BOURGOGNE
Obésité complexe - Dijon lance le premier parcours de soins renforcé pris en charge en France
Publié le 24 Avril 2026 à 19h29
Lancé officiellement ce 24 avril à Dijon, le premier parcours coordonné renforcé consacré à l’obésité complexe chez l’adulte marque une étape majeure dans l’évolution du système de santé français. Inspiré de l’expérimentation innovante EMNO menée en Bourgogne-Franche-Comté, ce dispositif permettra désormais une prise en charge globale, coordonnée et sans reste à charge pour les patients concernés.
C’est une petite révolution dans l’organisation des soins en France. Ce vendredi 24 avril, à Dijon-Valmy, a été officiellement lancé le premier « parcours coordonné renforcé » (PCR) consacré à la prise en charge de l’obésité complexe chez l’adulte.
Derrière cet acronyme technique se cache une transformation profonde de la manière de traiter les maladies chroniques : pour la première fois, un parcours de soins global, coordonné et pluridisciplinaire sera intégralement pris en charge sans avance de frais ni reste à charge pour les patients.
Ce nouveau modèle s’appuie directement sur une expérimentation conduite en Bourgogne-Franche-Comté : l’EMNO, pour « Espace Médical Nutrition et Obésité », devenu une référence nationale dans la prise en charge des patients souffrant d’obésité complexe.
Une nouvelle logique de soins
Avec les parcours coordonnés renforcés, les autorités sanitaires veulent rompre avec une prise en charge fragmentée où chaque consultation et chaque intervention fonctionnent isolément. Le principe est désormais de construire un véritable parcours personnalisé autour du patient. Les parcours coordonnés renforcés marquent une évolution majeure de notre système de santé. Le système repose sur une équipe pluridisciplinaire coordonnée et sur un financement global au forfait permettant d’intégrer des soins jusque-là difficilement accessibles financièrement.
L’objectif : mieux accompagner les patients atteints de maladies chroniques complexes tout en améliorant la prévention et la qualité de vie.
Une réponse à un enjeu majeur de santé publique
L’obésité complexe constitue aujourd’hui un enjeu sanitaire considérable. Selon les critères de la Haute Autorité de santé, elle concerne des patients présentant un indice de masse corporelle compris entre 35 et 50 kg/m². En France, près de 2,3 millions de personnes seraient concernées en 2024. Cette pathologie augmente fortement les risques de complications : maladies cardiovasculaires, diabète, troubles ostéo-articulaires ou limitations fonctionnelles importantes. Le nouveau parcours vise justement à intervenir avant l’aggravation de ces complications.
Un accompagnement intensif sur deux ans
Le dispositif prévoit un suivi sur une durée de deux années. La première année sera particulièrement intensive avec une évaluation complète de la situation du patient et la mise en place d’un programme personnalisé. Le patient bénéficiera d’un suivi régulier avec au moins une rencontre mensuelle avec un membre de l’équipe soignante. Le parcours intègre notamment : un accompagnement diététique, un suivi psychologique, des séances d’activité physique adaptée, des programmes d’éducation thérapeutique.
La deuxième année doit permettre de consolider durablement les changements de mode de vie.

Une équipe pluridisciplinaire au cœur du dispositif
La prise en charge reposera sur une équipe spécialisée coordonnée par un médecin expert de l’obésité. Autour de lui interviendront infirmiers, psychologues, diététiciens et spécialistes de l’activité physique adaptée. Le médecin traitant restera associé au suivi afin d’assurer la continuité des soins. Le dispositif prévoit également des accompagnements renforcés pour les patients les plus fragiles, notamment ceux souffrant de troubles du comportement alimentaire ou présentant de fortes limitations physiques.
Des résultats déjà prometteurs
Le modèle s’appuie sur les résultats obtenus par l’expérimentation EMNO menée en Bourgogne-Franche-Comté dans le cadre du dispositif national « article 51 ». Les résultats observés sont jugés particulièrement encourageants. Selon l’évaluation finale de l’expérimentation publiée en 2023, les patients les plus complexes ont enregistré en moyenne une perte de poids d’environ 10 % à l’issue du parcours. Le niveau d’adhésion des patients est également considéré comme élevé. Le témoignage de Dylan, patient suivi dans le cadre d’EMNO, illustre cette dimension humaine du dispositif. « Sans le suivi à moyen et long terme, je ne sais pas si j’aurais réussi à me tenir aussi sérieusement », explique-t-il. « Grâce à l’équipe, j’ai appris comment maîtriser mes excès, reprendre un peu la main sur mon alimentation. »
Un financement inédit
Autre innovation majeure : le financement. Le parcours repose sur un forfait global par patient couvrant l’ensemble des interventions médicales et non médicales nécessaires pendant deux ans. Le montant varie selon la complexité des situations. Ce modèle doit permettre d’éviter des complications futures plus lourdes et plus coûteuses pour le système de santé. Les autorités sanitaires parlent d’un véritable « investissement en prévention ».
Un déploiement progressif dans les régions
Le déploiement du dispositif sera progressif à l’échelle nationale. Les agences régionales de santé lanceront des appels à candidatures afin de sélectionner les structures capables de porter ces parcours. Les premières régions prioritaires seront celles où la prévalence de l’obésité complexe est la plus élevée. Une évaluation nationale est déjà prévue en 2028 afin de mesurer les résultats du dispositif et d’ajuster son fonctionnement. À terme, les pouvoirs publics espèrent étendre ces parcours coordonnés renforcés à d’autres maladies chroniques et situations complexes. Avec ce lancement officiel à Dijon, la Bourgogne-Franche-Comté devient ainsi le laboratoire d’une nouvelle organisation des soins appelée à transformer durablement le système de santé français.
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