Varennes-le-Grand - « Des livraisons meilleures qu’Amazon » : le député Éric Michoux veut des filets anti-drones au-dessus des prisons

Varennes-le-Grand - « Des livraisons meilleures qu’Amazon » : le député Éric Michoux veut des filets anti-drones au-dessus des prisons
Varennes-le-Grand - « Des livraisons meilleures qu’Amazon » : le député Éric Michoux veut des filets anti-drones au-dessus des prisons
Varennes-le-Grand - « Des livraisons meilleures qu’Amazon » : le député Éric Michoux veut des filets anti-drones au-dessus des prisons
Varennes-le-Grand - « Des livraisons meilleures qu’Amazon » : le député Éric Michoux veut des filets anti-drones au-dessus des prisons
Photo 1: Serge Michel, chef de détention, Élodie Bonavita, directrice du centre pénitentiaire, et le député Eric Michoux.

Face à l’explosion des survols de drones et des livraisons d’objets interdits en détention, le député Éric Michoux veut imposer des filets anti-drones dans les prisons françaises. En visite ce vendredi après-midi au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand, il a présenté une proposition de loi - co-signée par René Lioret, député de la circonscription de Beaune - visant à installer des filets anti-drones au-dessus des établissements pénitentiaires pour enrayer un trafic de plus en plus sophistiqué, un phénomène devenu massif et national.

La scène est devenue presque banale certaines nuits au centre pénitentiaire de Centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand. Dans le silence nocturne, un bourdonnement surgit au-dessus des bâtiments. Les surveillants scrutent alors l’obscurité, repèrent des mouvements suspects près des fenêtres, avant qu’une intervention rapide ne soit déclenchée. Quelques minutes plus tard, des fouilles de cellules permettent parfois de mettre la main sur des colis largués depuis le ciel. Dernièrement, ce sont 300 grammes de cannabis, une quinzaine de téléphones portables et même trois couteaux qui ont été livrés par drone au-dessus de l’établissement pénitentiaire saône-et-loirien… et ce en seulement dix jours.
Un phénomène devenu suffisamment préoccupant pour pousser le député de la Bresse, Éric Michoux à venir sur place ce vendredi après-midi afin de défendre une proposition de loi visant à installer des filets anti-drones au-dessus des prisons françaises.
Accueilli par Élodie Bonavita, directrice du centre pénitentiaire, son adjointe Mathilde Brunot et Serge Michel,  chef de détention, le parlementaire a pu mesurer concrètement les difficultés auxquelles les personnels pénitentiaires sont désormais confrontés.
 
Un système de livraison meilleur qu’Amazon
Pour Éric Michoux, le constat est sans appel : les drones sont devenus un véritable outil logistique au service des trafics en prison. « Cette proposition de loi rentre complètement dans l’actualité pour lutter contre ce système de livraison meilleur qu’Amazon puisque les drones s’approchent au plus près des fenêtres », a-t-il lancé. Selon lui, le phénomène touche désormais l’ensemble du territoire national. Les chiffres évoqués illustrent l’ampleur de l’explosion du phénomène. En quelques années seulement, les survols et livraisons par drones ont connu une croissance spectaculaire. En 2021, 37 survols avaient été recensés. En 2024, ils étaient déjà 340. En 2025, le chiffre aurait atteint 2 500 incidents recensés, avec une explosion encore plus forte depuis le début de l’année 2026.
Téléphones portables, stupéfiants, cartes SIM, armes blanches et parfois même armes livrées en pièces détachées : les colis largués au-dessus des prisons deviennent de plus en plus variés.
 
Des brouilleurs déjà dépassés
Face à cette menace, plusieurs établissements ont été équipés de systèmes de brouillage anti-drones. Mais pour le député, « la technologie des drones ne cesse d’évoluer. Les systèmes de brouillage mis en place dans les pénitentiaires deviennent très vite obsolètes ». Il évoque également des coûts élevés. « Le coût d’un système de brouillage est entre 80 000 et 100 000 euros. » D’où son idée : installer des filets physiques au-dessus des coursives et des zones sensibles des établissements pénitentiaires. « Les filets anti-drones peuvent permettre de limiter le flux. Même si cela n’arrêtera pas toutes les entrées de produits illicites avec les parloirs, les drones continueront peut-être de survoler, mais il n’y aura plus de livraison. » Une seule prison en Martinique en est équipé et l'efficacité a été prouvée.
 
