BOURGOGNE
Bourgogne – Vendanges 2026 : « On a perdu beaucoup de volume » : Thiébault Huber constate des petits raisins, moins de rendement mais de belles acidités
Par Jeannette Monarchi
Publié le 28 Août 2026 à 08h21
Les vendanges 2026 resteront comme un millésime marqué par une précocité exceptionnelle et plusieurs épisodes de très forte chaleur. Entre sécheresse, pertes de rendement et raisins particulièrement concentrés, les premiers jus livrent pourtant des signes encourageants. À Meursault, Thiébault Huber, président de la CAVB, livre son premier regard sur une récolte qui pourrait obliger la viticulture bourguignonne à accélérer encore son adaptation.
Jeudi, entre les rangs de la parcelle « En Dressolles » à Meursault, Thiébault Huber achève ses dernières journées de vendanges. Dans ce terroir réputé pour donner des vins tout en finesse et en élégance, le vigneron du Domaine Huber-Verdereau livre un premier regard sur un millésime 2026 marqué par une précocité exceptionnelle, la chaleur et des rendements très hétérogènes. « Oui, les vendanges précoces… très précoces, et en fait très très étalées », constate-t-il. Certains domaines ont commencé dès le 8 août et terminé autour du 15, tandis que d’autres secteurs de la Côte de Beaune doivent encore commencer à vendanger ce samedi 29 août. Les Hautes-Côtes, traditionnellement plus tardives, accusent également un décalage. « Là, pour le coup, c'est vraiment un grand écart en termes de dates. »
Pour le président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB), chaque vigneron a évidemment observé ses propres parcelles pour déterminer la bonne date de récolte. Mais le climat a fortement pesé sur la maturité des raisins. « La semaine du 15 août a fait beaucoup de mal. Cette cinquième canicule fait vraiment beaucoup de mal aux raisins. On a perdu beaucoup de volume, en fait, et ça a fait tout de suite monter les sucres. »

Des rendements très hétérogènes
À l’échelle de son domaine, les écarts sont particulièrement importants selon les sols et les parcelles. « J'ai des 50 hectolitres comme j'ai du 12 hectolitres, donc c'est vraiment en fonction des sols et des endroits. » Une situation qui rejoint le constat plus général d’une récolte à petits rendements. « En Côte-d’Or, la situation reste globalement satisfaisante, tandis que l’Yonne apparaît davantage en difficulté et que la Saône-et-Loire présente des situations très contrastées selon les secteurs, avec des parcelles où les rendements sont faibles et d’autres où la récolte s’en sort mieux. On savait qu’au niveau des rendements, on n’allait pas faire grand-chose », explique-t-il alors qu’il achève ses derniers rangs.
Pour autant, la qualité des raisins constitue un motif de satisfaction. La chaleur a concentré les sucres. Côté degrés, Thiébault Huber se montre également rassuré : avec un maximum à 14,3 degrés, il estime avoir évité les niveaux d’alcool particulièrement élevés qui faisaient partie des inquiétudes de ce millésime, « par contre, on a de très belles acidités, donc ça sent très bon pour l'instant. J'ai commencé les fermentations il y a une semaine, elles débutent naturellement sans problème. Donc on verra ce que ça va donner comme millésime ».
Le vigneron fait même un parallèle avec un autre millésime particulièrement chaud : « 2003 a été un peu semblable à ça. Il avait également concentré les acidités. Au final, c’est un millésime qui s’est très bien gardé et qui était très agréable ».
Surpris par la résilience de la plante
Si le millésime est exceptionnel par les niveaux de chaleur enregistrés, Thiébault Huber se dit aussi impressionné par la capacité de la vigne à résister. « Toutes les années sont exceptionnelles maintenant, donc c’est compliqué. Mais oui, celle-ci est quand même exceptionnelle par les niveaux de chaleur qu’on a eus. Je suis aussi exceptionnellement surpris par la résilience de la plante. Elle a encaissé cinq coups de chaud à 40-42 degrés, énormes. Et, mine de rien, à part les raisins qui n’étaient pas protégés par une feuille, les raisins sont beaux, c’est sain, il n’y a pas de maladie, pas de pourriture, c’est mûr. » Le principal problème se situe finalement dans le volume de jus contenu dans les baies. « Mais ce sont des petits raisins. Il manque de l’eau dedans. »

Pour Thiébault Huber, certaines évolutions sont déjà à l’œuvre dans les domaines. Lui-même a choisi de retarder le rognage afin de conserver davantage de feuillage et ainsi protéger les raisins du soleil. « Moi, je n’ai rogné mes vignes que la semaine dernière, juste avant qu’on commence. C’était un peu la jungle, mais je suis bien content de l’avoir laissé pour que ça protège un peu les raisins du soleil. » Une pratique qu’il considère comme l’un des leviers d’adaptation à développer davantage. « Je pense que ce sont des évolutions qu’il faut qu’on commence à faire beaucoup plus fréquemment dès qu’on sent un millésime un peu comme ça. » Mais la difficulté consiste à anticiper un climat qui peut aussi réserver des scénarios totalement différents. « Après, on n’est pas à l’abri d’un 2024, où on a eu 1 500 mm d’eau. »
L’adaptation passe également par le matériel végétal. « Je crois aussi beaucoup à la résilience de la plante, qui va s’adapter elle aussi. Mais on voit que certains plants, certains porte-greffes sont plus adaptés. On le voit tout de suite : cette année, certains n’ont pas poussé, ils sont chétifs, il n’y a rien dessus. » Les recherches portent donc désormais sur plusieurs leviers : porte-greffes, nouvelles variétés de pinot noir et de chardonnay, mais aussi modification de l’environnement immédiat des vignes. « Il faut absolument qu’on puisse trouver un équilibre des plants qui supporte l’absence d’eau. Des leviers, il y en a. On le voit : j’ai quelques arbres dans des parcelles. Dès qu’il y a un arbre, c’est quand même incroyable la différence. »

Jusqu’à 40 arbres par hectare avec l’agroforesterie
La filière expérimente ainsi de nouvelles formes d’agroforesterie. « On a réussi à obtenir un arrêté sur l’agroforesterie. Maintenant, on peut aller jusqu’à 40 arbres par hectare sans perdre de surface de production. C’est quand même plutôt intéressant. » Reste désormais à déterminer comment ces dispositifs pourront être déployés concrètement. Des expérimentations sont déjà menées dans le vignoble de Meursault. « Il y a pas mal d’essais. Sur une parcelle, d’ailleurs, il y a des arbres au milieu. C’est une parcelle test de Meursault. »

Des vendangeurs protégés de la chaleur
La chaleur a également imposé une vigilance particulière pour les salariés travaillant dans les vignes. « On fait des pauses fraîcheur comme les footballeurs. Donc je leur ai donné à tous un chapeau. » Chez Thiébault Huber, les horaires n’ont toutefois pas été modifiés, les températures ayant été plus supportables au moment où son équipe a commencé à récolter.
La vigilance reste néanmoins permanente. « Par contre, à chaque rang, on boit un coup. Il faut faire attention. C’est important. » Avec une conclusion très simple : « Si on ne veut pas qu’ils nous tombent les uns derrière les autres, il faut faire attention ».
Jeannette Monarchi
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