BEAUNE
La Cour de Beaune : l’art de recevoir signé Véronique Capmeil
Par Jeannette Monarchi
Publié le 27 Juillet 2025 à 09h00




Styliste de formation et ancienne directrice artistique pour les plus grandes maisons de luxe, Véronique Capmeil a choisi Beaune pour écrire une nouvelle page de sa vie. Dans sa maison d’hôtes “La Cour de Beaune”, elle conjugue esthétisme, accueil raffiné et sens du détail. Portrait d’une styliste de l’ombre devenue hôtesse de charme, entre passion et élégance.
Derrière le portail discret d’une belle bâtisse de la fin du XVIIIe au cœur de Beaune se cache un lieu singulier, élégant et intime : La Cour de Beaune, maison d’hôtes pensée et entièrement rénovée par Véronique Capmeil. Parisienne d’origine, Véronique Capmeil a longtemps évolué dans les coulisses du luxe. Diplômée de l’École Supérieure des Arts Appliqués Duperré, une pépinière de talents créatifs, elle débute dans la mode mais bifurque rapidement vers le design d’espace. « Le milieu de la mode m’a semblé trop tourné vers soi. Moi, j’avais besoin de collectif, d’équipe, de matière, de concret. » Son terrain de jeu devient alors l’univers du luxe, mais côté scénographie.
Un parcours au sommet… puis un virage personnel
« J’ai passé plus de trente ans dans le secteur de la cosmétique et du luxe, chez Guerlain ou encore Bourjois » explique-t-elle. Chez Bourjois (groupe Chanel), elle prend en main la direction artistique, orchestre les campagnes visuelles, imagine les vitrines, les décors, les shootings. Puis chez Guerlain (groupe LVMH), pendant sept ans, elle pousse encore plus loin son art de mettre en scène les marques. « J’ai eu la chance de créer une trentaine de boutiques dans le monde. C’était incroyable. Mais la pression était forte. Guerlain, c’est la cour des grands. Il fallait être impeccable. Toujours. » Elle sourit, se rappelle que Monsieur Arnault lui-même venait inspecter les boutiques sur les Champs-Élysées chaque samedi. « S’il y avait un détail qui clochait, le téléphone sonnait immédiatement… »
Une première renaissance à Uzès
À l’approche de la soixantaine, Véronique ressent le besoin de se réinventer. Elle quitte Paris et le luxe institutionnel pour retrouver une forme de liberté créative. Direction le sud, où elle achète une ruine médiévale à Saint-Siffret, près d’Uzès, dans le Gard. Deux ans de travaux plus tard, sa première maison d’hôtes La Cour Saint-Siffret ouvre ses portes. Elle y accueille les hôtes pendant trois saisons, dans une maison d’hôtes au charme brut et raffiné. « Mais le climat était trop chaud, et le rythme très saisonnier. Je suis quelqu’un de très active. J’avais besoin d’un cadre plus vivant toute l’année. »
Beaune, une évidence
Elle cherche alors un nouvel ancrage. Ce sera Beaune, une ville qu’elle découvre comme un coup de foudre. « Je voulais une ville à deux heures de Paris, avec une vraie vie culturelle, du patrimoine, du tourisme toute l’année, et un esprit. Un lieu où je pourrais guider mes hôtes dans des découvertes locales. » Après avoir visité des biens en Normandie, en Touraine, en Anjou, c’est à Beaune qu’elle a le coup de foudre. « C’était une évidence. La taille humaine, le patrimoine, les vignes, la culture, l’effervescence touristique toute l’année… Et surtout, une clientèle internationale sensible à l’esthétique. »
