CÔTE D'OR

Côte-d’Or - Une heure privée de la vue : un service public à l’écoute des handicaps

Côte-d’Or - Une heure privée de la vue : un service public à l’écoute des handicaps
Côte-d’Or - Une heure privée de la vue : un service public à l’écoute des handicaps
Côte-d’Or - Une heure privée de la vue : un service public à l’écoute des handicaps
Côte-d’Or - Une heure privée de la vue : un service public à l’écoute des handicaps

La préfecture de Côte-d’Or organise la première édition des Rencontres de l’accessibilité. Du 1ᵉʳ au 30 septembre, les personnels des services publics seront sensibilisés à une diversité de handicaps pour garantir à tous les publics une accessibilité universelle.

Un masque me plonge dans l’obscurité tandis que l’on place ma main sur l’épaule de la personne devant moi. La préfecture de Côte-d’Or, par la voix de Magalie Malerba, sous-préfète et secrétaire générale adjointe, estime que les services publics ne sont pas encore dans une culture totale de l’accessibilité, « par manque de connaissances » et organise en réponse les premières Rencontres de l’accessibilité.
Afin que la préfecture, mais aussi la CAF, la MSA, France Travail, l’ARS, les directions régionales et départementales comme la DRFIP ou encore La Poste accueillent au mieux les personnes en situation de handicap, les responsables ont d’abord été invités à une soirée de sensibilisation à la cécité. C’est dans ces circonstances que j’ai été amenée à expérimenter ce handicap visuel. Installée sur un siège, je vais assister à une projection sans image. Je connaissais le cinéma sans paroles mais pas celui-là.
Privée de la vue, les autres sens prennent le dessus. Dans l’attente du film, une certaine cacophonie se joue à mes oreilles. Je ne parviens pas à distinguer les voix. Je comprends certaines conversations devant ou derrière moi tandis qu’il me semble que mes voisins, dont je perçois la présence, semblent rester silencieux. Je leur suis reconnaissante de ne pas en ajouter à ce bruit de fond oppressant. Je commence à imaginer ce que peuvent ressentir les non-voyants quand plusieurs personnes parlent en même temps et qu’ils n’ont pas les visages sous les yeux pour associer les bruits aux personnes, sans pouvoir se concentrer sur leur interlocuteur.

Aux origines du progrès
Soudain le silence se fait. L’histoire de Louis Braille, acteur indispensable de l’autonomie des non-voyants, m’est contée tandis que je suis, comme près d’une centaine de personnes, plongée dans le noir complet sous mon masque. Parfois un bruit vient casser le rythme du récit. En temps normal, il m’aurait suffi de tourner la tête pour comprendre l’origine de l’interruption mais, sans mes yeux, je suis obligée d’imaginer, de supposer. J’aurais aussi pu soulever le masque, mais les personnes aveugles n’ont pas le privilège de suspendre, même temporairement, leur handicap. C’est tout l’intérêt de la soirée de sensibilisation et des autres actions que la préfecture prévoit de mettre en place jusqu’au 30 septembre à destination des personnels des services publics, en particulier ceux amenés à accueillir les personnes. « Nous avons déjà près de 250 inscrits, uniquement des volontaires », se réjouit Magalie Malerba.

Mieux comprendre l’autre
À l’issue de la projection, sonore, chacun retire son masque, découvre son voisin, qu’il connait parfois, sans l’avoir soupçonné. Des personnes non-voyantes se prêtent au jeu des questions-réponses avec les représentants des services publics. « Quelle est la première difficulté que vous rencontrez dans un service public ? » J’imagine que les intervenants vont parler du bruit, de la concentration… Mais non, car lorsque l’on est non-voyant, il s’agit d’abord d’atteindre le service public. « Nous devons examiner notre itinéraire en amont, que ce soit en bus, en tram, à pied ou même avec une navette dédiée. Ensuite, pour repérer l’entrée, nous comptons qu’elle dispose d’une balise sonore que nous pouvons activer, mais toutes n’en ont pas », explique l’un d’entre eux. À défaut, il doit y avoir des bandes rugueuses au sol, mais parfois, elles s’arrêtent à l’accueil. « Cela complique l’accès à l’ascenseur », fait simplement remarquer l’une des personnes en situation de handicap. S’ensuivent des échanges sur la dématérialisation. Même si les outils existent, de plus en plus nombreux, de nombreux sites internet ne sont pas totalement accessibles. « Le travail des développeurs est essentiel pour les paramétrages. Si quand on passe la souris sur un bouton, on se contente de nous signaler que c’est un bouton sans préciser sa fonction, on n’est pas très avancé. » À la question « nos services ont-ils les compétences ou le savoir-être nécessaires pour vous accueillir ? », les premiers concernés soulignent le temps dont ils ont besoin pour la moindre démarche et la débauche d’énergie qu’elle implique. « Le mieux reste d’avoir le retour des personnes en situation de handicap, donc tout le mois de septembre, des personnes concernées viendront témoigner », rappelle Magalie Malerba.


Pour conclure le lancement des rencontres de l’accessibilité, la secrétaire générale adjointe de la préfecture a levé le voile sur le concours de logo organisé par l’institution. Les jeunes de six quartiers de la métropole ont conçu le futur symbole qui accompagnera cette campagne de sensibilisation et celles qui suivront. L’équipe de Chenôve a été récompensée pour son logo Handiversel. « Ce logo allie les valeurs républicaines avec ses racines bleu, blanc, rouge ; il intègre le 21 du département. Le jury souhaitait aussi saluer votre démarche d’aller rencontrer des personnes en situation de handicap pour avoir leur avis », a expliqué Magalie Malerba. Un logo que chacun dans la salle a pu contempler tandis que les non-voyants le découvriront en relief pour plus d’accessibilité.

Nadège Hubert