Du 21 au 24 mars, Cluny fête l’arrivée du printemps avec la 2ème édition des Rencontres des pensées écologistes

Du 21 au 24 mars, Cluny fête l’arrivée du printemps avec la 2ème édition des Rencontres des pensées écologistes

Le point avec Patrick Monin, ancien maire d’Azé, Président de L’instant d’après, l’organisme associatif qui organise l’évènement.

L’écologie n’est pas une idée neuve en Europe. Récemment, Patrick Chastenet a publié un ouvrage intitulé Les racines libertaires de l’écologie politique (L’échappée, 2023, 238 p). Parmi des centaines de pensées pionnières et radicalement nouvelles, le politologue bordelais y détaille plus particulièrement celles des géographes Elisée Reclus et Bernard Charbonneau, du professeur d’histoire du droit et théologien protestant Jacques Ellul, du prêtre catholique Ivan Illich ou de l’ultime rejeton d’une famille de Russes juifs exilés aux États-Unis pour fuir la révolution bolchevique, l’autodidacte Murray Bookchin. Il aurait tout aussi bien pu parler du marxiste André Gorz, voire d’un très honorable précurseur du début du XIXème siècle, le bisontin Charles Fourier. 

Les pensées écologistes ne datent pas d’hier. Si elles se fortifient une première fois dans les années 1960-1970, elles n’ont jamais cessé d’approfondir leurs prémisses, ni même de se diversifier. Dernièrement, des pensées comme celles du Beaunois Bruno Latour ont renouvelé la réflexion, tandis que des concepts, par exemple celui des « communs », ont fait l’objet d’un approfondissement aussi bienvenu que prometteur. 

En raison de l’urgence climatique, que seuls les climato-sceptiques continuent de nier, mais aussi en raison de scandales alimentaires ou sanitaires, les pensées écologistes ou sur l’écologie sont en ébullition. Si des convergences se font jour, des contradictions émergent également. Cette vivacité des débats et ce bouillonnement intellectuel, c’est ce que les organisateurs des Rencontres des nouvelles pensées de l’écologie, dont la deuxième édition, aura lieu du 21 au 24 mars à Cluny, ont voulu tout à la fois révéler au grand public et préserver. 

Le point avec Patrick Monin, ancien maire d’Azé, Président de L’instant d’après, l’organisme associatif qui organise l’évènement.

Pouvez-vous nous dire quelques mots des personnes composant L’Instant d’après ? 

Nous sommes un collectif très divers. Des associatifs, des défenseurs de l’environnement membres ou non de partis, des élus. On s’intéresse aux questions de forêt, d‘eau, de pesticides, d’alimentation, de développement local. On est très concernés par le fait de retisser du lien avec le vivant. On pourrait se définir comme des humanistes, assez représentatifs de ce que certains pourraient appeler « le peuple de l’écologie ». On essaie de ne pas être des donneurs de leçons mais des fabricants de solutions pour tous et avec tous. Pas pour une minorité de gens qui ont les moyens, mais pour tout le monde.

Pouvez-vous nous dire comment s’est déroulée la première édition, qui s’est tenue à l’automne 2022 ?

Honnêtement on a été surpris du succès : 400 présents venus de toute la France, plusieurs dizaines de gens qui n’ont pu entrer faute de places. Soixante intervenants universitaires de toutes disciplines, beaucoup de scientifiques et de très haut niveau. Cédric Villani, Jean-Baptiste Fressoz. Une ambiance studieuse et tolérante, ce qui n’a pas empêché la rigolade avant ou après les débats 

C’est le produit d’un travail considérable fait par nos bénévoles et aussi d’une alliance de revues, de fondations, d’associations, par exemple Agir pour l’environnement et son directeur Stephen Kerhove qui habite à coté de Cluny. 

Qu’est-ce qui caractérisera cette deuxième édition par rapport à la première ?

D’abord le titre « un printemps à » Cluny qui indique non seulement la date de l’événement mais témoigne aussi de notre volonté d’enracinement. Ici c’est un lieu de grande tradition intellectuelle, d’innovation et de pensée. 

Cette année, nous allons doubler le nombre de bénévoles pour atteindre une quarantaine. De nouveaux partenaires sont venus nous renforcer comme la Fondation Heinrich Böll ou la Fondation Jean Jaurès, les revues Esprit, le média Usbek et Rica . 

Quatorze séminaires préparatoires se sont tenus à Paris, Lyon, Tours, Besançon et jusqu’en Martinique avec des collectivités locales.

Comme on s’y est pris plus à l‘avance, on a pu communiquer mieux et se faire relayer par des partenaires locaux, la librairie « Le jardin secret » , la compagnie du Phare, le Pain sur la table. Une économiste qui écrit souvent dans Le Monde, Madame Couppey-Soubeyran, ira par exemple dialoguer avec des élèves du lycée. 

