BEAUNE

Beaune – Le Jugement dernier de Rogier van der Weyden retrouve sa chapelle grâce à la technologie et au fac-similé de Factum Foundation

Beaune – Le Jugement dernier de Rogier van der Weyden retrouve sa chapelle grâce à la technologie et au fac-similé de Factum Foundation
Beaune – Le Jugement dernier de Rogier van der Weyden retrouve sa chapelle grâce à la technologie et au fac-similé de Factum Foundation
Beaune – Le Jugement dernier de Rogier van der Weyden retrouve sa chapelle grâce à la technologie et au fac-similé de Factum Foundation
Beaune – Le Jugement dernier de Rogier van der Weyden retrouve sa chapelle grâce à la technologie et au fac-similé de Factum Foundation
Photo 1 : FAC-SIMILÉ / 2026 Polyptyque du Jugement dernier d'après Rogier van der Weyden (1399.1464), réalisé vers 1443-1451 réalisé par Factum Foundation et Factum Arte, Madrid, à partir de données de couleur et de surface en haute résolution enregistrées en 2022-2023, en mémoire de Bruno Latour (1947/2022), exposition sur l'autel de la chapelle de la salle des Pôvres, son emplacement initial Photo 4 : Le Polyptyque du Jugement dernier d'après Rogier van der Weyden (1399.1464), réalisé vers 1443-1451

Alors que le véritable Jugement dernier de Rogier van der Weyden s’apprête à quitter Beaune pour plusieurs années de restauration, son fac-similé vient d’être installé dans la chapelle de la salle des Pôvres. Une présence qui permet de mieux comprendre l’histoire de l’œuvre, mais aussi les enjeux de sa conservation et les nouvelles façons de transmettre un patrimoine vieux de près de six siècles.

« C’est magique de voir notre fac-similé du retable de Rogier van der Weyden réinstallé dans la chapelle de la salle des Pôvres, son lieu originel. » Les mots d’Adam Lowe résument à eux seuls l’atmosphère particulière qui régnait samedi à l’Hôtel-Dieu de Beaune. Pour les Journées européennes du patrimoine, le fondateur de Factum Foundation for Digital Technology in Preservation est venu présenter, avec Larissa van Moorsel, chef de projet au sein de la fondation, un travail qui mêle patrimoine, recherche, artisanat et technologies numériques. Au cœur de cette rencontre : le célèbre polyptyque du Jugement dernier de Rogier van der Weyden, chef-d’œuvre du XVe siècle commandé par Nicolas Rolin et Guigone de Salins pour l’Hôtel-Dieu de Beaune.
Mais ce n’est pas l’œuvre originale qui a retrouvé sa place dans la chapelle. C’est son fac-similé, réalisé à l’échelle 1:1 par Factum Foundation et Factum Arte à partir des données numériques enregistrées directement sur le retable. Une présence particulièrement symbolique alors que l’original s’apprête à quitter Beaune pour un vaste chantier de restauration.


Une œuvre qui va bientôt quitter Beaune
Le Jugement dernier est aujourd’hui conservé dans une salle spécialement consacrée au polyptyque, au sein de l’Hôtel-Dieu. Peint par Rogier van der Weyden et son atelier entre 1443 et 1451 environ, il constitue l’un des chefs-d’œuvre les plus emblématiques de l’Hôtel-Dieu des Hospices Civils de Beaune. Le retable avait pourtant été pensé pour un autre emplacement : la chapelle située au fond de la salle des Pôvres. Au XVe siècle, cette grande salle était le cœur de l’activité hospitalière. Les malades y étaient accueillis, nourris et soignés. Dans cet univers où les soins du corps étaient indissociables des préoccupations spirituelles, le polyptyque occupait une place particulière. « C’est vraiment une œuvre d’art qui est vue comme un objet curatif au XVe siècle », rappelle Marine Bigot, responsable du développement des publics de l’Hôtel-Dieu.
Les malades pouvaient ainsi voir le Jugement dernier, notamment lors des jours de fête, tandis que les autres configurations du retable permettaient de découvrir les fondateurs, Nicolas Rolin et Guigone de Salins, ainsi que différentes figures religieuses.
Le retable n’était donc pas simplement accroché au mur comme une œuvre de musée. Il participait à la vie de l’hôpital, à la prière et à l’accompagnement spirituel des malades. C’est précisément cette dimension que le fac-similé permet aujourd’hui de retrouver.
 
