BEAUNE

Beaune - Aux Blanches-Fleurs, les murs prennent des couleurs et les habitants lèvent les yeux

Beaune - Aux Blanches-Fleurs, les murs prennent des couleurs et les habitants lèvent les yeux
A gauche : Élus, partenaires et représentants des services municipaux réunis mercredi matin au pied de la fresque monumentale en cours de réalisation dans le quartier des Blanches-Fleurs. A droite : Huit adolescents de 11 à 14 ans participent cette semaine à la réalisation d'une fresque collective sur le mur de l'Espace des Blanches-Fleurs, accompagnés de deux graffeurs dijonnais.

Depuis lundi, le quartier des Blanches-Fleurs à Beaune a pris des allures d'atelier à ciel ouvert. Au 2, rue du Clos du Roy, les artistes Missy et Stom500 donnent vie à une immense fresque peuplée d'oiseaux et de végétation. Un peu plus loin, huit adolescents s'essaient à leur tour au graffiti. Deux créations, une même envie : apporter de la couleur, de la poésie et faire de l'art une occasion de se retrouver.

Impossible de passer à côté sans lever les yeux. Sur la façade d'un immeuble du Clos du Roy, un immense oiseau aux teintes rouges et blanches prend progressivement forme sur un fond bleu éclatant. Autour de lui, des feuilles vertes, d'autres oiseaux et des formes végétales composent un décor presque fantastique. Perchés dans leur nacelle, Missy et Stom500 s'affairent depuis lundi à transformer ce mur en une véritable toile géante.
Et visiblement, le spectacle ne laisse pas indifférent. Des passants ralentissent, des joggeurs s'arrêtent, certains prennent le temps de regarder les artistes travailler. Les échanges se nouent spontanément au pied de l'immeuble. Exactement ce que souhaitait le duo. « On avait envie d'apporter de la poésie et des couleurs. Parfois, il ne faut pas chercher un message très philosophique. C'est aussi simplement proposer quelque chose de beau, qui donne envie aux gens de lever les yeux, de s'arrêter et de discuter entre eux », confie Missy.


Un peu de poésie sur les murs du quotidien
Les deux artistes se connaissent bien et travaillent régulièrement ensemble. Leur complicité se retrouve dans cette composition où leurs univers se répondent. La nature et les oiseaux occupent une place centrale dans leurs créations, avec chez Missy une sensibilité particulière pour les ambiances poétiques et chez Stom500 un goût pour les animaux expressifs et les compositions pleines de mouvement. « J'aime beaucoup intégrer une part d'onirisme, de poésie, pour amener ce côté évasion qui peut parfois manquer dans ce type de quartier », explique Missy.


Mais peindre une façade de cette taille en plein mois d'octobre demande aussi de savoir composer avec les caprices du ciel. Depuis le début du chantier, la pluie ne facilite pas la tâche. Mardi, impossible de travailler. Mercredi, les artistes ont dû adapter leur programme. Le rouleau et la peinture acrylique sont laissés de côté lorsque le mur est trop humide, au profit des bombes aérosol, utilisées notamment pour les détails des oiseaux.
Pas de quoi décourager le duo, bien décidé à avancer malgré la météo. L'inauguration reste fixée au vendredi 23 octobre, quitte à revenir effectuer quelques finitions par la suite.
 
Une fresque que les habitants ont choisie
Derrière cette œuvre, il y a aussi une petite histoire de quartier. Car les habitants n'ont pas simplement découvert un projet décidé à leur place. Cet été, ils ont été invités à choisir parmi trois propositions artistiques. Et ils ont répondu présents : 177 personnes ont participé au vote, donnant finalement leur préférence à Missy et Stom500, avec 68 voix. Une mobilisation qui a agréablement surpris les organisateurs. « Ce n'est pas forcément le cas d'avoir autant de participants sur des projets de ce type », reconnaît Maxime Nolot, directeur du service Culture et Événementiel de la Ville de Beaune. Familles, jeunes, habitants de différentes générations : cette consultation a permis à chacun de prendre part, à sa manière, à la transformation de son cadre de vie.
Le projet, porté par la Ville de Beaune avec Zutique Productions, structure culturelle dijonnaise associée au festival d'art urbain Banana Pschit !!!, et CDC Habitat, s'inscrit dans une volonté de faire sortir la culture des lieux où on l'attend habituellement.
Présente mercredi matin lors d'un point presse, Virginie Longin, adjointe chargée des affaires sociales, du logement et de la vie des familles, a salué cette démarche : « C'est vraiment un projet magnifique qui fait rentrer l'art et la culture dans les quartiers et qui va donner un autre dynamisme au quartier ».


