BEAUNE
Sous-préfecture - Benoît Byrski quitte Beaune : « Je garderai de ce territoire sa convivialité, sa franchise et sa solidarité »
Par Jeannette Monarchi
Publié le 26 Août 2026 à 10h07
Il quittera Beaune le 1er septembre pour rejoindre le ministère de l’Intérieur, mais Benoît Byrski assure qu’il emportera avec lui bien plus qu'un bilan administratif. Après trois années au contact des élus, des entreprises, des agriculteurs, des viticulteurs et des habitants, le sous-préfet revient sur les dossiers qui l’ont marqué et sur ce qu’il retient humainement de son passage en Bourgogne.
Après trois années à la tête de la sous-préfecture de Beaune, Benoît Byrski quittera ses fonctions le 1er septembre prochain pour rejoindre la Direction générale des collectivités locales (DGCL) du ministère de l’Intérieur. Il sera remplacé par David Roche, jusqu’alors sous-préfet de Charolles. Avant son départ, il revient sur les dossiers qui ont marqué son passage, les enjeux du territoire et ce qu’il en retiendra personnellement.
Vous rejoignez la Direction générale des collectivités locales au ministère de l’Intérieur. Quelles seront vos missions ?
Je rejoins le bureau des services publics locaux, qui suit tout ce qui concerne notamment l’eau et l’assainissement. Tous les projets de loi et propositions de loi sur ces sujets sont suivis par ce bureau. C’est un poste de transition entre deux postes de sous-préfet ou de préfet. Avec la réforme du corps des sous-préfets, nous avons tous été fusionnés dans le même corps des administrateurs de l’État. Statutairement, nous devons maintenant effectuer un passage au ministère. C’est intéressant parce que cela permet de faire un peu de territorial et un peu de ministère.
Votre expérience de terrain à Beaune pourra-t-elle vous être utile ?
Oui, c’est ce que j’espère apporter : cette pratique du terrain, puis la réalité des choses. Ce sera une contribution modeste, mais cela permettra, sur certains projets de loi, de pouvoir dire : « Non, concrètement, sur le terrain, ça ne marche pas comme ça ». C’est finalement assez simple : cette réforme oblige à faire des allers-retours entre le ministère et le terrain.

Après trois années à Beaune, quel bilan faites-vous de votre passage ?
Je n’ai pas la prétention de faire mon bilan. C’est le bilan d’une équipe, celle de la sous-préfecture, et puis des services de l’État. Un sous-préfet n’est rien tout seul. Il s’appuie sur sa petite équipe ici, mais aussi sur toute la direction interministérielle.
Sur la sécurité, il y a eu toute la période du renouvellement de la lutte contre les stupéfiants et des opérations « place nette ». On a vu des points de deal visibles disparaître. Évidemment, le trafic est loin d’être terminé et il continue sous d’autres formes. Mais il y a un message clair envoyé aux dealers : ils ne pourront plus procéder de la même manière et aussi facilement.
J’ai aussi essayé de faire comprendre aux territoires ruraux qu’ils pouvaient avoir tendance à se croire épargnés par le phénomène, alors que c’est loin d’être le cas. Il existe même un risque fort que les territoires ruraux deviennent les bases arrière du trafic.
Nous avons la chance ici d’avoir une gendarmerie très proche, qui travaille en proximité avec les élus. Plusieurs opérations ont été réalisées, notamment le démantèlement d’un point de trafic à Nuits-Saint-Georges grâce au renseignement transmis par le maire.
Plus généralement, cette proximité entre les élus, les maires et la gendarmerie permet de faire en sorte que cet arrondissement reste un lieu sûr. Nous n’avons quand même pas de gros enjeux de sécurité. Les gens se sentent en sûreté et c’est un vrai atout pour nos territoires. Je pense que, de plus en plus, les gens vont rechercher cette sécurité.
Vous avez également travaillé sur une approche plus globale de la sécurité ?
Oui. L’enjeu était de maintenir cette sécurité et, pour l’instant, on y arrive. À Beaune, le nouveau maire a lancé son Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance. C’est peut-être symbolique, mais c’est aussi la bonne méthode : on se met tous autour de la table avec le parquet, les chefs d’établissement scolaire, l’inspection académique… Cela permet de se coordonner, de se parler et d’avoir une vision globale, pas seulement sécuritaire mais aussi sociale, de la question de la sécurité
La sécurité routière reste également un enjeu important. Quel constat faites-vous ?