On espère donc mobiliser un public plus nombreux mais je ne donnerai pas de chiffres pour ne pas que ça nous porte malheur. Mais ça sera plus que l’an dernier. Vingt-sept débats, ateliers, causeries ou tables rondes ! Ce sera, en France, sur ces sujets, un des plus grands rassemblements indépendants d’intellectuels, d’universitaires et de militants . 

Des biologistes des sociologues, des scientifiques de très haut niveau. Et pas pour le plaisir de produire des idées en l’air ou en circuit fermé, mais pour confronter avec des gens de terrain, des groupes engagés soit dans des luttes, par exemple le combats importants contre l’autoroute Castres / Toulouse, soit dans des alternatives très concrètes qui montrent que l’écologie pour tous c’est jouable !

Je pense bien sûr en plus de Cédric Villani (mathématicien titulaire de la Médaille Field), à Denis Couvet ou Luc Abaddie (tous deux du Museum), à Catherine Bourgain (de l’Inserm et de la fondation sciences citoyennes), à Geneviève Pruvost (qui vient de sortir un livre à lire absolument, « Compter ce qui compte »), mais je pourrais en citer plein d’autres comme ça . 

Ce qui est important, c’est aussi qu’on va essayer de décloisonner les thèmes et de faire en sorte que le dialogue déborde des spécialités de chacun. Sciences dures et sciences humaines, philosophes, biologistes, politologues.

Pour ça, on a choisi le thème de la société écologique et solidaire. Au fond on ne sait pas toujours très bien ce qu’est une société écologique, et on ne voit pas toujours clairement où les écolos veulent en venir. Il y a des tas de fantasmes et d’idées fausses là-dessus. Donc on va débattre ensemble de ce que serait dans une telle société l’avenir des usines et des ouvriers, des paysans, du service public, de la culture, de l’école, de l’énergie, et aussi de la démocratie, c’est à dire de la façon dont les décisions pourraient être prises autrement.

Des personnalités politiques ou syndicales ? 

Oui mais ce n’est pas eux qui tiendront la vedette. Des députés, des sénateurs, des anciens ministres, des représentants des principales listes de gauche et écologistes aux européennes 

L’ancien secrétaire de la CGT, Mr Martinez. Nous attachons une grande importance à sa présence car il n’y a pas d’écologie sans ou contre les salariés. 

Y aura-t- il d’autres moments que des moments de débat ?

Nous allons renouer avec la tradition du banquet républicain auquel on va ajouter une touche écolo pour montrer que les écolos savent eux aussi honorer les plaisirs de la table et de la convivialité !

Un espace d’animation éphémère est prévu aussi dans le très beau bâtiment des Écuries Saint Hugues pour se restaurer, pour des ateliers d’écriture, des expositions, des rencontres signatures avec des auteurs. 

Reste-t-il beaucoup de places ?

Hélas, il faut se hâter de s’inscrire via le site https://linstantdapres.fr/  Car on ne peut pas trop pousser les murs dans les salles au sein de l’ENSAM. Donc on devra forcément, comme l’an dernier, limiter l’accès à certains débats qui seront fortement demandés. Il n’est pas absolument garanti que d’ici une semaine, ce ne soit pas complet. J’attire en particulier l’attention sur la table ronde d’introduction du jeudi 21 mars, en accès libre, qui fera le point sur les grands enjeux écologiques, avec le climatologue du CNRS Benjamin Pohl, la chercheuse de l’École des Mines Nathalie Gondran et Cécile Duflot d’Oxfam France, et cela depuis l’échelle de la planète jusqu’à celle du du Clunisois !

Y aura-t-il une troisième puis une quatrième édition des Rencontres ?

L’idée est, selon la grande tradition clunisoise, d’essaimer et de faire en sorte que des événements comme ça, bien sûr à plus petite échelle, se tiennent dans de très nombreux lieux en France tout au long des années 2024/2025 pour se retrouver et faire le point a Cluny, à une date encore à définir. Mais, même ambitieux, restons lucides, tout ça dépendra de la réussite et surtout de la qualité de nos débats 

Etes-vous soutenus par le territoire ?

Nous sommes une initiative indépendante et nous n’avons pas sollicité de subventions ou d’argent public de quiconque Mais nous nous félicitons de l’accueil des élus locaux qui nous facilitent la tâche en nous aiguillant sur des structures locales relais en matière d’hébergements, (les Rencontres c’est plus de 400 nuitées/visiteurs) de restauration, de partenariats. 

Merci à tous ceux qui vont faire de cet évènement de portée nationale un grand moment de partage clunisois. 

Propos recueillis par info-chalon.com

 


Du 21 au 24 mars (inclus) à Cluny

Renseignements, programme et inscriptions sur https://linstantdapres.fr/  

Billetterie : https://linstantdapres.fr/billetterie/  

Contact : [email protected]