BEAUNE

Beaune - Dominique Béranger, le nouveau chef d’établissement du Saint-Cœur en quête d’ouverture

Beaune - Dominique Béranger, le nouveau chef d’établissement du Saint-Cœur en quête d’ouverture

Il aurait pu rester sur scène. Il a finalement choisi l’école. Accordéoniste, musicologue, professeur d’éducation musicale, chef de chœur et désormais chef d’établissement, Dominique Béranger arrive au Saint-Cœur avec une personnalité singulière et une multitude de projets. Après plus de trente ans dans l’enseignement catholique, dont plusieurs années à la tête d’établissements scolaires, il pose ses valises à Beaune avec une ambition : faire du Saint-Cœur un établissement encore davantage ouvert sur son territoire.

Il a passé une partie de sa vie à apprendre à faire vibrer les voix, les instruments et les groupes. Désormais, c’est une communauté éducative de 1 280 élèves et quelque 120 collaborateurs qu’il doit accompagner. Depuis cette rentrée, Dominique Béranger est le nouveau chef d’établissement coordinateur de l’Ensemble scolaire privé Saint-Cœur* à Beaune, succédant à Christine Mariotti, partie à Nancy. Un changement de direction qui intervient dans un contexte de renouvellement plus large des équipes et que le nouveau directeur veut transformer en nouvelle dynamique. Sébastien Aubry a pris, en mars 2026, la présidence de l’OGEC (Organismes de gestion de l'Enseignement catholique), tandis qu’une nouvelle présidente de l’APEL (Association des parents d'élèves de l'enseignement libre), Mme Durand, est arrivée au printemps. Du côté des écoles, Manon Mainvis dirige Notre-Dame depuis deux ans et Valérie David l’école Saint-Cœur depuis un an. Dominique Béranger vient compléter cette nouvelle équipe de direction. « Avec tout ce package, on peut ouvrir une nouvelle ère pour l’ensemble scolaire Saint-Cœur. Voilà une nouvelle aventure », résume-t-il. 
 
Un musicien devenu chef d’établissement
Rien ne prédestinait Dominique Béranger à prendre un jour la direction d’un ensemble scolaire. Originaire de Picardie, il se forme d’abord à la musique et à la musicologie à l’Université Lille III, avec une spécialisation autour de la voix et de la direction de chœur. Artiste de scène et accordéoniste, il mène parallèlement une activité musicale lorsqu’une annonce va finalement l’amener vers l’enseignement. En 1994, il rejoint ainsi l’enseignement catholique comme professeur de musique. Il pensait alors vivre cette expérience comme une étape, sans imaginer qu’elle allait devenir le fil conducteur de sa carrière.
Pendant près de vingt ans, il enseigne tout en poursuivant ses activités artistiques. En Ardèche, notamment à Bourg-Saint-Andéol, il développe des projets pédagogiques faisant dialoguer la musique avec le théâtre, la danse et les arts du cirque. Une approche transdisciplinaire qui lui tient déjà particulièrement à cœur. Il participe également à la création du festival « Bouteille en Bretelles », consacré à l’accordéon sous toutes ses formes.
En 2010, après plusieurs années passées dans l’enseignement, il commence à réfléchir à une nouvelle étape professionnelle. Il s’engage alors dans une formation destinée aux futurs chefs d’établissement de l’enseignement catholique et intègre l’École des cadres missionnés (ECM), dont il fait partie de la première promotion. Pendant trois ans, il se forme aux différentes dimensions de la fonction : management, ressources humaines, gestion, pédagogie, stratégie et pastorale. « On balaie vraiment toutes les facettes de la mission du chef d’établissement. C’est très, très enrichissant », raconte-t-il.
En 2013, cette reconversion prend une dimension concrète avec sa première nomination à la tête de l’ensemble scolaire Sainte-Catherine de Sienne, à Aix-en-Provence. Il y reste six ans et retrouve naturellement le terrain culturel. En lien avec le conservatoire et les acteurs locaux, il développe notamment des projets musicaux qui permettent aux élèves de prendre part à la vie artistique de la ville.
En 2019, il rejoint ensuite La Côte-Saint-André, en Isère. L’expérience ne répond toutefois pas à ses attentes et s’achève au bout de deux ans. « Je ne me suis pas du tout retrouvé dans cet établissement. Je crois qu’il y a eu erreur de casting de ma part et aussi de la part du recrutement. Ça peut arriver », reconnaît-il sans détour.
En 2021, il poursuit son parcours à l’Institution Notre-Dame de Pamiers, en Ariège, où il exerce pendant cinq ans comme chef d’établissement et coordinateur. Dans cet environnement rural auquel il est particulièrement attaché, il retrouve un terrain propice au développement de projets. Il met en place des parcours permettant aux élèves de développer leurs talents dans différents domaines, notamment artistique, sportif et linguistique, grâce à des aménagements d’emploi du temps et à des partenariats avec des structures extérieures.
Une expérience qui renforce une conviction qu’il entend aujourd’hui prolonger à Beaune : l’école ne doit pas rester enfermée entre ses murs, mais multiplier les passerelles avec son territoire et permettre à chaque jeune de trouver son propre parcours.
 