Une proposition de loi déposée à l’Assemblée
La proposition de loi n°2392 a été déposée en février 2026 par Éric Michoux et plusieurs députés dont René Lioret, député de la circonscription de Beaune. Le texte prévoit l’installation de filets anti-drones « notamment au-dessus des cours de promenade et des hébergements ». Dans l’exposé des motifs, les auteurs dénoncent « une explosion des survols par drones » et des livraisons de plus en plus sophistiquées dans les établissements pénitentiaires français. Le texte rappelle également que certains établissements peuvent être survolés « jusqu’à vingt fois dans une même nuit », notamment à Varennes-le-Grand.
 
Une façon de protéger le personnel
Pour le député, l’enjeu dépasse la simple question des trafics. « Ces drones assurent aujourd’hui un véritable trafic dans les prisons. » Il estime que les téléphones livrés permettent notamment aux détenus de poursuivre leurs activités criminelles depuis leur cellule. « Cela permet aux donneurs d’ordre de continuer leur business avec l’extérieur. »
Il insiste également sur la dimension sécuritaire. « C’est aussi une façon de protéger le personnel. » Le coût d’installation des filets dépendrait fortement de la configuration des établissements. « Cela peut représenter entre 100 000 et 150 000 euros pour une coursive de 1 000 m². »
Mais dans certains cas, l’absence de structures adaptées pourrait faire doubler la facture.
 
Des surveillants confrontés régulièrement au phénomène
Sur le terrain, les équipes pénitentiaires doivent s’adapter en permanence. La directrice Élodie Bonavita reconnaît une augmentation constante des survols. Elle explique que les systèmes de brouillage peinent parfois à suivre l’évolution rapide des technologies utilisées par les pilotes. « Les systèmes ne permettent pas toujours de capter précisément les survols et les trajectoires. » La surveillance repose donc largement sur les agents eux-mêmes. « Les personnels travaillent à l’œil, avec les caméras, depuis les miradors et en écoutant les bruits des moteurs. » Dès qu’un survol est suspecté, les équipes interviennent rapidement. « Le personnel suit la livraison puis procède immédiatement à des fouilles de cellules. » Le chef de détention souligne l’implication des surveillants malgré des effectifs de nuit limités. « Le personnel est qualifié et fait un bon travail. »
 
Une prison sous pression
Le centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand dispose théoriquement de 384 places pour hommes, réparties entre maison d’arrêt, centre de détention, quartier mineurs et quartier de semi-liberté. Mais la réalité est bien différente. L’établissement accueille aujourd’hui environ 560 détenus, avec une maison d’arrêt particulièrement touchée par la surpopulation carcérale. Le taux d’occupation y atteindrait 225 %, avec 66 matelas installés au sol. Environ 110 surveillants assurent le fonctionnement quotidien du site, où travaillent près de 200 agents au total.
 
Une réponse encore incertaine
Le député reconnaît lui-même que sa proposition de loi pourrait ne pas être examinée avant la fin du mandat parlementaire actuel. « J’espère qu’elle pourra être étudiée avant la fin du mandat, voire dans le prochain mandat. » Mais il estime que le sujet devient incontournable. « C’est une loi très attendue face à l’accroissement des livraisons. » Il rappelle que Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a déjà lancé des réflexions autour des prisons dites « XXL », mais souhaite aller plus loin. « Moi, je veux que toutes les prisons puissent être protégées par des systèmes de filets anti-drones. » Avant de conclure : « Il faut le faire avec bon sens. Les mieux placés pour savoir, ce sont les personnels qui travaillent sur place ».

Jeannette Monarchi