BOURGOGNE

Vins de Bourgogne - Un millésime 2026 hors norme, entre petite récolte et promesses qualitatives

Vins de Bourgogne - Un millésime 2026 hors norme, entre petite récolte et promesses qualitatives

Climat, récolte, consommation, export et transmission : la rentrée du Comité des vins de Bourgogne a permis de dresser un état des lieux complet de la filière. À Beaune, Laurent Delaunay et Michel Barraud ont notamment insisté sur les conséquences du millésime 2026 et sur la nécessité de s’adapter à de nouveaux comportements de consommation.

Le paysage viticole bourguignon offre, en cette fin septembre, une image inhabituelle. Certaines parcelles sont encore vertes tandis que d’autres ont déjà pris les couleurs de l’automne. Les feuilles tombent plus tôt et, surtout, les raisins ont été récoltés avec plusieurs semaines d’avance. C’est dans ce contexte que le Comité des vins de Bourgogne a tenu sa conférence de presse de rentrée, mercredi 23 septembre à la Cité des Climats et vins de Bourgogne à Beaune. Laurent Delaunay et Michel Barraud, coprésidents, ont notamment consacré une large partie de leur intervention au millésime 2026, avant de présenter la situation économique de la filière et la nouvelle saison des « Astuces Dégust’ ».
 
2026, une année viticole décalée d’un mois
Pour Michel Barraud, vigneron et coprésident du Comité des vins de Bourgogne, le paysage viticole résume à lui seul le caractère particulier de 2026. « Il suffit d’observer le paysage viticole aujourd’hui, on est le premier jour de l’automne. C’est l’image de cette récolte et de cette année 2026 », explique-t-il, une année placée « sous le signe de l’ensoleillement, de la sécheresse et de la canicule ».
Après un hiver relativement doux, précédé de précipitations ayant reconstitué les réserves en eau des sols, la végétation a démarré précocement. « Toute l’année, on a eu notre calendrier interne décalé d’un mois », résume Michel Barraud. En avril, les vignerons avaient ainsi l’impression d’être en mai, puis en mai de vivre déjà le mois de juin.
Cette précocité a exposé le vignoble à plusieurs épisodes de gel au printemps, avant une installation durable de la chaleur.

Une vigne mise à rude épreuve par la chaleur
La floraison s’est déroulée rapidement, avant que la sécheresse ne limite le grossissement des baies. Certains secteurs ont connu des blocages temporaires du cycle végétatif, tandis que les fortes chaleurs ont provoqué échaudage et stress hydrique, notamment dans les sols superficiels, les jeunes vignes et les parcelles les plus exposées. Les vignes plus âgées ont généralement mieux résisté.
En revanche, la sécheresse a fortement limité la pression des maladies cryptogamiques. L’état sanitaire du vignoble s’est ainsi révélé particulièrement satisfaisant. L’année a été marquée par « une année jamais vue », avec près d’une soixantaine de jours à plus de 30 °C. Les réserves d’eau constituées durant l’hiver ont toutefois permis à la vigne de mieux traverser une partie de l’été.

 
Des vendanges dès le 8 août
Le calendrier des vendanges reste l’un des marqueurs les plus spectaculaires du millésime. Les premiers coups de sécateurs ont été donnés dès le 8 août dans le Mâconnais pour le Crémant de Bourgogne. Les vins tranquilles ont suivi rapidement, avec des vendanges débutant dès le lendemain du 15 août dans de nombreux secteurs.
Face aux fortes températures, certains domaines ont choisi de vendanger de nuit pour préserver la fraîcheur des raisins. Le refroidissement de la fin août, accompagné de quelques pluies, a ensuite permis aux secteurs les plus tardifs de patienter. Les dernières grappes sont ainsi arrivées en cuverie juste avant la mi-septembre.
Un millésime marqué par une précocité exceptionnelle, mais dont la récolte s’est finalement étalée sur plusieurs semaines.
 