Une reproduction, mais pas une simple copie
Pour comprendre le travail de Factum Foundation, les visiteurs ont d’abord été invités à découvrir, dans la chambre du Roy, un autre fac-similé réalisé à partir des données du polyptyque. La démonstration permet de saisir la différence entre une simple reproduction photographique et un véritable fac-similé. Le travail commence par la numérisation de l’œuvre. En 2022 et 2023, les équipes de Factum sont venues à Beaune enregistrer le retable avec une très haute précision. Les couleurs ont d’abord été captées, puis la surface de l’œuvre a été enregistrée en trois dimensions grâce au scanner Lucida développé par Factum.
L’objectif n’est pas uniquement de reproduire ce que l’œil voit. Il s’agit également de restituer ce que l’œil ne perçoit pas toujours immédiatement : le relief d'une couche picturale, la texture d'une surface, les irrégularités d'un support, la matière d'une dorure. « Ce n’est pas seulement ce qu’on voit, c’est aussi ce que l’on sent », explique l’équipe lors de la visite. Cette attention à la matérialité de l’œuvre constitue l’une des particularités du travail de Factum.

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Marina Luchetti et Carolina Gris font fonctionner le scanner 3D Lucida pour enregistrer la surface 3D © Gabriel Scarpa pour la Fondation Factum

Couleur, relief, dorure : chaque détail compte
Le fac-similé est réalisé à partir des informations numériques recueillies sur l’original. Les données permettent de reproduire très précisément les couleurs et la surface des panneaux.
Pour le relief, les informations enregistrées en trois dimensions sont utilisées pour fabriquer une reproduction de la texture de l’œuvre. Des moulages et différentes étapes de fabrication permettent ensuite de reconstituer la surface. La couleur est imprimée avec une grande précision. Et lorsqu’il s’agit de dorure, le numérique ne suffit plus. La feuille d’or est appliquée à la main. Chaque élément doit ainsi retrouver sa matérialité : peinture, relief, gesso, dorure, vernis, support et cadre. « Quand on dit fac-similé, on ne dit pas juste que l’œuvre a le relief. Il y a toute l’information très spécifique et très correcte », explique Adam Lowe. Derrière les ordinateurs et les scanners se trouve donc également un véritable travail d’artisanat.
Factum fonctionne ainsi comme un atelier où interviennent différents savoir-faire : spécialistes de la numérisation, peintres, artisans, professionnels de la dorure et techniciens.
Une organisation qui n’est finalement pas si éloignée, dans son esprit, des ateliers anciens où plusieurs métiers travaillaient ensemble à la réalisation d’une œuvre.

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Marina Luchetti et Amanda Blazquez vérifient les tests de couleur © Oak Taylor-Smith | Fondation Factum

Le projet est né aussi d’une rencontre avec Bruno Latour
Cette histoire possède également une dimension personnelle. La campagne de numérisation du retable s’inscrit notamment dans un projet lié à Bruno Latour, philosophe et figure intellectuelle française décédé en 2022. Adam Lowe, fondateur de Factum Foundation, avait noué avec lui une relation de longue date, nourrie par de nombreux échanges et travaux communs autour de l’art, du patrimoine, de la matérialité des œuvres et du rapport entre original et reproduction.
Une première reproduction en haute définition avait d’ailleurs été réalisée à l’occasion des obsèques de Bruno Latour. La numérisation complète du retable a ensuite permis d’aller beaucoup plus loin, en enregistrant non seulement les couleurs mais également la surface et le relief de l’œuvre. Pour Adam Lowe, retrouver aujourd’hui le fac-similé dans la chapelle de la salle des Pôvres donne une dimension supplémentaire à ce travail. L’œuvre reproduite n’est plus seulement une image. Elle retrouve son emplacement, son volume et, symboliquement, une partie de sa fonction.
 
