BOURGOGNE

Bourgogne-Franche-Comté - Sous contraintes, « la Région ne perd pas sa boussole », assure Jérôme Durain

Bourgogne-Franche-Comté - Sous contraintes, « la Région ne perd pas sa boussole », assure Jérôme Durain

Ce mardi, à la veille de l’assemblée plénière de ce mercredi 29 et jeudi 30 avril (matin), le président de Région Jérôme Durain a dressé, lors d’une conférence de presse à Dijon, un état des lieux sans détour : entre contraintes budgétaires, désengagement de l’État et crises multiples, la collectivité entend maintenir le cap en articulant protection des habitants et transformation du territoire.

Première session de l’année après une pause liée aux municipales, cette assemblée plénière s’ouvrira ce mercredi matin à 9 h. D’emblée, le président plante le décor. Le contexte actuel, explique-t-il, est « marqué par la crise géopolitique, énergétique, mais aussi économique », avec des conséquences sociales encore difficiles à mesurer. Une situation qui, selon lui, réduit les marges d’action publique mais renforce la responsabilité des collectivités. Dans ce cadre, il revendique un rôle clair pour la Région : « être là pour protéger le territoire et ses habitants ». Une ligne qu’il résume autour de trois priorités : sécurité, souveraineté et solidarité. Et d’insister : « la région ne perd pas sa boussole dans ce contexte mouvementé ».
 
Entre temps long et réponses immédiates
Face à ces défis, l’exécutif régional assume une stratégie en deux temps. D’un côté, une action structurelle tournée vers l’avenir. « Nous devons organiser le temps long », explique le président, évoquant notamment les feuilles de route consacrées à l’eau et à la science. L’objectif : accompagner les grandes transitions sans céder à « une vision démagogique », mais en s’appuyant sur « une vision structurelle qui prend en compte la réalité du monde ».
Cette orientation se traduit par des politiques de décarbonation des transports, de rénovation énergétique ou encore de soutien aux circuits courts.
De l’autre, une réponse immédiate aux préoccupations du quotidien, à commencer par le pouvoir d’achat. La Région met en avant plusieurs dispositifs : gratuité des transports scolaires, participation renforcée à la restauration, ticket mobilité, maintien de tarifs attractifs sur les lignes régionales. « Nous traitons ces sujets de façon constante », assure-t-il.
 
Une équation budgétaire de plus en plus contrainte
Le ton se durcit lorsqu’il aborde la question des finances. La Région doit composer avec une baisse significative des dotations de l’État. « Nous continuons de nous faire plumer », lâche-t-il, évoquant une perte de 83 millions d’euros sur deux ans.
Dans ce contexte, la décision modificative du budget 2026 vise avant tout à ajuster les équilibres, sans créer de nouvelles marges. « Nous devons inventer des réactions », souligne-t-il, appelant à une meilleure lisibilité des ressources. Malgré quelques recettes en hausse, la pression reste forte, notamment avec l’augmentation des charges liées à la dette.
 
Apprentissage : des choix contraints
Autre dossier sensible : la formation professionnelle. La baisse des financements de l’État impose à la Région de revoir ses priorités. « C’est une logique de stop and go, sans cohérence », regrette le président, pointant une diminution de 25 millions d’euros pour la formation des demandeurs d’emploi. Les conséquences sont concrètes : suppression de places, recentrage des dispositifs, abandon de certains investissements.
À terme, l’inquiétude est claire : « en 2027, la Région sera seule face à la formation des demandeurs d’emploi ». Une situation jugée incompatible avec une politique efficace : « on ne peut pas travailler dans ce brouillard ».
 
Agriculture : une relation apaisée et un engagement renforcé
Sur le volet agricole, le ton est plus positif. Le président met en avant le rétablissement d’un climat de confiance avec la profession. « Je me suis attaché à renouer une situation de confiance avec le monde agricole », rappelle-t-il.
La signature d’une convention avec la Chambre régionale d’agriculture doit concrétiser cet engagement, avec 150 millions d’euros mobilisés pour soutenir le secteur. Les priorités sont multiples : installation des jeunes, modernisation, transition écologique et développement des circuits courts. Concernant les retards de paiement du FEADER, il reconnaît « un accident industriel » mais assure que « le rythme de croisière est aujourd’hui atteint » et que « la confiance est rétablie ».
 
Science et eau : préparer l’avenir
Deux feuilles de route structurantes seront également examinées.
Sur la science, l’ambition est de renforcer le lien entre recherche et société. « Il faut donner envie aux jeunes », insiste-t-il, en évoquant la nécessité de diffuser la culture scientifique et de lutter contre la désinformation.
Sur l’eau, la Région entend anticiper les tensions à venir. « C’est une priorité régionale », affirme le président, appelant à « se poser ensemble » sur les enjeux de gestion et à « préparer les conflits d’usage ».
 
Éthique publique et cybersécurité : répondre à la défiance et aux risques
Enfin, la Région entend renforcer ses dispositifs en matière de déontologie et de cybersécurité. Face à une « défiance » croissante envers les institutions, le président plaide pour « plus d’exigence et de transparence », avec la mise en place de nouveaux outils de contrôle et d’accompagnement des élus.
Sur le front numérique, la menace est jugée bien réelle. « C’est une nouvelle forme de criminalité qui prospère », alerte-t-il, évoquant les risques pour les collectivités, les écoles ou les hôpitaux.
La stratégie régionale vise donc à renforcer la prévention et la protection des systèmes.
Au final, malgré les contraintes, le cap reste inchangé. Entre protection immédiate et transformation de long terme, la Région entend maintenir une action cohérente. Une ambition résumée en une formule : agir aujourd’hui sans renoncer à préparer demain.

Jeannette Monarchi

Les délibérations de cette assemblée sont à suivre dès le mercredi 29 avril à 9 h sur la chaine Youtube de la Région