CÔTE D'OR

Côte-d’Or - Face à une saison d’incendies inédite, le Département muscle son soutien au SDIS 21

Côte-d’Or - Face à une saison d’incendies inédite, le Département muscle son soutien au SDIS 21
Côte-d’Or - Face à une saison d’incendies inédite, le Département muscle son soutien au SDIS 21
Côte-d’Or - Face à une saison d’incendies inédite, le Département muscle son soutien au SDIS 21
Côte-d’Or - Face à une saison d’incendies inédite, le Département muscle son soutien au SDIS 21

Face à l’intensification du risque incendie liée au changement climatique, le Département de la Côte-d’Or entend renforcer les moyens du SDIS 21. Extension du réseau de caméras intelligentes, réflexion sur une capacité aérienne mutualisée, soutien aux agriculteurs et mobilisation des jeunes figurent parmi les mesures annoncées.

Avant d’aborder l’ordre du jour consacré à la lutte contre les incendies, François Sauvadet a ouvert la séance par plusieurs hommages. Le président du Conseil départemental a notamment eu une pensée pour Gabriel Garrot, jeune agent des services de l’État décédé récemment dans un accident de la route alors qu’il se rendait à son poste, ainsi que pour trois anciens conseillers généraux disparus ces dernières semaines : François Patriat, Camille Deschamps et Robert Grimpret,.
Après une minute de silence, le président a rappelé le sens de cette session extraordinaire : tirer les enseignements d’un été marqué par des incendies d’une ampleur inédite et préparer le département à des phénomènes appelés à se répéter.
« Le risque incendie a changé d’échelle avec des températures qui augmentent, des vagues caniculaires inédites et une sécheresse qui commence de plus en plus tôt », a-t-il déclaré.
 
Une « année de bascule » pour les sapeurs-pompiers
Invité à dresser le bilan de la saison, le colonel hors classe Larry Chatillon-Ouvrard, directeur départemental du SDIS 21, n’a pas caché son inquiétude. « 2026 est une année de bascule », a-t-il affirmé. Pour lui, la fréquence des événements majeurs s’accélère. Après les incendies du plateau de Chenôve en 2015 puis ceux de 2022, la saison 2026 marque une nouvelle étape dans l’évolution du risque.
Le directeur du SDIS a rappelé que l’hiver particulièrement humide avait favorisé une forte croissance de la végétation avant qu’un printemps puis un été exceptionnellement secs ne placent les massifs forestiers et les espaces agricoles dans une situation de stress hydrique extrême. « Début juillet, nous sommes tombés à des taux d’humidité inférieurs à 10 %, ce qui était jusqu’alors inconnu dans le département », a-t-il souligné. Conséquence : les incendies n’ont plus concerné uniquement les forêts. « Beaucoup de feux sont partis de champs ou de plaines agricoles avant de gagner les bois. Nous avons également eu de nombreuses interfaces habitat-forêt à protéger. »


Plus de quatre feux par jour depuis le 15 juin
Les chiffres présentés devant l’assemblée témoignent de l’ampleur du phénomène.
Depuis le début officiel de la saison feux de forêt, le 15 juin : 417 départs de feu ont été recensés ; 31 feux de forêt ont nécessité des moyens importants ; près de 650 hectares ont été parcourus par les flammes ; plus de la moitié des journées ont été classées en risque sévère sur l’ensemble des huit zones du département ; deux zones ont même connu cinq jours en risque très sévère, une situation habituellement observée dans certains départements méditerranéens. « Cela représente plus de quatre feux par jour », a insisté le colonel. La mobilisation a été considérable : près de la moitié des effectifs du corps départemental a participé aux opérations de lutte contre les incendies.
 
