BEAUNE
Beaune – 234 Américains sortent de l’oubli pour les 10 ans de l’Historial de l’amitié franco-américaine
Par Jeannette Monarchi
Publié le 06 Novembre 2026 à 12h54
Dix ans après son ouverture, l’Historial de la Mémoire et de l’Amitié franco-américaine a célébré son anniversaire ce vendredi 6 novembre, à Beaune, en présence de Molly Mayfield Barbee, consule des États-Unis à Lyon. Moment fort de la cérémonie : le dévoilement d’une stèle portant les noms de 234 Américains décédés dans la ville en 1918 et 1919. Un hommage rendu possible grâce à plusieurs années de recherches et à l’engagement des bénévoles des Compagnons de la Mémoire.
Il y avait du monde, ce vendredi matin, devant l’Historial de la Mémoire et de l’Amitié franco-américaine, rue du Docteur-Tassin, à Beaune. Des élus, des représentants des associations patriotiques, des habitants du quartier, mais aussi de nombreux enfants et élèves des classes Défense, venus participer à une cérémonie qui ne ressemblait pas tout à fait aux autres. Dix ans après son ouverture au public, l’Historial célébrait son anniversaire. Mais au-delà des discours et des souvenirs, cette matinée avait surtout un objectif : redonner un nom et une histoire aux 234 Américains décédés à Beaune en 1918 et 1919.
Aux côtés de Philippe Lucas, président des Compagnons de la Mémoire, et du maire Pierre Bolze, la consule des États-Unis à Lyon, Molly Mayfield Barbee, avait fait le déplacement pour ce rendez-vous symbolique.

234 noms gravés pour ne pas oublier
C'est le moment le plus émouvant de la cérémonie. Une nouvelle stèle a été dévoilée en hommage aux Américains morts à Beaune pendant la présence du Camp américain, à la fin de la Première Guerre mondiale. Derrière ces 234 noms, il y a des soldats décédés de leurs blessures, mais aussi des victimes de maladies et d'accidents. Des hommes, et également des femmes engagées auprès des forces américaines, dont les parcours étaient pour beaucoup tombés dans l'oubli.
Il aura fallu plus de quatre années de recherches à Christian Téton, membre des Compagnons de la Mémoire, pour retrouver leurs identités et reconstituer leurs histoires. « Nous souhaitions créer ici un lieu de recueillement, un endroit pour se souvenir de ces 234 jeunes Américains décédés à Beaune en 1918 et 1919 », explique Philippe Lucas.
La stèle rassemble notamment leurs noms, grades, unités, lieux de naissance, dates et causes de décès.

Quelques parcours racontés par le président des Compagnons de la Mémoire donnent toute sa dimension humaine à cet hommage. Celui d'un jeune Américain de 23 ans emporté par la maladie, d'un soldat mort de ses blessures le 11 novembre 1918, jour même de l'Armistice, ou encore d'un autre victime d'un accident de train en mars 1919. Autant de destins qui rappellent que les derniers mois de la guerre et l'après-guerre ont aussi laissé des familles endeuillées. « Toutes ces vies fauchées ne seront plus anonymes ou invisibles », souligne Philippe Lucas.
Après le dévoilement de la stèle, les autorités ont procédé à un dépôt de gerbes, accompagné de la sonnerie aux morts américaine et des hymnes des deux pays.
Quand Beaune accueillait presque autant de soldats américains que d'habitants
Pour comprendre l'importance de cet hommage, il faut remonter à 1918. Alors que la Première Guerre mondiale fait rage, l'armée américaine choisit Beaune pour y installer un immense centre hospitalier militaire. En quelques mois, un véritable camp sort de terre, avec 10 000 lits, des installations médicales et une liaison ferroviaire permettant d'acheminer les blessés depuis le front.

