Beaune – Un conseil municipal sous haute tension : passes d’armes, sarcasmes et chaos autour des tarifs 2026

Beaune – Un conseil municipal sous haute tension : passes d’armes, sarcasmes et chaos autour des tarifs 2026

La création d’un tarif à partir du 1er janvier pour le stationnement des flottes d’entreprises a mis le feu aux poudres au conseil municipal de ce jeudi soir. Sarcasmes, invectives, accusations de mensonge et incompréhensions procédurales : la séance a tourné à la foire d’empoigne. Un amendement voté… mais illégal, un maire qui nie avoir fait voter, des élus qui s’emportent : la fixation des tarifs municipaux a déclenché une soirée de chaos inédit dans l’hémicycle beaunois.

Jeudi soir, dans une salle où le public était clairsemé mais attentif, l’ambiance s’est très vite chargée. Au menu : le vote du budget (à lire plus tard) et la fixation des tarifs municipaux 2026, un point qui aurait pu être technique… et qui s’est transformé en champ de bataille politique.
Le maire Alain Suguenot annonce d’emblée la couleur : reconduction des tarifs 2025, à l’exception de la création d’un nouveau tarif préférentiel pour certaines entreprises de Beaune, destiné — selon lui — à éviter que des véhicules de sociétés « ne squattent les parkings gratuits ». Un dispositif réservé aux entreprises du centre-ville disposant de 15 à 25 véhicules, avec des forfaits allant de 4 650 € à 6 650 € l’an.
 
Jean-François Champion allume la mèche
L’ancien élu aux finances, Jean-François Champion, bondit immédiatement : « Nous n’avons pas la même lecture que toi. Tu crées un tarif pour 15 voitures qui vont occuper des places au centre-ville. Cela va gêner le commerce ! Pour quoi ? Pour 55 € d’économie par voiture par rapport au tarif annuel déjà existant ! » (365 € par véhicule). Pour lui, c’est une fausse bonne idée. Il demande donc de retirer cette création du vote.
Le maire refuse net : « Impossible. On vote la grille entière. Vous préférez laisser des voitures tampon utiliser le stationnement gratuitement… et c'est une rentrée d'argent pour la ville. On dirait que les finances ne vous concernent plus, M. Champion ».
 
Pierre Bolze monte au front : « C’est du clientélisme »
Pierre Bolze, régulièrement coupé par le maire, tente malgré tout d’expliquer la position du bloc majoritaire dissident : « On a déjà une offre large et attractive pour les riverains, les professionnels de santé, les entreprises. L’essence du stationnement, c’est la rotation. Ce que vous proposez concerne deux entreprises : c’est du clientélisme. Il existe déjà un abonnement annuel ».
Et il dénonce la logique de seuil : « Pourquoi commencer à 15 véhicules ? Pourquoi pas moins ? Ce message n’est pas simple à faire passer ».
Le maire répond avec ironie : « Moi, je vais au contact des entreprises. Sept m’ont parlé de ce besoin (Maisons de vins et deux auto-écoles). Et ça fait trois ans que vous, M. Bolze, réclamez que le parking République devienne payant. Vous changez d’optique ! Ce tarif flotte existait déjà ».
Pierre Bolze réplique : « Non, tu le crées. Tu t’emmêles les pinceaux ».
 
Un amendement adopté… dans la confusion totale
C’est alors que surgit l’élément déclencheur du chaos : Pierre Bolze dépose un amendement supprimant la création du tarif préférentiel. L’amendement réunit une majorité de voix. Mais le maire ne fait pas voter les "contre" ni les abstentions, déclarant : « Ça ne change rien, vous êtes majoritaires, donc l’amendement est voté. Inutile de voter contre ou s’abstenir ». Finalement l'ensemble des tarifs 2026 est voté à l'unanimité avec l'amendement. Une méthode incompréhensible… et le début d’une séquence surréaliste.
 
Les tarifs votés… mais un amendement illégal
Fin de séance : coup de théâtre. Le maire demande une suspension. Le directeur général des services de la ville, Jérôme Chiodo, annonce : « L’amendement ne peut pas être accepté. Le règlement intérieur impose un dépôt quatre heures avant la séance. Même voté, il n’est pas valable ». Le public souffle, médusé. Pour Geoffroy Brunel, du groupe d’opposition « Beaune Convergence », la coupe est pleine : « Donc l’amendement est nul, et vous nous avez laissés voter les tarifs comme si de rien n’était ? C’est soit de l’incompétence — vous devriez connaître le règlement intérieur — soit vous êtes un menteur ».
Le maire balaye : « Je n’ai rien fait voter ». Pierre Bolze explose : « Mais si, on a voté l’amendement ! ». Le maire, imperturbable : « Non. Je n’ai rien fait voter », on comprend alors pourquoi il n'a pas fait voter sa municipalité...
Même Éric Monnot, du groupe d’opposition « Beaune Convergence » absent depuis cinq ans revenu pour cette séance, perd son calme, se lève, gesticule : « C’est une tromperie ! On a voté favorablement parce qu’il y avait l’amendement. Vous nous prenez pour des glands ! ».
Au final, le maire tranche « Je ne souhaite pas revenir dessus. Vous êtes majoritaires. On va garder ces tarifs avec l’amendement contre la création de ce tarif concernant le stationnement des flottes d’entreprise ».
A voir ce que dira le contrôle de légalité des actes des collectivités territoriales, sur la  conformité de cette délibération. 
 
Un final en pugilat
Les échanges virent au règlement de comptes. Pierre Bolze : « Je m’inquiète réellement du fonctionnement de notre collectivité ». Alain Suguenot : « Je m’inquiète de votre incompétence. On a voté ce que vous avez voté... ». Le point se termine dans une fumée opaque de confusion, chacun accusant l’autre de manipulations, d’illégalité ou d’amateurisme.
Marc Désarménien conclut en s’adressant aux oppositions « le message envoyé aux entreprises manque cruellement d’attention ».
 
Un parfum électoral dans l’hémicycle
Pour l’opposition, le sous-texte est clair : la création du tarif préférentiel pour les entreprises du centre-ville sent la mesure électoraliste, juste avant les municipales. Entre amendement invalidé, votes fantômes, attaques personnelles et ambiance de foire d’empoigne, ce conseil municipal restera comme l’un des plus confus, tendus et inflammables du mandat.

Jeannette Monarchi