BEAUNE
Hospices de Beaune - Un millésime 2026 hors normes qui bouscule tous les repères
Par Jeannette Monarchi
Publié le 03 Septembre 2026 à 18h10
Précocité record, canicules successives, rendements en forte baisse mais état sanitaire exceptionnel : le millésime 2026 restera comme l’un des plus singuliers de l’histoire récente du Domaine des Hospices de Beaune. Lors d’une journée consacrée aux 90 ans de l’AOC Pommard, la régisseuse Ludivine Griveau a livré une analyse détaillée d’une campagne qui a obligé les équipes à revoir leurs habitudes et à s’adapter en permanence.
Réunis ce jeudi 3 septembre à Beaune à l’occasion d’une journée consacrée à la 166e vente des Vins des Hospices le 15 novembre, les Hospices Civils de Beaune ont ouvert les portes de leur cuverie pour une immersion au cœur du millésime 2026. Aux côtés de Guillaume Koch, directeur et président du directoire, de Pierre Bolze, maire de Beaune, et de Célian Ravel d’Estienne pour Sotheby’s, Ludivine Griveau, régisseur du domaine viticole des Hospices, a livré une analyse d’une campagne hors norme. Entre précocité record, canicules répétées, rendements historiquement faibles et raisins d’une qualité sanitaire remarquable, le millésime 2026 pourrait bien marquer un tournant dans l’histoire récente du vignoble bourguignon. « Vive 2026 ! », a même lancé la régisseuse, voyant dans cette année extrême une invitation à repenser les pratiques face aux défis climatiques de demain.
Pour comprendre 2026, Ludivine Griveau invite à remonter plusieurs mois en arrière.
« Il faut repartir de septembre 2025. Nous avons connu un mois record avec près de 300 mm de pluie. La vigne avait déjà commencé à préparer 2026 alors que nous terminions à peine les vendanges 2025. »
À cette pluviométrie exceptionnelle se sont ajoutés un hiver plus froid qu’à l’accoutumée et plusieurs épisodes neigeux favorables à la recharge progressive des sols. Le début du printemps est resté humide, constituant des réserves hydriques précieuses pour la suite de la saison. « C’est sur ce socle hydrique que la vigne s’est appuyée tout au long de l’année. »

Une avance fulgurante dès le printemps
Le débourrement intervient avec une précocité remarquable. « Dès le 19 mars, les bourgeons gonflaient. Autour du 25 mars, nous avions déjà les premières pointes vertes. » Les conditions humides compliquent toutefois certains travaux. Les plantations, habituellement réalisées plus tôt, ne peuvent être effectuées qu’entre le 31 mars et le 3 avril. La croissance de la vigne s’accélère ensuite à un rythme rarement observé. « Je suis partie quelques jours, c’était bourgeon. Je suis revenue, il y avait quatre feuilles étalées. » Au 24 avril, les premières inflorescences sont déjà visibles, soit plusieurs semaines d’avance sur un calendrier classique. Cette avance permet néanmoins aux équipes de réguler plus sereinement le potentiel de récolte grâce à un débourgeonnage tardif et réfléchi.
La fleur, premier tournant du millésime
La floraison intervient sous des températures exceptionnellement élevées. Sur le moment, les vignerons se réjouissent de ces conditions sèches et chaudes. Mais les conséquences apparaissent rapidement. « Nous étions contents d’avoir du chaud et du sec sur la fleur. En réalité, cela a été trop chaud. » Le phénomène de coulure se révèle important, particulièrement sur les chardonnays. « Le potentiel de récolte dégringole, même s’il reste correct parce que nous avions laissé davantage de grappes sur les pieds. »
Les chardonnays, plus précoces, sont les plus touchés. « Ils ont été en fleurs sous des températures encore plus élevées que les pinots noirs. Ils ont donc davantage souffert en termes de rendement. »
La vigne ne s’est jamais arrêtée
L’un des enseignements majeurs de l’année concerne le comportement de la vigne face aux fortes chaleurs. Alors que beaucoup craignaient un blocage végétatif, les observations de terrain racontent une autre histoire. « On entendait partout que la vigne allait s’arrêter. Il suffisait pourtant d’aller dans les parcelles pour constater qu’elle continuait d’évoluer. » Fin juin déjà, Ludivine Griveau pressent une récolte extrêmement précoce. « Préparons-nous, parce que si cela continue ainsi, nous pourrions être prêts à vendanger autour du 10 août. » Même si ce scénario ne se réalisera pas totalement, la dynamique ne ralentira jamais réellement durant l’été.