Après l'Armistice, les bâtiments changent de vocation. En 1919, ils accueillent une université destinée aux soldats américains, afin de leur permettre de poursuivre leurs études avant leur retour aux États-Unis. Près de 10 500 soldats-étudiants fréquentent alors cette université, dans une ville qui compte à l'époque environ 11 000 habitants. Un épisode aujourd'hui difficile à imaginer, tant la présence américaine a bouleversé le quotidien de Beaune pendant près de deux ans. « Imaginez ce que pouvait représenter pour Beaune la présence de milliers de jeunes Américains, de professeurs, de militaires, d'infirmiers et d'infirmières », a rappelé Pierre Bolze. Le maire a également évoqué la visite du général Pershing, commandant en chef des forces américaines en Europe, venu découvrir cette université au printemps 1919.

Dix ans pour faire connaître une histoire longtemps oubliée
Le nom de Camp américain est resté dans le quartier, mais son histoire était devenue largement méconnue. Il faudra attendre 2016 pour que l'Historial ouvre enfin ses portes, à l'initiative notamment de Philippe Roux, alors adjoint au maire, dont Philippe Lucas a salué la détermination à faire aboutir ce projet. Depuis dix ans, les bénévoles des Compagnons de la Mémoire accueillent les visiteurs, enrichissent les collections, recherchent des documents et transmettent cette histoire aux plus jeunes. « L'Historial a su évoluer pour mettre en valeur un véritable patrimoine vivant », se félicite Philippe Lucas, qui a tenu à remercier les nombreux bénévoles et donateurs ayant contribué à son développement. Photographies, objets militaires, documents d'époque et témoignages permettent aujourd'hui de mieux comprendre cette présence américaine à Beaune.
Pierre Bolze a également salué le travail de l'association, particulièrement auprès des scolaires. « Un lieu comme l'Historial vit avant tout grâce aux femmes et aux hommes qui s'engagent pour le faire connaître », a-t-il souligné.

« Derrière les chiffres et les dates, il y a toujours des femmes et des hommes »
Pour Molly Mayfield Barbee, consule des États-Unis à Lyon, cette cérémonie prend une résonance particulière en cette année 2026, qui marque les 250 ans de l'indépendance américaine et des liens historiques entre la France et les États-Unis. Dans son intervention, prononcée en français, elle a rappelé combien les deux pays avaient partagé des moments décisifs de leur histoire, depuis l'aide française aux insurgés américains jusqu'aux deux guerres mondiales. « L'éloignement dans le temps n'est pas une raison d'oublier. C'est, au contraire, une invitation à mieux comprendre notre histoire et à en transmettre les enseignements aux générations futures », a-t-elle insisté.

Avant de revenir sur le sens de l'hommage rendu ce vendredi : « Derrière les chiffres et les dates, derrière les monuments et les cérémonies, il y a toujours des femmes et des hommes, des familles et des destins bouleversés ». La consule a chaleureusement remercié la Ville de Beaune et les Compagnons de la Mémoire pour leur engagement.

Un arbre pour symboliser l'amitié franco-américaine
La cérémonie a également été l'occasion de rappeler un autre anniversaire : les 20 ans du jumelage entre Beaune et Nantucket, cette île américaine située au large du Massachusetts. Après le dévoilement d'une plaque commémorant les dix ans de l'Historial, une visite des collections et la signature des livres d'or, les participants se sont retrouvés dans le jardin pour la plantation d'un arbre.
Un noyer de Jefferson, ou pacanier, originaire d'Amérique du Nord et produisant des noix de pécan, a été choisi pour symboliser les liens entre les deux pays. « Que ses racines nous rappellent notre histoire commune et les liens qui unissent nos peuples depuis 250 ans. Que ses branches symbolisent les projets que nous construirons ensemble », a souhaité Molly Mayfield Barbee.
Un geste simple, mais chargé de sens pour les bénévoles et les habitants de ce quartier dont le nom reste intimement lié à la présence américaine. Cent huit ans après l'installation du camp et dix ans après l'ouverture de l'Historial, Beaune continue ainsi de faire vivre cette histoire. Et grâce à la nouvelle stèle, les visiteurs pourront désormais mettre des noms sur celles et ceux qui ne sont jamais rentrés chez eux.
Jeannette Monarchi
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