'analyse du monde. Chez Riberzani, elle se nourrit également d'observation, de narration et parfois d'une certaine satire sociale.
Leur présence dans l'exposition rappelle que la crise de la représentation n'est pas seulement esthétique : elle touche aussi la manière dont une société se regarde elle-même.

Une exposition qui dialogue avec son époque
En réunissant ces cinq artistes, Ars Essentia propose une lecture transversale de vingt années d'histoire de l'art français. Au-delà des différences de styles et de générations, tous partagent une même volonté : remettre en question les certitudes du regard et ouvrir de nouveaux champs d'exploration pour la peinture. Le visiteur découvre ainsi une succession de gestes artistiques qui arrachent, enfouissent, déplacent, déstabilisent ou reconstruisent l'image.
Une réflexion toujours actuelle à l'heure où les images n'ont jamais été aussi nombreuses, aussi instantanées et aussi mouvantes.

Pratique
« Déconstruire l'image. Geste, abstraction et figuration dans la peinture française de 1960 à 1980 »
Galerie Ars Essentia
9 place Félix-Ziem à Beaune
Exposition visible jusqu'au 31 juillet 2026.
Photos @galerie Ars Essentia