Nuits-Saint-Georges et Couchey, deux incendies marquants
Parmi les épisodes les plus importants de l’été, le directeur du SDIS a cité l’incendie de Nuits-Saint-Georges, début juillet, qui a parcouru 45 hectares dans des conditions d’accès particulièrement difficiles. Quelques semaines plus tard, l’incendie de Couchey a constitué l’autre événement majeur de la saison. Au total : 145 hectares ont été parcourus ; 121 hectares ont été détruits ; 186 sapeurs-pompiers ont été engagés simultanément ; huit départements sont venus en renfort. « Les images resteront marquées dans la mémoire des Côte-d’Oriens », a souligné le colonel.
 
Les caméras intelligentes ont fait leurs preuves
Le directeur du SDIS a également mis en avant le rôle déterminant de la caméra expérimentale installée sur le Mont Afrique. « Elle a permis de détecter 80 % des feux situés dans son champ de vision. » Grâce à cet outil, les opérateurs du centre de secours ont pu visualiser immédiatement l’évolution de certains sinistres et adapter les moyens engagés. Une technologie qui a convaincu François Sauvadet. « En moins de 180 secondes, nous pouvions détecter un départ de feu avant même les premiers appels au centre opérationnel », a-t-il rappelé.
 
Un déploiement à l’échelle du département
Fort de ce retour d’expérience, le président du Département a annoncé son intention d’étendre le dispositif. L’objectif affiché est désormais de couvrir l’ensemble du territoire côte-d’orien grâce à un réseau de caméras utilisant l’intelligence artificielle. « Nous voulons protéger 100 % des espaces de Côte-d’Or », a-t-il expliqué. Ces équipements resteront propriété du Département avant d’être mis à disposition du SDIS. À terme, ils devraient être associés au futur jumeau numérique du territoire afin de modéliser la propagation des incendies et d’anticiper les scénarios de crise.


 
Vers un hélicoptère bombardier d’eau mutualisé ?
Autre annonce forte de cette session : la volonté de créer une capacité aérienne interdépartementale de lutte contre les feux de forêt. François Sauvadet souhaite travailler avec plusieurs collectivités voisines, notamment la Saône-et-Loire, le Jura et le Territoire de Belfort, afin de financer la location d’un hélicoptère bombardier d’eau durant la période estivale. « Plus on intervient tôt et massivement, plus vite on maîtrise le feu », a-t-il défendu.
L’appareil qui serait loué pendant la période estivale pourrait être prépositionné à l’aéroport de Dole-Tavaux, déjà doté d’infrastructures adaptées au ravitaillement.
 
23 millions d’euros par an pour le SDIS
Le président du Département a également rappelé l’effort financier consenti en faveur du SDIS. Chaque année, la collectivité apporte 23 millions d’euros au fonctionnement du service, soit plus de la moitié de ses ressources.
À cela s’ajoutent : 5 millions d’euros investis après les incendies de 2022 pour l’acquisition de nouveaux équipements ; 5 millions d’euros consacrés aux centres de secours du territoire. « Les moyens opérationnels ne seront pas comptés », a promis François Sauvadet.
 
Mobiliser les agriculteurs face au risque incendie
La session a également abordé la question de la sécheresse et de ses conséquences sur l’agriculture. Le président a salué le rôle joué cet été par de nombreux exploitants venus soutenir les opérations avec leurs citernes d’eau. Le Département souhaite désormais formaliser cette coopération avec le SDIS et la Chambre d’agriculture. Une expérimentation sera également conduite avec le SESAM afin d’identifier les points d’eau mobilisables à la fois pour l’agriculture et pour la lutte contre les incendies.
Parallèlement, la collectivité prévoit de renforcer ses aides à la récupération et au stockage de l’eau.
 