Je suis souvent avec les gendarmes et les pompiers et je mesure les drames que cela représente. Il faut poursuivre notre travail de prévention inlassablement, mais je pense qu’il porte ses fruits. Lors de la dernière Saint-Vincent de Ladoix, il y avait un petit poste de sécurité routière avec un éthylotest. Les gens faisaient la queue et venaient d’eux-mêmes tester leur degré d’alcoolisation pour vérifier s’ils étaient aptes ou non à reprendre la route. J’ai trouvé cela vraiment révélateur d’une évolution des mentalités et des comportements. Il reste beaucoup à faire, mais je pense qu’on tient le bon bout. En tout cas, on progresse.

Les violences intrafamiliales restent-elles l’un des dossiers les plus difficiles ?
Les violences intrafamiliales restent l’un des sujets les plus compliqués. Vraiment.
Il y a tout le travail d’accompagnement et de prévention. Nous avons désormais des personnels dédiés en gendarmerie et dans la police qui permettent une meilleure prise en charge des victimes. De plus en plus de communes développent également des logements permettant d’accueillir les personnes qui se sentent menacées.
Il faut continuer à travailler sur ces pistes. Et là aussi, je compte beaucoup sur les élus. Ils font un travail social que l’on imagine mal. C’est la face cachée des élus. De même que les services de police et de gendarmerie sont souvent les premiers acteurs sociaux aux côtés du Département et des autres services dédiés.
Et concernant les atteintes aux biens et les cambriolages ?
Là aussi, c’est le fameux slogan : « La sécurité, c’est l’affaire de tous ». J’ai pu signer plusieurs conventions de participation citoyenne. Elles permettent une remontée de l’information et un meilleur échange entre la gendarmerie, la police et des référents dans les quartiers, qui peuvent alerter sur des mouvements suspects. Souvent, l’information remonte trop tardivement : le cambriolage a lieu et ensuite quelqu’un dit qu’il avait repéré telle voiture qui avait fait plusieurs allers-retours. La prévention permet justement d’avancer.
La vidéoprotection se développe également dans pas mal de communes. Beaune a fait énormément d’investissements, accompagnés par l’État. Depuis quelques mois, la police dispose du report d’image de la vidéoprotection de la ville à l’hôtel de police. Cela va être un progrès considérable.
Un dossier reste particulièrement sensible dans l’arrondissement : l’aire de grand passage des gens du voyage. Où en est-on ?
Les choses avancent puisque le schéma des gens du voyage a été renouvelé et mis à jour il y a quelques mois. Le nouveau maire de Beaune et président de la Communauté d’agglomération Beaune Côte & Sud, Pierre Bolze, m’a confirmé sa volonté d’y aller.
Il ne s’agit pas seulement de l’aire de grand passage. Il faut aussi renouveler et déplacer l’aire de passage actuelle et créer des terrains familiaux. Pour moi, c’est une bonne partie de la solution. On voit bien que, dans cette population, il y a une volonté de sédentarisation assez forte. C’est d’ailleurs à l’origine de certaines difficultés puisque l’aire de passage de Beaune a été rapidement occupée par des familles qui s’y sont senties bien. L’aire de passage ordinaire est là pour accueillir les petits déplacements. Il faudra donc s’assurer que le règlement soit bien appliqué et qu’il y ait un véritable turn-over. Les terrains familiaux permettront à ceux qui souhaitent se sédentariser de s’installer.
Et puis il y a effectivement l’aire de grand passage. Je sens une ferme volonté et nous, État, nous accompagnerons la Communauté d’agglomération pour la réaliser. Du côté de la Communauté de communes de Gevrey-Chambertin et de Nuits-Saint-Georges, il y a également une vraie prise de conscience.
Au-delà de la sécurité, la sous-préfecture joue un rôle important dans l'accompagnement des communes. Quel bilan faites-vous de cette mission ?
Il y a les missions traditionnelles de la sous-préfecture, notamment le contrôle de légalité, que nous essayons de rendre de plus en plus fluide et accessible aux maires. Nous avons par exemple beaucoup écrit aux élus à l’occasion des élections concernant les prises de délégation. Une simple virgule peut parfois, dans une délégation, fragiliser toutes les délibérations qui seront ensuite prises sur cette base. Nous essayons donc d’être le plus pédagogiques possible.
