BEAUNE

Beaune - À table pour se soigner : l’Hôtel-Dieu revisite l’art du repas médiéval

Beaune - À table pour se soigner : l’Hôtel-Dieu revisite l’art du repas médiéval

À l’Hôtel-Dieu de Beaune, le soin ne commence pas avec un remède… mais avec un repas. Avec la “Matinale gourmande”, nouvelle expérience lancée ce week-end dans le cadre de la programmation « L’Hôtel-Dieu à croquer », les visiteurs sont invités à goûter l’histoire autant qu’à l’écouter.

Ils étaient une quarantaine ce dimanche, curieux de “goûter” l’Hôtel-Dieu autrement. Accueillis dans un lieu chargé d’histoire, les participants prennent place dans la Chambre du Roy, ancien appartement du fondateur devenu salle du conseil jusqu’au XIXe siècle.
Pour Marine Bigot, responsable du développement des publics, l’objectif est clair : faire de ce moment un temps de convivialité, fidèle à l’esprit originel du lieu. « L’Hôtel-Dieu est avant tout une maison d’hospitalité », rappelle-t-elle. Ici, accueillir, nourrir et soigner relevaient d’un même geste.
Au Moyen Âge, le repas est sacré. En Bourgogne comme ailleurs, il constitue un moment de repos, mais aussi un acte thérapeutique. À l’Hôtel-Dieu, les soins commencent par l’alimentation : mieux manger, c’est déjà guérir.


Une cuisine inspirée du Moyen Âge
Pour donner vie à cette histoire, Audrey Chalmers, traiteur et cheffe à domicile, a imaginé un menu inspiré des pratiques médiévales. Ici, pas de reconstitution figée, mais une interprétation sensible et cohérente.
Au menu des produits locaux et frais : œufs, pain et fromages, légumes et herbes du potager, légumineuses, comme dans un houmous revisité, fleurs comestibles, utilisées autrefois en infusion ou en décoction, charcuteries, très présentes dans l’alimentation médiévale.
Chaque plat raconte une époque, un usage, une manière de penser le corps et la santé. Les produits sont locaux, de saison, à l’image de ce que l’on consommait autrefois.
 
Se nourrir pour équilibrer le corps : la théorie des quatre humeurs
Au fil du repas, les explications historiques viennent éclairer une notion centrale de la médecine médiévale : la théorie des quatre humeurs. Héritée des travaux d’Hippocrate et développée par Galien, cette théorie repose sur l’idée que le corps humain est gouverné par quatre humeurs : le sang (chaud et humide), la bile jaune (chaude et sèche), la bile noire (froide et sèche) et le phlegme (froid et humide)
La santé dépend de leur équilibre. Or, chaque aliment possède lui-même des propriétés ou qualités — chaud, froid, sec ou humide — capables d’influencer cet équilibre.
Ainsi, l’alimentation devient un véritable outil thérapeutique. Un malade jugé “trop chaud” recevra des aliments rafraîchissants ; un corps “trop humide” sera équilibré par des mets plus secs. Le repas est pensé comme un traitement, adapté à chaque individu.
 
Une médecine du quotidien
À travers les plats proposés, les visiteurs comprennent que la frontière entre cuisine et pharmacie était ténue. Les herbes, les épices, les modes de cuisson : tout participait à soigner.
Les fleurs, par exemple, n’étaient pas seulement décoratives. Elles entraient dans la composition de tisanes ou de remèdes. Les légumineuses nourrissaient durablement, tandis que certaines épices facilitaient la digestion ou réchauffaient le corps.
Même les associations de saveurs répondaient à une logique médicale. Manger n’était jamais anodin : c’était un acte réfléchi, inscrit dans une vision globale du monde et du corps.
 
Un moment entre histoire et convivialité
La Matinale gourmande se déroule en plusieurs temps, mêlant dégustation et récits. Entre deux plats, les participants découvrent aussi les usages de table médiévaux : la manière de dresser la table, les codes de convivialité, ou encore l’origine de certains mots liés au repas.
Au dessert, des jeux de langage inspirés du Moyen Âge viennent ponctuer l’expérience, rappelant que la cuisine est aussi un terrain de créativité et de transmission.
 
Une immersion sensorielle complète
En complément, l’atelier “L’Hôtel-Dieu en amuse-bouche” propose une approche plus courte, centrée sur les liens entre odeurs, goût et soin. Ensemble, ces deux formats offrent une immersion complète dans l’univers hospitalier médiéval, où tous les sens sont sollicités. Cette expérience rappelle une évidence oubliée : bien avant les médicaments modernes, le premier des soins passait par l’assiette. Une invitation à redécouvrir le pouvoir du repas, entre histoire, plaisir et équilibre du corps.

Jeannette Monarchi

Informations pratiques
Matinale gourmande (2 heures) les dimanche de 11 h à 13 h. 
Prochains rendez-vous : 10 mai, 21 juin, 12 juillet, 13 et 27 septembre
A compléter avant par l'atelier-visite "L’Hôtel-Dieu en amuse-bouche”