Former la future génération de la sécurité civile
Dernier axe présenté : l’engagement des jeunes. Avec 2 200 sapeurs-pompiers dont près de 1 900 volontaires, le modèle de sécurité civile repose largement sur l’engagement citoyen. Pour préparer l’avenir, le Département lancera le programme « Génération Sécurité civile Côte-d’Or ».
Celui-ci prévoit notamment : des parcours de sensibilisation dans les collèges ; la création de cadets de la sécurité civile ; une section expérimentale de jeunes sapeurs-pompiers en milieu scolaire ; le développement des formations aux gestes qui sauvent. « Notre ambition est que chaque jeune Côte-d’Orien sache alerter, protéger et secourir », a conclu François Sauvadet.
Au terme de cette session exceptionnelle, le message adressé aux élus comme aux habitants est clair : face à un risque incendie devenu durable, la Côte-d’Or entend adapter ses moyens et anticiper les défis des prochaines années.

Ouverture du débat

Christophe Avena : « Le modèle de financement n’est plus dimensionné pour les risques actuels »
Le président du groupe d’opposition a d’abord reproché à François Sauvadet d’avoir « caricaturé » sa position sur la taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA). « Dire que je souhaite que la TSCA soit reversée intégralement au SDIS est très réducteur. Ce n’est absolument pas ce que j’ai dit », a-t-il insisté. Face à l’augmentation des risques liés au changement climatique, Christophe Avena estime que le débat ne peut se limiter aux équipements : « Un camion, un hélicoptère, des systèmes de détection, c’est nécessaire. Mais derrière tous ces équipements, il faut penser aux femmes et aux hommes ».
Il a appelé à ouvrir « le débat sur les effectifs des professionnels » tout en réaffirmant son attachement au modèle français reposant sur la complémentarité entre volontaires et professionnels.
Sur le financement, il a défendu l’idée d’un fléchage d’une partie de la TSCA vers les SDIS : « Il faut aujourd’hui désynchroniser le mode de financement issu des départements de la réalité des SDIS ». Selon lui, « le SDIS ne doit pas être au cœur d’un combat financier » et les missions sanitaires relevant de la maladie doivent être « prises en charge par l’Assurance maladie à hauteur des coûts engagés ».
Au-delà du financement, l’élu a plaidé pour davantage de prévention : « Répondons-nous seulement aux urgences successives ou préparons-nous réellement la Côte-d’Or aux conséquences du changement climatique ? »

François Sauvadet : « Vous êtes à contresens complet de l’histoire »
Le président du Département a vivement répondu aux propos de Christophe Avena. « Ce que vous déclariez hier et ce que vous déclarez aujourd’hui, je ne comprends pas très bien ce que vous voulez », a-t-il lancé. Estimant que l’élu d’opposition laissait entendre que le Département ne reversait pas intégralement les moyens liés à la TSCA au SDIS, François Sauvadet a dénoncé « un mensonge que vous essayez de faire passer dans l’opinion ». Pour lui, l’enjeu est ailleurs : « Ce que nous voulons collectivement, c’est un financement de solidarité nationale qui assure de manière pérenne la couverture du risque et les moyens opérationnels ». Il a rappelé que les départements financent plus de 60 % des SDIS alors que « l’État ne finance que 3 % de la sécurité civile française ».
Le président du Département a également défendu les investissements réalisés : « Si nous n’avions pas mis les 10 millions d’euros, nous n’aurions probablement pas pu répondre avec la même intensité aux incendies de cet été ».  Et d’ajouter : « Nous sommes le premier département français à couvrir tout son territoire avec des caméras d’observation associées à l’intelligence artificielle ».
 
Hubert Poullot : « Derrière les chiffres, il y a des femmes et des hommes »
Le président du SDIS 21 a recentré le débat sur l’engagement des sapeurs-pompiers. « Derrière tous ces chiffres, il y a surtout des femmes et des hommes, des heures passées dans la chaleur, des kilomètres parcourus, des nuits écourtées, des familles qui attendent », a-t-il rappelé. Il a salué la solidarité entre les SDIS lors des incendies de l’été et remercié les pompiers pour leur mobilisation. Hubert Poullot a souligné l’importance des investissements réalisés depuis plusieurs années : « Cette préparation n’était pas un luxe ». Il a rappelé le saut des surfaces brûlées en Côte-d’Or : « En 2025, 30 hectares avaient brûlé. Cette année, 650 hectares ». Tout en appelant à une réforme nationale du financement, il a insisté sur la nécessité de conserver le lien entre SDIS et départements : « Notre seul objectif est d’assurer la sécurité de nos concitoyens avec les moyens dont nous disposons ».
Concluant son intervention, il a remercié le Département pour son soutien : « Merci d’avoir compris qu’au-delà de chaque véhicule ou de chaque équipement, il y a la capacité d’un sapeur-pompier à rentrer chez lui après son intervention ».
 