Des volumes en retrait, mais des jus très prometteurs
Il faudra encore attendre l’estimation de récolte de l’interprofession, prévue à la mi-novembre, pour connaître précisément les rendements du millésime 2026. Une chose est cependant déjà acquise : les volumes seront en retrait (environ -30 % par rapport à la moyenne). En cave, le discours est en revanche nettement plus enthousiaste. Les premiers jus présentent une forte concentration aromatique et une belle pureté.
Laurent Delaunay évoque ainsi « une explosion de saveurs à la dégustation ». Une matière première désormais entre les mains des vinificateurs, qui devront transformer ce potentiel en vin au cours des prochains mois.
La particularité de l’année réside donc dans ce contraste : une récolte quantitativement limitée, mais des raisins dont l’état sanitaire et le potentiel qualitatif suscitent de nombreuses attentes.
 
Un marché qui change de visage
Derrière les vendanges, la filière doit également regarder un marché du vin qui évolue rapidement. Sur les douze mois arrêtés à fin juillet 2026, les ventes de vins tranquilles de Bourgogne en bouteille reculent de 1,3 %, avec 166 millions de bouteilles commercialisées. En intégrant le Crémant de Bourgogne, les ventes sont quasiment stables.
Le comportement des consommateurs n’est toutefois pas identique selon les couleurs. Les vins blancs, qui représentent environ 61 % de la production bourguignonne, progressent légèrement, de 0,4 % sur douze mois. Cette dynamique repose notamment sur les appellations régionales, le Mâconnais et Chablis.
Les vins rouges connaissent en revanche un recul plus marqué, de 4,9 % sur la même période. La tendance rejoint un mouvement plus large de baisse de la consommation de vins rouges observé sur différents marchés. « On pensait que nous, avec nos rouges frais et élégants, on était à l’abri de cette tendance. On se rend compte que, d’une certaine manière, on est rattrapé par la patrouille », a résumé Laurent Delaunay.
Le Crémant de Bourgogne constitue l’un des points positifs de cette évolution, avec une progression de 6,5 % des ventes sur douze mois.
 
Les stocks diminuent également
À fin juillet 2026, les stocks de vins tranquilles ont diminué de 2,8 % sur un an. Cette baisse est d'abord liée aux volumes récoltés au cours des dernières années. La Bourgogne doit en effet composer avec plusieurs petites récoltes successives. La situation diffère toutefois fortement selon les couleurs et les appellations. Les stocks de vins rouges ne diminuent que de 2,1 %, ce qui traduit également le ralentissement de leurs ventes.
Le Crémant bénéficie, lui, d’un système de gestion des stocks spécifique, avec notamment des réserves constituées au fil des millésimes. Ses stocks progressent légèrement, de 0,9 %, permettant à la filière de mieux absorber une récolte 2026 réduite.
 
La grande distribution sous pression
Le contexte général de la consommation reste difficile. Sur douze mois à fin juin 2026, les achats de vins tranquilles en grande distribution française reculent de 4,2 % en volume et de 3,3 % en valeur. Sur trois ans, la baisse atteint 11,4 % en volume.
Dans ce contexte, les vins de Bourgogne résistent relativement mieux. Les vins blancs de Bourgogne affichent notamment une stabilité quand le marché des vins blancs d’AOC recule plus fortement. Certaines appellations tirent leur épingle du jeu, parmi lesquelles Bourgogne blanc, Petit Chablis, Mâcon-Villages ou Viré-Clessé. Plusieurs ont notamment bénéficié d’un ajustement de leurs prix.
Pour les vins rouges, la Bourgogne affiche également une situation particulière dans la grande distribution, portée notamment par Bourgogne Pinot Noir et Bourgogne Hautes-Côtes.
 