Des choix culturaux inédits pour préserver les vignes
Face à ces conditions exceptionnelles, le domaine adapte plusieurs pratiques. Les jeunes plantations sont arrosées dès la troisième semaine de juin, une mesure rarissime en Bourgogne. Les équipes décident également d’interrompre les labours dès le début de la véraison afin de conserver la fraîcheur des sols.vAutre décision forte : arrêter les rognages dès la mi-juin.v« Cette année, la vigne nous a montré que nous pouvions la laisser faire. Les ressources étaient déjà orientées vers les fruits. » L’objectif est double : limiter le stress hydrique et protéger les grappes des rayonnements excessifs. « Quand un sol caillouteux atteint plus de 65 °C, chaque zone d’ombre compte. »
Des rendements faibles mais attendus
La baisse de production se confirme au fil des semaines.vCertaines parcelles de chardonnay affichent seulement 12 à 15 hectolitres par hectare. Les meilleurs secteurs atteignent environ 30 hl/ha. « Nous savions que les rendements seraient faibles. La réalité est même un peu plus sévère que ce que nous imaginions. » Ludivine Griveau relativise toutefois la situation. « Il faut aussi regarder ce qui s’est passé ailleurs. Certaines régions ont tout perdu sous la grêle quelques jours avant les vendanges. Nous, nous avons récolté. Cela reste une chance. »
Des vendanges historiquement précoces
Le Domaine des Hospices débute les vendanges le 15 août et les termine le 24 août. Une précocité qui entre dans les annales. L’ordre de récolte lui-même a surpris les équipes. « Nous avons vendangé Corton avant Volnay. C’est une première pour nous. » La logistique nécessaire pour récolter les 60 hectares du domaine a demandé une réactivité permanente. « J’ai demandé énormément à mes équipes. L’adaptation est devenue une nécessité, mais la réactivité l’est tout autant. »

Un état sanitaire exceptionnel
Malgré les difficultés climatiques, la qualité sanitaire des raisins constitue l’une des grandes satisfactions du millésime « Les raisins étaient très beaux, très sains. Le tri moyen est inférieur à 3 %. » Les grappes présentent des peaux épaisses, une forte concentration et des couleurs prometteuses pour les rouges. Les degrés alcooliques s’annoncent élevés, parfois très élevés. « Oui, nous allons probablement avoir des degrés que certains qualifieront de stratosphériques. Mais il faudra les assumer. Cela n’empêchera pas de faire de grands vins. »
« Vive 2026 »
Pour la régisseuse des Hospices de Beaune, ce millésime dépasse largement la seule question de la récolte. Il symbolise l’entrée dans une nouvelle époque viticole où les certitudes d’hier ne fonctionnent plus toujours. « Je suis d’une génération qui est en train d’effacer ce qui ne marche plus sans encore savoir complètement ce qui marchera demain. »
Face à cette évolution, elle préfère voir une opportunité plutôt qu'une contrainte. « Ce millésime nous a emmenés dans nos retranchements. Il nous a obligés à faire autrement, à remettre en question nos habitudes. Alors moi, je dis : vive 2026. »
Au-delà de la précocité record, des faibles rendements et de l’excellent état sanitaire des raisins, Ludivine Griveau estime que le véritable défi de 2026 se jouera désormais en cuverie. Les fortes maturités, les degrés élevés et l’empreinte climatique très marquée du millésime imposeront des choix précis lors de la vinification afin de préserver l’identité des terroirs. « L’enjeu aujourd’hui est de permettre aux Climats de s’exprimer malgré cette forte signature climatique », explique-t-elle. Pour la régisseuse, le travail des prochains mois demandera une grande maîtrise technique et une ligne directrice très claire. En ce sens, 2026 sera sans doute un millésime plus œnologique que d’habitude, moins intuitif, où les décisions de vinification joueront un rôle déterminant pour révéler toute la finesse et la singularité des terroirs bourguignons.
Jeannette Monarchi
Lire par ailleurs : 166e Vente des Vins des Hospices de Beaune – L’ARSLA et DEBRA, les deux associations de maladies rares retenues pour la Pièce des Présidents
et L’affiche 2026 de la Vente des Vins : un soleil sur les Climats de Bourgogne
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