Un fac-similé à 80 000 euros, largement pris en charge par Factum
Derrière cette impressionnante reproduction se cache également un investissement conséquent. La réalisation du fac-similé représente un coût d’environ 80 000 euros.
Les Hospices Civils de Beaune ont participé à hauteur de 8 000 euros. À cette somme s’ajoutent 4 000 euros consacrés au cadre, réalisé pour restituer au plus près l’apparence et les proportions de l’ensemble originel.
Le reste du coût a été pris en charge par Factum Foundation. Une participation exceptionnelle qui s’explique par le contexte très particulier de ce projet et par les liens noués au fil des années entre Adam Lowe, les Hospices Civils de Beaune et Bruno Latour.
Cette histoire personnelle a largement contribué à donner une dimension particulière au projet beaunois.
Pour Adam Lowe, l'attachement aux Hospices et au retable du Jugement dernier est également manifeste. La possibilité de voir aujourd'hui le fac-similé installé dans la chapelle de la salle des Pôvres, à l'endroit même où le polyptyque avait été conçu pour être vu, donne ainsi une portée particulière à cette collaboration.
 
L’œuvre n’est pas seulement un objet
C’est l’un des grands thèmes développés pendant la rencontre : qu’est-ce qu’une œuvre originale ? Pour Factum, un fac-similé ne prétend pas remplacer l’original. Il permet plutôt d’explorer ce que représente une œuvre dans son ensemble : sa matérialité, son histoire, son environnement et les usages qui lui étaient associés. Le fac-similé installé dans la chapelle offre ainsi une expérience différente de celle proposée dans la salle du polyptyque.
Dans son emplacement originel, le retable peut être compris comme un objet lié aux soins et à la spiritualité. « C’est encore toujours plus spécial de voir l’œuvre reproduite dans son contexte original, avec sa fonction », explique Adam Lowe. Et la possibilité de manipuler le fac-similé permet également de comprendre certaines choses impossibles à expérimenter avec l’original.
 
Un patrimoine qui se transmet autrement
La présence du fac-similé à Beaune s'inscrit donc dans une réflexion plus large sur l'avenir du patrimoine. Factum Foundation, créée à Madrid en 2009, travaille à la conservation et à la transmission du patrimoine grâce aux technologies numériques. Sa société sœur, Factum Arte, intervient notamment dans la production de fac-similés et dans des projets artistiques.
L'objectif n'est pas de fabriquer de faux originaux. Il s'agit plutôt de créer des outils permettant de documenter, étudier, conserver et transmettre les œuvres, tout en offrant parfois au public la possibilité de découvrir des pièces dans des conditions impossibles à réunir autrement.
Les données numériques réalisées sur le retable de Beaune constituent ainsi une importante documentation pour les Hospices Civils de Beaune. Elles pourront également servir aux recherches futures et au suivi de l'état de conservation de l'œuvre.
À l'heure où l'original va partir pour quatre années de restauration, le fac-similé devient également un moyen de maintenir une présence du Jugement dernier auprès du public.
Six siècles plus tard, le Jugement dernier retrouve son écrin Dans la chapelle de la salle des Pôvres, le fac-similé prend une dimension presque troublante.
À quelques mètres de là, dans la salle du polyptyque, l'original conserve les traces de près de six siècles d'histoire. Ici, son double permet de retrouver les dimensions, les couleurs, les reliefs et surtout la place que le retable occupait dans l'hôpital médiéval.
Le temps d'une visite, le Jugement dernier n'est donc plus seulement observé comme un chef-d'œuvre conservé derrière les murs de l'Hôtel-Dieu. Il redevient un objet à ouvrir, à regarder, à comprendre et à replacer dans son histoire.

Jeannette Monarchi

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