CHAGNY
Chagny - Jeune, alcoolique, noyée : incarcérée pour insultes et menaces de mort à l’encontre de gendarmes
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 12 Septembre 2025 à 20h01
Elle est arrivée de Quimper, à Chagny, avec son compagnon et leur enfant, « pour tenter notre chance ici ». Elle a été incarcérée ce 11 septembre en fin de journée. La veille, le 10, elle était « dans un sale état » et elle a fait la misère. Récit d’une nuit très agitée pour les gendarmes de Chagny.
Le 10 vers 18h45, les gendarmes sont appelés : une femme aurait agressé deux hommes, alors qu’ils buvaient une bière, pépouzes, d’après eux. Une femme qu’ils avaient vue dans le parc quelques heures avant, et qui leur aurait demandé de la cocaïne. Elle les a insultés, puis a marché sur eux et leur a donné quelques coups de poing. Les gendarmes prennent les déclarations des deux hommes quand soudain ils sont requis, pas bien loin d’ici.
La présidente modèrera la position de ces deux hommes, connus pour traîner et picoler. La prévenue expliquera qu’elle est allée les frapper parce qu’ils avaient insulté son frère et qu’elle était « dans un état second », alcoolisée et sous cocaïne (qu’au demeurant elle ne leur avait pas demandée).
Un peu plus loin…
Une madame X se plaint d’avoir subi quelques dommages matériels chez elle, causés « par une femme hystérique qu’elle a hébergée un certain temps », relate la présidente, à l’audience des comparutions immédiates. Encore une femme, très agités, on commence à faire un lien. Au domicile de madame X se trouvent le compagnon et l’enfant. Les gendarmes dressent procès-verbal et repartent.
Il est 00h50 quand les militaires sont rappelés. Une femme tambourine à la porte de madame X, hurlant qu’elle ne sait pas où dormir et que son téléphone est à l’intérieur. Les gendarmes qui se transportent sur les lieux font ce qu’il faut pour qu’elle récupère son téléphone, et tentent de l’apaiser. Ils relèvent qu’elle alterne des états opposés, tantôt calme, tantôt déchaînée.
Comment on passe d’une IP (ivresse publique) à une GAV (garde à vue)
Avec tout ça, il est plus d’une heure du matin et elle fait beaucoup de bruit en hurlant qu’elle ne sait pas où aller. Du coup les gendarmes déclenchent une procédure d’ivresse publique. Ils vont pouvoir la placer en cellule de dégrisement (ce sont les mêmes cellules que celles de garde à vue, mais le régime procédural est différent, ndla).
Alors là, la femme bascule elle aussi sur un autre régime : elle devient insultante et menaçante. « Gendarmes de m…, uniformes de m… », « Je vais vous mettre une balle », « je vais vous mettre une corde au cou », « je vais vous tuer ». C’est ainsi qu’on passe d’une procédure pour ivresse publique à un placement en garde à vue pour outrages et menaces de mort.
Mais il faut d’abord, vu son état, la transporter à l’hôpital (de Chalon) pour s’assurer qu’elle peut supporter les conditions d’une garde à vue. Le transport ne se fait pas sans mal. Les gendarmes sont encore la cible du désespoir rageux de la mise en cause, de sa hargne, de ses colères, de son impuissance, aussi. Elle est vue à l’hôpital et remise aux gendarmes. Pendant le retour, la femme se cogne violemment la tête contre la vitre du véhicule, au point que son escorte se demande si elle n’aurait tout de même pas un problème nécessitant son hospitalisation. Demi-tour, on retourne à Chalon. Mais l’hôpital ne la garde pas, on repart à Chagny. Quelle nuit !
Trois heures du matin, l’heure glauque
« La femme hystérique » était dopée par les toxiques, elle finira par se calmer. Enfin, relativement, car une fois à la brigade, elle menace de se suicider et s’en prend à nouveau à ceux qui l’entourent, « sa colère se dirige principalement sur une autre femme, une adjudante ». A trois heures du matin les gendarmes essuient encore des propos d’une vulgarité qui se veut salissante (mais ne peut l’être que pour celui qui la reçoit, sinon elle reste à charge de celle qui les profère, ndla).
Arrimée à l’alcool depuis plus de 15 ans
Presque tout a été enregistré, elle ne peut que reconnaître, et elle exprime des regrets.
Elle est née en 1990. Bientôt 35 ans. Mère de 4 enfants. L’aînée a 18 ans. Elle ne voit pas les deux enfants qui ont suivi et qui vivent avec leur père. « J’ai trop de problèmes, c’est pour ça. » Le dernier enfant est inscrit à l’école à Chagny.
Elle boit depuis qu’elle a 14 ans. Son visage est déjà marqué par une consommation quotidienne de bières, « des 8.6 ». Elle n’a jamais tenté d’arrêter. « Y a tellement de gens qui boivent autour de moi. » La cocaïne, c’est plusieurs fois par mois, sniffée.
Chagny comme un Eldorado
Elle est arrivée à Chagny le 15 juillet. Chagny comme un Eldorado, un nouveau monde et la promesse d’une nouvelle vie, enfin ! « On a fait les vendanges. » La présidente lui fait remarquer que si son mode de vie ne change pas, rien ne changera. La prévenue, dégrisée, en convient. A son casier, 12 mentions. Des outrages, des menaces de mort, deux faits de violence, état d’ivresse, vols.
Cette misère-là, les forces de l’ordre la connaissent bien
Le tribunal est attentif à tous les facteurs environnementaux de cette femme, justement. Comment fait-on pour contribuer à lui donner des conditions qui peuvent, peut-être, lui permettre de s’en sortir ? S’en sortir de ces toxiques qui la plongent dans un monde vaporeux, à la fois inconsistant et très violent et qui la détruisent à coup sûr. Cette misère-là, les forces de l’ordre la connaissent bien : gendarmes et policiers sont en première ligne pour ramasser, au propre et au figuré, la violence qui s’en dégage quand y a du trop.
Les questions qui se posent pour chacune de ces personnes excèdent le cadre qui est celui d’un tribunal.
Si seulement…
Un léger bémol, donc, concernant « les trainiaux » - comme on dit encore dans nos campagnes - qui se sont vraisemblablement un peu servi de l’état de vulnérabilité de cette femme pour la pousser du côté de l’autorité publique.
Si seulement ça pouvait être une chance pour elle, mère malheureuse et damnée de la terre, engluée dans ses problèmes comme bloquée au fond d’un puits et qui se contente de subir ce qu’elle est au lieu d’avoir un rapport plus responsable -mais pas au sens pénal, pour le coup – avec qui elle est. Puisqu’aussi bien nul ne vient au monde dans cet état, il y a bien une sous couche quelque part en elle, un sujet, comme disent les psychanalystes, enseveli mais pas mort.
4 mois de détention puis deux ans sous main de justice
Le tribunal la dit coupable et la condamne à la peine de 12 mois de prison dont 8 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, avec obligations de travailler, de suivre des soins, d’indemniser les parties civiles (dont deux gendarmes). Le tribunal décerne mandat de dépôt pour les outrages et les menaces de mort.
Elle venait de d’apporter de Quimper toutes leurs affaires. Ils venaient de trouver un logement. « On passait encore deux nuits chez madame X, le temps d’installer, de monter le lit pour notre enfant, et après on allait y vivre. »
En d’autres termes : c’était sur le point d’aller mieux.
FSA
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