« Je ne cesse d’aimer explorer. C’est ça qui me porte aussi au quotidien. »
Son arrivée au Saint-Cœur s’inscrit dans cette continuité. Lorsqu’il découvre le poste, il voit rapidement des similitudes avec son expérience ariégeoise : ouverture internationale, possibilités de partenariats, implantation dans un territoire dynamique. Le recrutement s’est fait après une sélection à laquelle participaient 22 candidats. Dominique Béranger est finalement retenu. À Beaune, son premier constat est celui d’un établissement riche de nombreux projets, mais qui doit mieux les faire connaître. « Il va y avoir un gros travail à faire pour montrer, à voir ce qu’on fait de l’intérieur vers l’extérieur. »
Pour lui, l’école ne doit pas vivre en vase clos. Il reprend une formule du secrétaire général de l’enseignement catholique : « Notre établissement n’est pas une citadelle, c’est un carrefour » avant d’ajouter sa propre conviction : « On est un citoyen à part entière de là où on est. On participe à la vie de la cité ».
Cette ouverture constitue l’un des fils conducteurs de son projet. Il veut renforcer les liens avec les associations, les clubs sportifs, les acteurs culturels, les institutions et les structures de Beaune mais aussi avec le monde (1er échange franco-américain en 2027, poursuite des voyages en Espage, Argentine et pourquoi pas avec le Japon...). Le Saint-Cœur dispose déjà de plusieurs dispositifs : enseignement de disciplines en langue étrangère, échanges internationaux, rugby, partenariats sportifs ou encore ouverture sur le patrimoine et la biodiversité. Les dispositifs de type DNL permettent notamment d’enseigner certaines matières en anglais, une particularité que le nouveau directeur souhaite davantage valoriser. « Il se passe des choses dans l’établissement. Comment on donne de la visibilité à l’extérieur ? »
 
Faire émerger les talents
Derrière cette volonté de communication se trouve une conception plus large de l’éducation. Dominique Béranger souhaite développer la notion de « parcours », afin que chaque élève puisse identifier et approfondir ses centres d’intérêt. Sport, langues, sciences, culture, arts : l’idée est de permettre aux jeunes de ne pas être enfermés dans des cases. « J’ai un talent effectivement dans cette discipline, je vais aller par-là. J’ai un autre talent, je vais aller par-là. » Le nouveau directeur défend également une approche transdisciplinaire. Une manière de faire travailler ensemble les matières plutôt que de les considérer comme des blocs séparés.
Son expérience de musicien nourrit cette vision. Dans une partition, chaque voix possède sa place, mais c’est leur association qui crée l’œuvre collective. « Le management commence par notre intériorité », explique-t-il, avant de développer une autre image : celle d’un management « à l’horizontale », comparable à une partition musicale. Cette vision s'étend à l’ensemble de la communauté éducative. « Comment on fait corps avec nos corps ? À la fois on est des corps, chacun a son corps, mais en même temps on est amené à faire corps : c’est ce qu’on appelle une communauté éducative. » Il préfère d’ailleurs parler de « collaborateurs » plutôt que de personnel, soulignant que chacun, des équipes pédagogiques aux personnes chargées de l’entretien, participe à l’accompagnement des élèves.

« Du bleu pour rêver » : un projet fédérateur
Pour sa première année, Dominique Béranger souhaite fédérer l’ensemble scolaire autour d’un projet commun : « Du bleu pour rêver, entre océan, terre, ciel, une éducation à la paix ». Mais l’ambition dépasse les murs de Saint-Cœur : le directeur a créé des passerelles avec les deux établissements scolaires publics de Beaune, afin de favoriser les échanges et les projets communs entre élèves. Le thème permet de croiser les disciplines et d’ouvrir de nombreuses pistes pédagogiques : arts plastiques, sciences, littérature, environnement, musique ou encore ouverture internationale. La couleur bleue devient ainsi un fil rouge, avec des travaux autour des cyanotypes, du ciel, de l’océan, du monde minéral, des étoiles ou encore du Japon. « C’est tout en zénitude », lance-t-il avec le sourire, comme un mantra pour cette première année.
Le projet s’appuie également sur « Chien Bleu », l’album de Nadja, qui doit être adapté au cinéma en septembre et le devient la mascotte du projet. Dominique Béranger souhaite entrer en contact avec l’autrice et réfléchit déjà à des prolongements pédagogiques autour de l’amitié, de la confiance et de la paix intérieure. Une manière, là encore, de faire sortir les projets de l’établissement et de donner davantage de visibilité aux talents des élèves. « Nos jeunes ont du talent. Mais comment le montrer ? »

Une place plus importante pour les arts
Sur ce terrain, Dominique Béranger entend apporter une touche très personnelle. Il constate qu’à son arrivée, le volet artistique lui paraît moins développé que les dimensions sportive, linguistique ou internationale. Sa réponse sera musicale. Dès cette rentrée, il prévoit de lancer un atelier autour de la voix et du chœur, qu’il animera lui-même. Chef de chœur de formation et ancien pratiquant du chant lyrique, il souhaite retrouver le plaisir de transmettre par la voix. Pour lui, la création artistique ne doit pas rester cantonnée à l’école. Elle peut aussi devenir un moyen de faire sortir les élèves de l’établissement et de les confronter au monde culturel qui les entoure.
 