L’export reste essentiel
La Bourgogne réalise environ la moitié de ses volumes à l’export, qui représente près de 60 % du chiffre d’affaires de la filière. Sur douze mois à fin juillet 2026, les exportations progressent de 2,3 % en volume, soit environ 2,2 millions de bouteilles supplémentaires. Cette hausse est notamment portée par les vins blancs et le Crémant. Mais là encore, les situations sont très contrastées selon les pays.
Les États-Unis, premier marché export de la Bourgogne, enregistrent une baisse de 9,8 % en volume et de 21,2 % en chiffre d’affaires. Les conséquences des droits de douane américains pèsent donc directement sur les exportations bourguignonnes.
Le Royaume-Uni affiche, à l'inverse, un rebond de 13,9 % en volume et de 3 % en valeur.
Le Japon recule également fortement, tandis que la Chine présente une évolution différente avec une progression en valeur et une quasi-stabilité en volume.
 
La Bourgogne regarde désormais vers l'Inde
Face à ces évolutions, la filière cherche de nouveaux relais. Un voyage de prospection est ainsi prévu en Inde à la fin du mois d’octobre, avec une douzaine d’entreprises bourguignonnes. Des rencontres sont programmées avec des importateurs, des organisations professionnelles et des institutions. Le marché est encore embryonnaire pour les vins de Bourgogne : environ 30 000 bouteilles y sont actuellement exportées. L’objectif s’inscrit donc dans le long terme. « Conquérir ce type de marché, c’est quelque chose qui se compte en décennies. Mais il faut bien commencer quelque part », a expliqué Laurent Delaunay.
L’Amérique latine, notamment le Brésil, et certains marchés africains sont également identifiés comme des zones présentant des possibilités de développement.
 
Transport et climat : un autre défi pour l'export
La question climatique ne s’arrête pas aux vignes. Elle concerne aussi le transport des bouteilles. Avec des épisodes de chaleur plus fréquents, les conditions d’expédition deviennent un enjeu croissant pour les opérateurs. Le Comité des vins de Bourgogne travaille donc sur les solutions permettant de limiter l’impact environnemental tout en protégeant les vins. La filière encourage notamment l’abandon du transport aérien, particulièrement émetteur de gaz à effet de serre, au profit de solutions mieux maîtrisées. Des essais de transport maritime à la voile ont notamment été menés par certains opérateurs. Mais, à court terme, l’isolation et éventuellement la réfrigération des conteneurs restent des solutions privilégiées.

Jeannette Monarchi

A lire par ailleurs : Cité des Climats et vins de Bourgogne - Un nouveau cap pour relancer la fréquentation

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Les « Astuces Dégust’ » reviennent pour une dernière saison
La conférence de rentrée a également permis de présenter la troisième et dernière saison des « Astuces Dégust’ », la websérie du Comité des vins de Bourgogne animée par le sommelier Maxime Dubois.
Après deux premières saisons ayant totalisé environ 1,5 million de vues, le programme revient avec une volonté affichée de parler aux consommateurs, notamment aux plus jeunes et aux personnes qui connaissent encore mal les vins de Bourgogne.
Le principe reste le même : expliquer sans jargon, avec pédagogie et humour.
Cette nouvelle saison abordera cinq thèmes : le terroir, le millésime, la vinification des vins tranquilles, les vins à choisir selon les occasions et les paysages du vignoble bourguignon.
Pour cette ultime saison, les équipes ont notamment tourné à Pommard, Beaune, Corton, au Château du Clos de Vougeot, à la Cité des Climats et vins de Bourgogne ainsi que dans les Caves Patriarche.
La diffusion débutera le 3 novembre. Les épisodes courts, d’environ 1 min 30, seront proposés sur Instagram et Facebook, tandis que les versions complètes, d’environ cinq minutes, seront disponibles sur YouTube.
Le ton se veut volontairement décalé. « Simplicité, humour, pédagogie », résume Laurent Delaunay, avec une ambition : donner au public des clés simples pour mieux comprendre les vins de Bourgogne et se sentir plus à l’aise au moment de les choisir ou de les déguster.
Une manière, aussi, de faire évoluer la communication d'une filière longtemps habituée à s’adresser d’abord aux professionnels et aux connaisseurs.
 
Les deux premières saisons sont disponibles sur la chaîne YouTube des vins de Bourgogne. La websérie a par ailleurs reçu en février 2026 le Trophée d’Or de la meilleure émission vidéo pour le web au Grand Prix INfluencia Food and Beverage.