BOURGOGNE
Bourgogne - Vendangeurs sous tente : « Une bonne nouvelle pour 2027 » selon Thiébault Huber
Par Jeannette Monarchi
Publié le 28 Août 2026 à 08h17
Alors que les vendanges battent leur plein en Bourgogne, un nouvel arrêté vient modifier les règles d’accueil des travailleurs saisonniers. Désormais autorisé en Bourgogne, l’hébergement sous tente reste soumis à un encadrement strict. Pour Thiébault Huber, président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB), accueille favorablement cette avancée tout en soulignant qu’elle ne pourra produire ses effets qu’à partir de 2027. Cette mesure répond à une difficulté réelle de recrutement, mais ne doit pas faire oublier la nécessité de revoir plus largement les règles d’hébergement des vendangeurs.
Jeudi après-midi, entre deux rangs de la parcelle « En Dressolles » à Meursault, Thiébault Huber termine pratiquement ses vendanges 2026. Une récolte marquée par une précocité exceptionnelle, des rendements très hétérogènes selon les secteurs et des inquiétudes liées à la canicule estivale. « J’ai des parcelles à 50 hectolitres comme d’autres à 12 », résume le vigneron du Domaine Huber-Verdereau, qui se montre néanmoins satisfait de la qualité des raisins récoltés.
C’est dans ce contexte que le président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne réagit à la publication du nouvel arrêté relatif à l’hébergement des travailleurs agricoles. L’arrêté du 20 août 2026, publié au Journal officiel le 25 août, modifie les règles d’hébergement des travailleurs agricoles saisonniers. Il permet notamment, en cas d’insuffisance de logements disponibles, aux employeurs de certains départements d’héberger sous tentes des saisonniers recrutés pour moins d’un mois. La Côte-d’Or, ainsi que la Saône-et-Loire, le Rhône et l’Yonne, font désormais partie des départements concernés.
Cette possibilité est encadrée par de nombreuses exigences : tentes d’au moins 2 mètres de hauteur, aérées, avec un sol isolant, literie adaptée, armoires individuelles fermant à clé ou avec cadenas, possibilité de conserver les aliments au frais et installations sanitaires à proximité. Des points d’eau potable et fraîche doivent notamment être prévus, avec des équipements sanitaires définis par tranche de dix travailleurs.
Le dispositif est applicable du 1er juin au 30 septembre. L’arrêté abroge les règles datant de 1996, avec toutefois une période transitoire jusqu’au 15 septembre 2026 pour certaines situations. Une revendication ancienne de la profession, confrontée depuis plusieurs années à la difficulté croissante de loger les vendangeurs.
La Bourgogne vient d’être ajoutée à la liste des départements où l’hébergement sous tente de vendangeurs peut être autorisé. Comment accueillez-vous cette décision ?
Thiébault Huber : C'est clairement une bonne nouvelle. Cela fait plusieurs années que nous demandions cette évolution. Nous étions dans une situation paradoxale où nous manquions de solutions pour loger les vendangeurs, mais où nous n'avions même pas la possibilité de mettre un terrain à disposition pour qu'ils puissent s'installer dans des conditions encadrées. D'autres départements viticoles bénéficiaient déjà de cette dérogation et nous souhaitions obtenir les mêmes possibilités.
Maintenant, l’arrêté arrive un peu comme un cheveu sur la soupe en pleine période de vendanges et personne ne va pouvoir s'organiser du jour au lendemain. Entre les déclarations préalables, les équipements à prévoir et les différentes obligations réglementaires, il est déjà trop tard pour la campagne 2026.
En revanche, cela nous donne de la visibilité pour préparer 2027. Nous allons pouvoir étudier précisément le texte, voir comment il peut être appliqué sur le terrain et déterminer s'il constitue réellement une solution opérationnelle pour les exploitations. C'est donc une avancée que nous accueillons favorablement, même si elle ne produira pas d'effets immédiats. Après, si c’est encore très contraignant, ça ne servira à rien.

Les nouvelles règles imposent de nombreuses normes : hauteur, ventilation, isolation du sol, literie, eau potable, douches, sanitaires, sécurité… Ces exigences vous paraissent-elles réalistes pour les exploitants ?
Celui qui va investir dans ce genre de logement sous tente, ou plutôt dans des structures qui ne sont plus vraiment des tentes comme on l’entend, va forcément réaliser un investissement. Mais si ça permet de retrouver plus facilement de la main-d’œuvre et de pouvoir accueillir les vendangeurs chez nous dans de bonnes conditions, c’est positif.
Aujourd'hui, le logement est devenu l'une des principales difficultés lorsqu'il s'agit de recruter des vendangeurs. Pendant longtemps, les domaines accueillaient naturellement une partie de leurs équipes. Les vendanges faisaient partie de la vie du domaine et l'hébergement était souvent intégré à l'organisation. Progressivement, les réglementations se sont renforcées au point que beaucoup de vignerons ont renoncé à loger des saisonniers. Non pas parce qu'ils ne le souhaitent plus, mais parce que les contraintes administratives, techniques et financières sont devenues très lourdes. Or, lorsqu'on ne peut pas proposer un hébergement, on perd une partie des candidats potentiels.
Avec cet arrêté, les conditions ont l’air quand même plus acceptables que si on devait construire des bâtiments. On va étudier tout ça, mais il ne faut pas perdre de vue l’objectif : il faut faire attention à bien considérer nos salariés pour qu’ils continuent à venir et qu’ils aient envie de venir en Bourgogne plutôt qu’ailleurs, parce qu’ils savent qu’en Bourgogne on aura fait des choses.
Ça fait plusieurs années qu’on travaille sur l’excellence RH avec les services de la préfecture pour essayer de rendre la Bourgogne attractive, de mieux accueillir nos salariés, de les informer, etc.
Moi, je trouve ça normal qu’il y ait quand même des conditions derrière. Vous ne pouvez pas dire : « Mais attends, c’est un open bar, vous mettez des Canadiennes partout. » C’est normal qu’il y ait quand même un minimum de respect à avoir pour nos salariés.