Et puis il y a tout l’accompagnement du territoire et l’aménagement du territoire.
Depuis que je suis arrivé, ce sont 4,3 millions d’euros de DETR (Dotation d'Équipement des Territoires Ruraux) par an, soit près de 13 millions sur les trois ans de ma présence. Les enveloppes n’ont pas varié malgré les coupes budgétaires. Ce n’est pas étonnant parce que c’est de l’argent directement réinvesti dans le territoire : des crèches, des accueils périscolaires, des écoles, des services publics… Ces projets sont généralement réalisés à 99 % par des entreprises locales et rapidement.
C’est donc de l’argent immédiatement réinvesti dans le circuit local. Cette continuité de l’enveloppe est aussi un signal fort envoyé par Paris sur la volonté de ne pas oublier les territoires.
Avec 222 communes, comment avez-vous essayé d’être présent sur l’ensemble de l’arrondissement ?
C’est à eux de le dire. J’ai essayé d’être le plus présent possible, y compris sur les tâches les plus ingrates, comme l’accompagnement social de situations compliquées dans les communes. Cela peut aller de l’installation d’une entreprise à la réflexion autour d’un pont à Veuvey-sur-Ouche. Le pont était le seul accès à la commune et son état posait problème. Je n’ai rien fait de miraculeux. J’ai mis un peu de DETR, mais surtout il a fallu coordonner. Le Département est intervenu, la communauté de communes nous a appuyés. Notre rôle a été de mettre tout le monde autour de la table pour essayer de trouver des solutions. Et neuf fois sur dix, on s’aperçoit que ce travail porte ses fruits. J’espère que les élus ont eu le sentiment que l’État de proximité était bien à leurs côtés.
Parmi les dossiers que vous avez accompagnés, lesquels vous ont particulièrement marqué ?
Il y en a beaucoup. On les prend souvent en cours et on n’a pas forcément le temps de les achever. Je pourrais citer le pont de Veuvey, mais aussi une famille relogée parce qu’on ne savait plus quoi faire dans une maison insalubre. Ou encore les cours de français mis en place pour des familles turques à Saint-Jean-de-Losne et Losne. À Gevrey-Nuits, nous avons travaillé sur le logement social et réussi à réactiver un dialogue entre les bailleurs et les élus.
On a également bien avancé sur la maison de santé d’Arnay et la caserne de gendarmerie. C’est du travail un peu invisible mais de tous les jours. Il faut passer les questions de déclassement, les procédures archéologiques, la loi sur l’eau… Ce sont beaucoup de choses que l’on ne voit pas et qui permettent aux projets d’avancer. Je veux rendre hommage aux élus qui se dévouent corps et âme et qui ont une vision des choses. Ceux qui ne pleurent pas le passé mais essayent de s’adapter. Ce sont ceux qui construisent un pôle scolaire parce qu’ils ont compris que, pour attirer une nouvelle population, il vaut mieux parfois regrouper trois ou quatre communes dans un beau pôle scolaire plutôt que maintenir une petite école qui ne peut pas toujours offrir les mêmes choses aux enfants.
Ce sont aussi ceux qui créent des logements, des maisons d’assistantes maternelles… J’espère qu’on a pu les accompagner suffisamment, autant financièrement que sur le conseil juridique et les procédures.

L’un des dossiers qui a marqué ces dernières années est celui du logement des vendangeurs. Où en est-il ?
