CÔTE D'OR
Aux sources de Sequana, un nouveau programme de recherche archéologique au sanctuaire antique de Source-Seine
Publié le 10 Juin 2026 à 07h18
La Seine, fleuve emblématique de Paris, trouve son origine au cœur de la Bourgogne, dans la commune de Source-Seine. À la période romaine, c’est ici qu’un sanctuaire dédié à Sequana donnera son nom au fleuve. Mais, malgré de nombreuses recherches depuis le XIXe siècle, ce haut lieu de l’archéologie bourguignonne est étonnamment peu connu. Près de 60 ans après les dernières investigations sur le site, l’Inrap lance une nouvelle campagne de fouille dans le cadre d’un projet de recherche programmée pluriannuel (2026-2029) intitulé « Aux Sources de Sequana, étude du sanctuaire antique de Source-Seine (Côte-d’Or) ». Ce programme bénéficie du soutien de la Ville de Paris, d’une aide de l’État, du contrôle scientifique de la Direction régionale des affaires culturelles Bourgogne-Franche-Comté et du mécénat de PROMOGIM.

Vue générale du vallon des sources de la Seine © Christophe Fouquin, Inrap
Un parc haussmannien au cœur de la Bourgogne
En arrivant aux sources de la Seine, le visiteur peut être surpris par ce parc de 1,7 hectare doté d’un mobilier urbain typique des squares parisiens. De fait, suite aux fouilles de 1836-1842, qui établissent la présence d’un sanctuaire guérisseur dédié à Sequana, le préfet Haussmann fait acheter les terrains par la Ville de Paris (1864) afin d’établir un lien entre les sources du fleuve et la capitale. Commence alors l’aménagement d’un parc avec allées, bosquets, retenue d’eau… Le parc inauguré en 1867 a pour point d’orgue une grotte en rocaille artificialisant la source principale mettant en scène une statue de la nymphe de la Seine, désormais point de départ officiel du fleuve. Curieusement, le site archéologique n’intègre pas le projet final. À l'époque, les aménagements sont accueillis avec prudence, certains dénonçant la dénaturation de ce vallon « grave et mélancolique », d’autres le goût trop classique des rocailles. Mais globalement, la critique salue la volonté parisienne de cette appropriation des lieux.
Un sanctuaire guérisseur antique emblématique
Très souvent liés à une source d’eau, les sanctuaires guérisseurs antiques consacrent le lieu de résidence d’une ou plusieurs divinités aux pouvoirs guérisseurs. Aux sources de la Seine, les fidèles s'adressaient à Sequana afin qu'elle leur accorde la guérison ou la prospérité. Une fois le vœu accompli, l'ex-voto était déposé en signe de reconnaissance. Près de 1000 de ces offrandes sculptées en bronze, en pierre ou encore en bois, représentant des personnages, des parties du corps (dont des organes internes) et des animaux, ont été mises au jour sur le site lors des différentes fouilles. Le bois des ex-voto permet d'ailleurs de dater la première fréquentation du site au début du Ier siècle de notre ère. Cette collection de référence pour la période gallo-romaine est aujourd'hui conservée au Musée archéologique de Dijon.
Un site ancien passé au crible de l’archéologie contemporaine
Le sanctuaire des sources de la Seine est une référence nationale pour les lieux de culte antiques thérapeutiques. Mais sa connaissance est désormais caduque par comparaison avec d’autres sanctuaires récemment fouillés. Un potentiel archéologique conséquent reste donc encore à explorer aux sources de la Seine.
Pour répondre aux différents questionnements scientifiques et face aux enjeux de préservation d’un site archéologique menacé par l’érosion, l’Inrap entame un projet de recherche programmée pluriannuel (2026-2029) aux sources de la Seine. Il débute par une phase d’évaluation des potentiels archéologiques combinant étude des archives et des vestiges anciens et nouvelles investigations de terrain. Les prospections géophysiques notamment visent à préciser l’étendue du sanctuaire et la nature des structures enfouies. Des opérations de dégagement du site permettront également de mieux comprendre les explorations passées et d’identifier les vestiges encore présents. Enfin, une attention particulière sera portée à l’évolution du paysage et à son rôle dans le développement du site.

Redécouverte d'un bassin du sanctuaire antique fouillé par Henry Corot dans les années
1930 © Christophe Fouquin, Inrap
Les premiers résultats de la campagne 2026
Les vestiges antiques du sanctuaire, laissés à l’abandon depuis les fouilles d’Henry Corot (1926-1939) et de Roland Martin (1948-1953), ont été dégagés. Marches d’escalier, seuils de porte, tronçons de murs et canalisations revoient le jour et peuvent être topographiés grâce à des outils numériques modernes. Ces bâtis sont désormais des supports au géoréférencement précis des plans archéologiques ainsi qu’aux recherches de terrain à venir. Mais cette exploration 2026 montre surtout les atteintes du temps sur les vestiges archéologiques : la canalisation dite de la « source sacrée », à l’origine longue de près de 15 m, a en grande partie disparu sous l’effet du gel et de l’érosion, tout comme son bassin associé. Le second bassin, dit « ellipsoïdal », est certainement celui le plus affecté par les dégradations du temps, ressemblant aujourd’hui à un amoncellement de pierres non maçonnées. Découvert en 1934, ce bassin d’environ 7 m par 4 m a été étudié et photographié à de nombreuses reprises. Servant de réceptacle principal à une des sources, il a visiblement fait l’objet de plusieurs reconstructions. Son état de conservation remarquable et la diversité du mobilier mis au jour dans son espace et aux alentours en font un élément incontournable du sanctuaire tel qu’il est connu à ce jour. Les fouilles doivent désormais permettre de savoir dans quel contexte il est installé et si de nouvelles informations inédites restent encore à découvrir. Les sondages pratiqués en 2026 donnent en effet de l’espoir aux futures campagnes de fouille. Sous les déblais de terre des fouilles anciennes, l’apparition de quelques sols, remblais et autres niveaux archéologiques permet d’entrevoir tout le potentiel de recherche encore présent sur le sanctuaire des sources de la Seine.
Un site archéologique à (re)découvrir à l’occasion des Journées européennes de l’archéologie (JEA)
Le site archéologique ouvrira exceptionnellement ses portes au public le dimanche 14 juin de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h. Tout au long de la journée, l’équipe de fouille composée d’archéologues Inrap et d’étudiants de l’université de Bourgogne - Europe proposera des visites guidées (gratuites, sur réservation). Petits et grands pourront également participer à deux animations ludiques pour explorer l’histoire du site et découvrir les nombreux ex-voto découverts entre les années 1930 et 1960. Un évènement à prolonger par une visite au Musée archéologique de Dijon dépositaire des collections des fouilles anciennes.
L’Inrap
L’Institut national de recherches archéologiques préventives est un établissement public placé sous la tutelle des ministères en charge de la Culture et de la Recherche. Il assure la détection et l’étude du patrimoine archéologique en amont des travaux d’aménagement du territoire et réalise chaque année quelque 2 000 diagnostics archéologiques et plus de 200 fouilles pour le compte des aménageurs privés et publics, en France métropolitaine et outre-mer. Ses missions s’étendent à l’analyse et à l’interprétation scientifiques des données de fouille ainsi qu’à la diffusion de la connaissance archéologique.
Avec près de 2 400 agents, répartis dans 8 directions régionales et interrégionales, 45 centres de recherche et bases opérationnelles et un siège à Paris, il est le plus grand opérateur de recherche archéologique européen.
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