BOURGOGNE
Incendies - La Bourgogne n’est plus à l’abri, Jérôme Durain défend une stratégie d’anticipation
Par Jeannette Monarchi
Publié le 24 Juillet 2026 à 15h03
Saint-Romain, Montceau-et-Écharnant, Nuits-Saint-Georges… Ces dernières semaines, plusieurs incendies ont ravagé près de 70 hectares en Côte-d’Or. À l’occasion d’un déplacement sur la partie "risque sévère" d'incendie en zone Natura 2000, Jérôme Durain a appelé à renforcer la prévention et à préparer les territoires à des épisodes qui risquent de se multiplier.
Les traces des incendies sont encore bien visibles dans les paysages de l’arrière-côte de Beaune. Sur les coteaux et les massifs forestiers touchés ces dernières semaines, les arbres noircis et les parcelles calcinées témoignent de la violence des flammes qui ont parcouru près de 70 hectares de végétation sur le secteur. C’est dans ce contexte que Jérôme Durain, président de la Région Bourgogne–Franche-Comté, a souhaité se rendre sur le terrain ce vendredi en raison des compétences régionales en matière de politique forestière, de biodiversité, d’aménagement du territoire et de gestion des sites Natura 2000. Cette visite concernait notamment l’arrière-côte de Dijon et de Beaune, qui constitue la plus vaste zone Natura 2000 de Bourgogne-Franche-Comté avec près de 65 000 hectares.
Accompagné d’élus régionaux, de représentants de l’Office national des forêts (ONF) et des représentants des communes sinistrées*, il a souhaité constater directement les dégâts occasionnés par les incendies et échanger avec les différents acteurs concernés.

Des incendies d’une ampleur inédite
Parmi les épisodes les plus marquants figure celui de Nuits-Saint-Georges où plus de 40 hectares sont partis en fumée. À Saint-Romain, les flammes ont parcouru plus de 20 hectares à proximité immédiate de la ferme d’Auvenay, tandis qu’à Montceau-et-Écharnant, plusieurs hectares supplémentaires ont été touchés.
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Si aucune victime n’est à déplorer, ces incendies ont nécessité d’importants moyens humains et matériels. Pompiers, forestiers, élus locaux et services de l’État se sont mobilisés durant plusieurs jours pour contenir les flammes et protéger les habitations ainsi que les espaces naturels environnants. Au-delà de la solidarité exprimée envers les communes concernées, Jérôme Durain a rappelé que ces événements illustrent une évolution profonde du climat et des risques naturels auxquels la Bourgogne-Franche-Comté doit désormais se préparer. « Notre région n’est malheureusement plus épargnée et nous devons agir collectivement pour être plus résilients face aux flammes. »
Une région confrontée à une nouvelle réalité
Longtemps considérée comme relativement préservée, la Bourgogne-Franche-Comté doit désormais faire face à des épisodes comparables à ceux observés dans des régions traditionnellement plus exposées situées sur le pourtour méditerranéen. Les chiffres présentés lors du déplacement témoignent de cette évolution. Entre le 13 juin et le 19 juillet, 241 feux de forêt et de végétation ont été recensés dans la région. Au total, 227 communes ont été concernées, plus de 2 167 hectares ont brûlé et 5 581 sapeurs-pompiers ont été mobilisés. Des données qui confirment la pression croissante exercée sur les services de secours et sur les gestionnaires forestiers.

Des forêts fragilisées par le changement climatique
Pour les responsables de l’Office national des forêts (ONF), les incendies ne constituent qu’une partie du problème. Les effets du changement climatique se font désormais sentir tout au long de l’année. Hausse des températures, sécheresses répétées, déficit hydrique et épisodes caniculaires fragilisent progressivement les massifs forestiers. Certaines essences montrent déjà des signes de souffrance inhabituels en plein été. « Cette année, la saison a démarré très tôt. Dès le mois de mai, on était déjà dans le dur », a expliqué Sylvain Ducroux, directeur de l’agence Bourgogne Est de l’ONF.
Les forestiers observent également une baisse de la croissance des arbres et une diminution de la production de bois. Certaines essences emblématiques de la région, comme le hêtre, apparaissent particulièrement vulnérables face à la succession des épisodes de sécheresse. « On commence déjà à voir des teintes d’automne sur certains chênes ou charmes en plein mois de juillet », a ajouté Sylvain Ducroux.
Les dégâts causés par les flammes nécessiteront plusieurs années avant une éventuelle reconstitution naturelle des milieux concernés. Dans certains secteurs, des suivis écologiques seront réalisés afin d’évaluer les conséquences de ces incendies sur les habitats et les espèces.
Pour les élus présents lors de cette visite, ces événements constituent un signal d’alerte supplémentaire. Ils confirment que la prévention, l’entretien des espaces naturels et l’adaptation des forêts au changement climatique deviennent des enjeux majeurs pour l’avenir de la Bourgogne-Franche-Comté.
Prévenir avant de devoir lutter
Face à cette situation, les acteurs de la forêt plaident pour une adaptation rapide des pratiques et une montée en puissance des actions de prévention. L’ONF a renforcé cet été ses dispositifs de surveillance avec des patrouilles quotidiennes chargées de détecter rapidement les départs de feu mais aussi de sensibiliser le public aux comportements à risque. Cigarettes jetées au sol, feux mal maîtrisés ou imprudences diverses restent à l’origine d’une grande partie des incendies. « Plus un incendie est détecté tôt, moins les moyens nécessaires sont importants. Au départ, il faut un verre d’eau ; plus tard, il faut une citerne ou des avions » a résumé Sylvain Ducroux.
Plusieurs pistes sont étudiées pour améliorer la résilience des massifs : diversification des essences, entretien des parcelles, amélioration des accès pour les secours ou encore création de réserves d’eau destinées à faciliter les interventions.