 
À quelques rues de là, huit jeunes mettent aussi la main à la peinture
Pendant que Missy et Stom500 travaillent dans les airs, une autre fresque prend forme, cette fois à hauteur d'adolescent, sur le mur de l'Espace des Blanches-Fleurs, côté rue de Savigny. Ici, pas de nacelle géante, mais des bombes de peinture, des pinceaux, des pots de couleurs et surtout huit jeunes de 11 à 14 ans qui découvrent le plaisir de créer ensemble.
Encadrés par deux graffeurs dijonnais, ManuO, également connu sous le nom d'Odorico, et Nexer, ils participent toute la semaine à un atelier qui leur permet de découvrir les techniques du street art.
Avant de passer à la pratique, les adolescents ont eu droit dimanche à une sortie au festival d'art urbain de Dijon. L'occasion de rencontrer cet univers, d'observer des réalisations et de prendre quelques idées.
De retour aux Blanches-Fleurs, il a d'abord fallu se mettre d'accord sur ce qu'ils voulaient raconter à travers leur fresque. Les discussions ont permis de faire émerger plusieurs symboles liés au quartier et au vivre-ensemble.
Sur le mur apparaissent ainsi les mots « Blanches-Fleurs », accompagnés d'une colombe, symbole de paix, et d'une fleur blanche. Une composition qui associe les lettres travaillées de ManuO et les dessins plus figuratifs de Nexer.
Chacun trouve progressivement sa place dans cette création collective, avec ses idées, ses envies et sa manière de manier la bombe ou le pinceau. Et même si la météo n'est pas toujours de leur côté, les jeunes s'appliquent à réaliser une œuvre qu'ils pourront ensuite montrer avec fierté à leurs proches. Car c'est aussi tout l'intérêt de cette initiative : leur permettre de laisser une trace dans leur quartier, sur un mur qu'ils croisent régulièrement.
 
Et si d'autres murs de Beaune suivaient le mouvement ?
Pour la municipalité, cette semaine consacrée à l'art urbain ne doit pas rester une expérience isolée. L'idée est désormais de poursuivre cette démarche dans d'autres quartiers beaunois. « C'est un peu la première étape d'un projet qu'on aimerait développer à long terme sur différents quartiers de la ville », confirme Maxime Nolot. Une ambition déjà affichée cet été par Anne-Gaëlle Catinot, première adjointe au maire, qui avait évoqué la possibilité de réaliser une nouvelle intervention artistique chaque année pendant le mandat.
En attendant de voir d'autres façades se transformer, les Blanches-Fleurs profitent de cette première expérience. Et si la fresque monumentale n'est pas encore terminée, elle a déjà réussi à faire quelque chose de simple : donner aux habitants une bonne raison de s'arrêter quelques instants, de regarder autrement leur quartier et d'échanger avec leurs voisins.
 
Rendez-vous vendredi pour découvrir la fresque
L'inauguration de la fresque monumentale est prévue vendredi 23 octobre à 17 h, au pied de l'immeuble du 2, rue du Clos du Roy, en présence des artistes, des élus, des partenaires et des habitants. Cette inauguration se prolongera par un moment convivial et musical animé par un DJ. Une façon de célébrer ensemble une œuvre qui, une fois les artistes repartis, continuera de faire partie du quotidien des Blanches-Fleurs.

Jeannette Monarchi