« Où sont les jeunes » dans la vie culturelle ?
Le nouveau directeur nourrit d’ailleurs une réflexion plus large sur la place accordée aux jeunes créateurs. Beaune possède déjà de nombreux rendez-vous culturels. Mais Dominique Béranger pose une question : quelle place y occupent les jeunes ? Sa volonté serait de leur offrir des espaces pour montrer leurs réalisations, qu’elles soient musicales, artistiques, culinaires ou liées à d’autres domaines. Une réflexion qui rejoint sa conception de « l’école hors les murs ». Il plaide pour davantage de liens entre les enseignements et le monde réel, y compris dans les filières générales. « Pourquoi un élève de filière générale ne pourrait pas faire plus de liens avec le monde réel, le concret, tout en restant dans un cadre de formation ? Je suis aussi un fervent défenseur de l'apprentissage. »
 
Valoriser la filière ST2S
Parmi les dossiers qui lui tiennent particulièrement à cœur figure également la filière technologique ST2S, consacrée aux sciences et technologies de la santé et du social. Cette rentrée compte 18 élèves en première et 10 en terminale. Pour Dominique Béranger, cette orientation mérite d’être davantage valorisée. « Vous avez choisi une filière incroyable de toute beauté : c’est le prendre soin aujourd’hui » a-t-il lancé le jour de la rentrée aux élèves. Il souhaite notamment réfléchir à l’avenir de cette filière après le baccalauréat, avec pourquoi pas des parcours en apprentissage ou de nouvelles formations post-bac. « Il va y avoir une réflexion autour de cette filière ST2S : comment aujourd’hui on la porte au niveau du département, de la région ? »
Mais le développement de nouvelles formations se heurte aussi à une contrainte très concrète : les locaux sont déjà occupés à pleine capacité. « Le gros bémol aujourd’hui, c’est que nos murs sont complets. Donc si on vient à réfléchir à une nouvelle filière, il faudra se projeter quelque part à l’extérieur. Mais rien n’est impossible. »
 
Une rentrée sous le signe de la stabilité
Pour cette première rentrée, l'établissement accueille 1 280 élèves. Dominique Béranger souligne une « très belle rentrée de sixième » et des classes bien remplies au collège, ainsi qu'une rentrée encourageante au lycée. Après plusieurs années marquées par une baisse des effectifs, son objectif est désormais de stabiliser la situation. « Comment on se renouvelle peut-être dans nos offres », résume-t-il. L’enjeu est donc moins de bouleverser l’existant que de faire évoluer l’offre en fonction des attentes des familles et des aspirations des élèves. Cette volonté d’évolution passe aussi par une attention particulière portée au lien avec les parents. La nouvelle équipe de l’APEL doit ainsi devenir un interlocuteur important dans cette nouvelle étape.
 
« Œuvrer » plutôt que travailler
Lorsqu’il parle de son parcours et de ses projets, Dominique Béranger revient souvent à la musique, mais aussi au vocabulaire du travail artisanal. « Je n’utilise jamais le verbe travailler, j’utilise le verbe œuvrer. Parce qu’on est toujours à l’ouvrage. » Il compare volontiers son rôle à celui d’un artisan qui assemble progressivement les éléments d’un ouvrage. « Il y a des heures derrière tout ça. Le métier d’artisan, c’est incroyable. » Une philosophie qui semble résumer sa manière d’aborder cette nouvelle étape : ne pas tout bouleverser, mais tirer progressivement les fils existants pour construire un projet commun. « Il faut rappeler que les chefs d’établissement, il n’y a rien sans une équipe autour de nous. »
À 58 ans, Dominique Béranger arrive donc à Beaune avec un parcours déjà riche, mais sans avoir renoncé à l’envie d’explorer. Il revendique cette curiosité comme un moteur.
Musicien devenu pédagogue, puis chef d’établissement, il entend désormais composer une nouvelle partition au Saint-Cœur, avec une idée centrale : accompagner les jeunes, révéler leurs talents et faire davantage résonner l’établissement avec la ville qui l’entoure.

Jeannette Monarchi

* L’histoire de Saint-Cœur remonte à 1857, lorsque la Congrégation du Saint-Cœur de Marie, fondée à Gap par Marie-Camille Méry et Désirée Moynier, implante une communauté à Beaune ; l’établissement est aujourd’hui sous la tutelle des Sœurs de la Doctrine chrétienne de Nancy.