Vous estimez donc que l’hébergement sous tente peut être une solution, mais pas la solution idéale ?
Il ne faut pas non plus fanfaronner : ce n’est quand même pas la solution idéale, ce n’est pas la solution idéale. Il ferait mieux d’assouplir les conditions d’hébergement chez les vignerons.
Les vignerons ont arrêté parce qu’ils n’étaient plus aux normes. Les contraintes sont trop importantes. Ils peuvent être à l’hôtel dans un lit superposé, il n’y a pas de problème. Chez nous, on n’a pas le droit.
Constatez-vous encore des campements sauvages de vendangeurs cette année ?
Moins qu’avant. Depuis plusieurs années, un travail est mené avec les services de l’État et de la sous-préfecture pour identifier les situations inacceptables. Aujourd’hui, nous en voyons moins. Je pense que ce travail porte ses fruits. Les prestataires peuvent avoir la possibilité d’être agréés avec « Qualiterritoire », qui permet d’identifier des prestataires de services respectant les règles sociales et administratives. C’est aussi une garantie pour les vignerons qui savent que ces sociétés de prestations accréditées « Qualiterritoire » sont dans les règles, elles ont une attestation de vigilance, elles ont enregistré des salariés, etc. C’est un travail de fond engagé depuis trois-quatre ans afin que les saisonniers soient correctement accueillis et travaillent dans de bonnes conditions en Bourgogne.
Que faudrait-il faire pour éviter que l’hébergement sous tente ne devienne la seule réponse à la pénurie de logements ?
Il y a des choses à revoir concernant l’hébergement chez les vignerons. Les vignerons ont abandonné le logement de leurs vendangeurs parce que les contraintes étaient devenues trop importantes. À l’époque, c’était lié à des négociations salariales avec les syndicats de salariés au niveau national, donc c’était compliqué. Nous, à la CAVB, on n’est pas un syndicat représentatif, on n’est pas autour de la table. Il faudrait pouvoir différencier la réglementation de l’hébergement des travailleurs occasionnels selon la durée. Entre quelqu’un qui fait toute une saison dans un hôtel ou un restaurant, de Pâques jusqu’à la Toussaint, et nous, où l’hébergement dure 10 ou 15 jours, ce n’est pas la même chose. Pourtant, on a les mêmes contraintes que ceux qui logent pendant huit mois de l’année.
C’est là où je pense qu’il y a quelque chose à travailler avec les services de l’État : rester sur un logement acceptable, bien évidemment, mais assouplir les règles. On n’a peut-être pas forcément besoin d’avoir une bagagerie, un volume de 2 mètres cubes par personne avec une armoire fermée à clé pour chacun, un lave-linge, un sèche-linge à disposition, etc. Les contraintes sont quand même énormes. C’est même pire que si on devait les loger à l’hôtel.
Je pense qu’il y a un vrai sujet à travailler là-dessus : essayer de trouver un compromis pour bien accueillir nos salariés, tout en permettant aux vignerons de les loger dans les bâtiments dont ils disposent. Historiquement, on a toujours eu beaucoup de bâtiments, notamment parce qu’on utilise les caves en dessous.

Le Village Vendangeurs de Morey-Saint-Denis est devenu une solution concrète. Quel bilan tirez-vous de cette initiative ?
Le village des vendangeurs de Morey fonctionne bien. C’est la preuve que ce type de dispositif peut peut-être être déployé ailleurs. Après, il y a quand même un équilibre économique à trouver. Le vigneron lui-même ne pouvait pas payer directement le village des vendangeurs parce que, dans ce cas, il était considéré comme logeant ses salariés sous tente.
Donc on va regarder ce que l’arrêté permet désormais. Est-ce qu’il nous donne la possibilité, pour ceux qui veulent rester dans leur camion, par exemple, de les accueillir dans des villages de vendangeurs où il y a des sanitaires, un service qui vient le soir pour la bobologie, un réfectoire avec du café, des boissons, etc., avant qu’ils ne rejoignent leur camion ou leur tente ? Je pense que, si on y arrive, ce serait aussi une évolution intéressante.
Il y a des gens qui veulent rester dans leur camion. Plutôt que de les retrouver dispersés dans la nature, sans conditions sanitaires, c’est peut-être mieux d’organiser ce genre de dispositifs.
Vous souhaitez donc développer ce type de dispositif dans d’autres secteurs viticoles ?
Oui. On a du mal, il y a un peu de réticence de la part des maires, qui ont un peu peur, pour tout vous dire. Mais j’ai bon espoir qu’on en ouvre un l’année prochaine en Saône-et-Loire, dans la Côte chalonnaise. Je pense que ça devrait le faire. Volnay était prêt à en faire un aussi, mais ils attendaient l’arrêté. Donc on va voir ce qu’on peut faire par rapport à ça.
Jeannette Monarchi
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