Elle acquiert en août 2023 une maison bourgeoise "dans son jus". Un an de travaux plus tard, La Cour de Beaune ouvre ses portes. « J’ai cassé beaucoup, mais en respectant l’âme du lieu. J’ai gardé les carreaux de ciment, la pierre, recréer des moulures, des espaces. J’ai mêlé les styles dans un équilibre subtil : industriel, contemporain, ancien. » Véronique travaille à l’ancienne. Elle esquisse ses idées à la main, comme une styliste dessine une silhouette. « C’est une méthode que je n’ai jamais abandonnée. Mes plans ne sont pas faits à l’ordinateur, ils sont dessinés. J’ai besoin de sentir les choses, d’imaginer les circulations, les perspectives. » L’ancien garage a été ouvert pour devenir une pièce à vivre lumineuse. « Ma force est ma capacité à me projeter. Je vois immédiatement ce qu’un lieu peut devenir. C’est ce que j’aime le plus : révéler un potentiel endormi. C’est ma passion. Je fais appel à des artisans, je dirige le chantier, je donne le ton. »
Deux suites sont aménagées avec leur propre entrée. Spacieuses, raffinées, climatisées, elles cultivent un art du détail hérité du luxe. « Je voulais leur redonner cet esprit bourgeois propre à Beaune, avec les plafonds hauts, les moulures, mais sans figer les choses. Il fallait que ce soit chaleureux, vivant. » Elles offrent un confort haut de gamme, un mobilier sélectionné avec goût, des moulures, des éléments chinés ou créés sur mesure. « Je travaille à l’ancienne, à la main. Je fais les plans, je coordonne les artisans, je choisis les matériaux. J’aime mêler ancien et contemporain, marbre, bois, pierre, acier… »
Un art de vivre à la française
Derrière l’esthétique léchée, La Cour de Beaune est aussi le reflet d’un savoir-faire de l’accueil. Véronique ne se contente pas de louer des chambres. Elle reçoit. Elle conseille. Elle accompagne. « Je fais une vraie conciergerie, je recommande des restaurants, j’organise des dégustations. Je veux que mes clients vivent un moment à part. Je vise le service d’un hôtel 4 ou 5 étoiles, mais avec l’intimité et la personnalité d’une maison. » Véronique reçoit comme on reçoit des amis : avec générosité, écoute, et cette petite touche en plus qui transforme un séjour en souvenir.
Le succès est déjà au rendez-vous. Depuis l’ouverture en janvier, 80 % de ses clients sont américains (puis suisses, allemands et quelques français). Et d’excellents retours, qu’elle accueille avec un plaisir sincère. Le matin, elle prépare elle-même un petit déjeuner copieux, local et raffiné, servi dès que le soleil le permet en terrasse dans le vaste jardin clos, un luxe rare en plein centre de Beaune, ou près de la cheminée en hiver.
« J’ai été très bien accueillie ici. Les gens sont polis, cultivés, bienveillants. Je ne connaissais pas la Bourgogne, mais j’ai trouvé une vraie qualité de vie. »
Une maison vivante, en mouvement
Fidèle à son énergie créative, Véronique voit plus loin et ne compte pas s’arrêter là. Une troisième chambre devrait bientôt voir le jour, dans une petite bâtisse attenante. Et elle rêve aussi d’un espace d’exposition dédié aux artistes et designers qu’elle affectionne depuis toujours. « Tout au long de ma carrière, j’ai collaboré avec des créateurs, des designers, des artisans. Ce lien me nourrit. J’aimerais que La Cour devienne aussi un lieu de rencontre autour de l’art. »
Beaune lui a tendu les bras, et elle s’y sent pleinement ancrée. « Je ne connaissais pas la Bourgogne. Mais j’ai été très bien accueillie. Les gens sont courtois, cultivés, respectueux. Je me suis construite une vraie vie sociale. Et surtout, j’ai retrouvé du sens. »
Avec La Cour de Beaune, Véronique Capmeil transforme l’art du séjour en art de vivre. Un lieu qui allie le confort d’un hôtel de luxe, la personnalité d’une maison d’artiste, et la chaleur d’un vrai accueil. Un lieu rare, à l’image de sa créatrice : élégant, discret, inspiré.
Jeannette Monarchi


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