Céline Magliga : « Les pompiers ne sont pas un service de taxi »
Prenant la parole au nom de son groupe, Céline Magliga a souhaité dépasser les affrontements politiques. « La question commune à nos deux groupes est simple : comment continue-t-on à financer les SDIS et à soutenir nos pompiers ? » Elle a insisté sur l’évolution des missions de secours à personne : « Les pompiers, ce n’est pas un service de taxi ». Selon elle, les élus doivent porter ce message auprès de la population : « On ne peut pas continuer à appeler les pompiers pour tout et n’importe quoi ». Tout en réaffirmant un soutien « total » aux sapeurs-pompiers, elle a estimé que le débat devait également porter sur l’usage des services publics : « Nous devons interroger la société sur la façon dont elle mobilise les secours ».
 
François Sauvadet : « Une obligation de secours demeure »
Réagissant à cette intervention, François Sauvadet s’est dit « assez d’accord » avec Céline Mâlika tout en rappelant les contraintes du monde rural. « Nous avons une obligation de secours », a-t-il souligné, évoquant les territoires où aucune solution alternative n’existe pour certaines interventions. Il a toutefois reconnu qu’un débat devait être mené sur les missions sanitaires qui ne relèvent pas directement des pompiers.
 
Marie-Claire Bonnet-Vallet : « Le point de vue de l’humanité est toujours le bon »
La conseillère départementale de la majorité a salué les propos du président du SDIS. « J’ai été touchée par les propos du président Poullot », a-t-elle déclaré, jugeant que « le point de vue de l’humanité est toujours le bon quand on parle de protection des populations ».
Elle a estimé que le débat technique sur les financements pouvait parfois éloigner des préoccupations concrètes des pompiers : « Le pompier de Pontailler ou de Semur doit se demander ce qui changera concrètement pour lui l’année prochaine ».
Défendant le vœu présenté par la majorité, elle a rappelé son objectif : « Soutenir le modèle français de sécurité civile fondé sur la complémentarité entre professionnels et volontaires, la proximité territoriale et une gouvernance locale ». Elle a également souligné que « les départements ont doublé leur contribution en vingt ans » alors même que leurs marges financières se réduisent.
 
Emmanuel Coint : « Les ressources humaines sont un point crucial »
Première vice-présidente du SDIS, Emmanuel Coint a insisté sur l’importance de la formation et de l’engagement humain. « La sécurité civile, ce ne sont pas seulement des moyens mécaniques ou technologiques. Ce sont aussi des femmes et des hommes », a-t-elle rappelé. Elle a salué « le niveau de formation des sapeurs-pompiers volontaires et professionnels » et l’engagement des jeunes sapeurs-pompiers, dont « près de 50 % poursuivent ensuite dans le volontariat ». Elle a également regretté le manque de compensation de l’État pour certaines missions : « L’État n’a pas tenu sa promesse sur les carences sanitaires ni sur les moyens aériens ».
Enfin, elle a répondu à Christophe Avena sur le soutien apporté au SDIS : « Vous avez dit avoir toujours soutenu les moyens du SDIS. Non, monsieur Avena, vous avez voté contre tous les budgets ».
À l’issue des échanges, le vœu porté par la majorité départementale appelant à une réforme nationale du financement des SDIS a été inscrit à l’ordre du jour pour examen.

Jeannette Monarchi