L’arrêté est sorti ce matin (mardi), il est signé*. Quand je suis arrivé, il y a trois ans, on avait 80 personnes qui s’étaient installées aux Étangs d’Or quelques jours après mon arrivée. Nous avons traité cela avec la profession et la gendarmerie : tolérance zéro. Le jour même, elles étaient parties. Elles avaient été partiellement relogées au village vendangeur de Morey-Saint-Denis. Le prestataire qui les avait logées a ensuite été poursuivi. L’année suivante, un autre prestataire avait tenté la même chose à Chaux en entassant 80 Espagnols dans une maison insalubre. Là encore, nous avons fait évacuer immédiatement les lieux et il a été poursuivi. Il y a désormais une vraie conscience dans la profession qu’il faut absolument maintenir cette qualité dans les ressources humaines. Nous avons également travaillé sur l’attractivité des emplois viticoles et saisonniers. Avec la profession, nous avons lancé le « pack étudiant » et un observatoire de l’emploi saisonnier avec la MSA pour mieux savoir d’où viennent les saisonniers, quand ils arrivent et comment mieux les accueillir. Le contexte n’a jamais été aussi compliqué : évolution des modes de consommation, contexte international, droits de douane américains, explosion des charges… Et pourtant, je suis assez confiant. C’est une profession qui a une capacité d’adaptation vraiment remarquable. Elle travaille notamment sur la démarche zéro carbone et continue surtout à produire un vin d’une qualité exceptionnelle. Même si le contexte est difficile, les gens continueront à apprécier le Bourgogne. À nous, État, d’être particulièrement vigilants et au maximum accompagnateurs dans les procédures qui sont lourdes pour cette profession. C’est l’une des professions les plus réglementées. Cette réglementation est nécessaire, notamment parce qu’elle garantit la qualité du vin. Mais il faut être dans la compréhension et l’accompagnement.
Quels sont les dossiers qui attendent votre successeur ?
L’eau est certainement la première question environnementale qui s’impose à nous.
Nous travaillons sur plusieurs captages prioritaires. C’est un travail assez remarquable entre les agriculteurs, l’Agence de l’eau, la DDT, l’ARS… On arrive progressivement à trouver des mesures, avec des réductions des taux d’intrants et des engagements des agriculteurs, pour renforcer la protection de ces captages.
Je pense aussi au canal de Bourgogne et au maintien de la navigation. Il y a eu une belle envie commune des élus et de l’État de continuer à maintenir sa navigation. Maintenant, il faut transformer l’essai avec un développement économique autour du canal qui justifie son maintien.
Il y a également les enjeux fluviaux à Saint-Jean-de-Losne et le technoport de Pagny.
Avec Pagny, nous avons une chance formidable de décarboner. Nous sommes sur un axe de communication important en Europe et l’une des premières sources de carbone ici, c’est le transport.
Il faut continuer à accompagner les agriculteurs dans une période de transition qui est extrêmement rapide. C’est une profession qui doit montrer une capacité d’adaptation incroyable. Ce qui m’a aussi marqué ici, ce sont les attaques de loups. J’ai pu être aux côtés d’éleveurs qui voyaient des années de travail réduites à néant après une attaque.
C’est aussi à nous, État, de trouver des solutions à des problématiques comme celle-ci, qui sont terribles à vivre pour les éleveurs.
Au moment de partir, qu’est-ce que cette expérience vous a personnellement apporté ?
Le caractère des Bourguignons. La convivialité, en même temps que la franchise. Et surtout la confiance accordée très rapidement par les élus, les chefs d’entreprise et les acteurs du territoire. C’est quelque chose de très agréable et, en plus, cela fait gagner du temps. Et puis cette convivialité, cette chaleur humaine qui fait que tout se finit autour d’un bon verre de vin. C’est aussi très facilitateur.
Autour du vin, il y a toute une culture. Le vin ne soigne pas tout, mais cette culture fait partie d’un équilibre dont nos sociétés ont besoin. Les viticulteurs restent des agriculteurs, des gens qui vivent de la terre, qui sont soumis à la terre et au climat. Cela donne une vraie simplicité qui les rend attachants. Et puis il y a cette solidarité. Je l’ai vue récemment lors des incendies : les premiers aux côtés de nos sapeurs-pompiers, ce sont nos viticulteurs et nos agriculteurs, qui les ravitaillent en eau, leur apportent un sandwich le soir… Je garderai en mémoire cette solidarité de territoire qui s’est manifestée là. Et elle est efficace.
C’est du patrimoine immatériel, comme on dit pour l’Unesco. Il faut s’appuyer dessus pour avancer, maintenir cette identité et faire que la Bourgogne reste ce qu’elle est.
Jeannette Monarchi
*L'arrêté officiel vient d'être publié au Journal officiel du 25 août 2026. Il s'agit de l'Arrêté du 20 août 2026 relatif à l'hébergement des travailleurs agricoles. Ce texte remplace les anciennes règles de 1996. Il fixe l'autorisation d'hébergement sous tente et en durcit l'encadrement technique.
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