Les actions de la Région
Face à cette évolution, la Région entend poursuivre plusieurs actions déjà engagées. Jérôme Durain a notamment mis en avant le dispositif des « îlots d’avenir », qui permet d’accompagner les propriétaires et gestionnaires forestiers dans la diversification des essences afin de rendre les forêts plus résistantes aux sécheresses et aux maladies. La collectivité soutient également l’amélioration de l’accessibilité des massifs forestiers pour les services de secours. L’objectif n’est pas de créer de nouvelles routes, mais de garantir aux pompiers des accès sécurisés et des possibilités de manœuvre en cas d’intervention.
Enfin, la Région participe à plusieurs instances stratégiques, notamment le Comité régional de l’eau, le Comité régional forêt-bois et la COP régionale, afin d’intégrer pleinement les enjeux liés aux incendies, à la ressource en eau et à l’adaptation au changement climatique dans les politiques publiques futures. « Il ne faudra pas oublier ce qui s’est passé lorsque reviendront les pluies et les brouillards de l’automne. Ce risque va se reproduire et doit désormais être intégré dans nos priorités collectives » a insisté le président de Région.

L’eau, un enjeu majeur pour les communes rurales
À Saint-Romain, Frédéric Vard, premier adjoint au maire, a attiré l’attention sur une autre problématique révélée par les incendies : celle de l’approvisionnement en eau. Lors du feu ayant touché le secteur, les réserves locales se sont rapidement révélées insuffisantes, obligeant les secours à acheminer de l’eau depuis plusieurs kilomètres. L’élu estime désormais indispensable de réfléchir à la création de nouvelles retenues ou réserves destinées à la défense incendie, dans un contexte où les épisodes de sécheresse deviennent plus fréquents.
Sensibiliser les habitants face à un risque durable
Présent lors du déplacement, Pierre Bolze, maire de Beaune et président de la Communauté d’agglomération Beaune Côte & Sud, a insisté sur la nécessité d'une mobilisation collective. Pour l’élu, la réponse ne pourra pas reposer uniquement sur les moyens de secours. Elle passe aussi par la sensibilisation des habitants aux comportements à risque, l’adaptation des habitations situées à proximité des espaces naturels, le débroussaillage, la gestion des forêts et le développement de nouvelles réserves d’eau. « Se préparer au risque feu de forêt n’est pas inné. Cela nécessite des réflexes, des comportements et une véritable culture du risque » a-t-il rappelé.
Un message partagé par Jérôme Durain, qui a réaffirmé l’engagement de la Région aux côtés des collectivités, des forestiers et des services de secours pour accompagner l’adaptation des territoires .
Car si les incendies de cet été ont pu être maîtrisés grâce à une mobilisation rapide des secours, tous les acteurs présents s’accordent sur un point : la Bourgogne-Franche-Comté doit désormais apprendre à vivre avec un risque qui n’était jusqu’ici qu’exceptionnel.
Jeannette Monarchi
*Etaient présents aux côtés de Jérôme Durain, président de la Région Bourgogne–Franche-Comté : Pierre Bolze, maire de Beaune et président de la Communauté d’agglomération Beaune Côte & Sud ; Stéphanie Modde, vice-présidente de la Région en charge de la transition écologique, du climat, de la biodiversité, de l’eau et de l’économie circulaire ; Sylvain Ducroux, directeur de l’agence Bourgogne Est de l’Office national des forêts (ONF) ; Frédéric Vard, premier adjoint au maire de Saint-Romain ; Stéphane Woynaroski, conseiller régional délégué à la biodiversité et à l’eau, président de l’Agence régionale de la biodiversité et vice-président du Parc national de forêts ; Sylvain Mathieu, conseiller régional délégué aux forêts, au bois et à la montagne, président du Parc naturel régional du Morvan ; Fabrice Voillot, conseiller régional délégué à l’alimentation de proximité ; Claire Mallard, conseillère régionale du groupe Écologistes et Solidaires ; Yves Gadrey, responsable territorial de l’ONF ; Marine Poulet, première adjointe au maire de Montceau-et-Écharnant.
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